Il est des vérités simples que notre coeur peine à percer, tant elles sont enfouies sous les couches stratifiées de notre civilisation. Revenir aux racines, apprendre à mieux se connaître et à s'épanouir harmonieusement dans son milieu naturel : tels sont les enjeux spirituels du 21ème siècle. Dès lors, seules les cultures « primitives », restées au contact de la Nature, peuvent nous sortir de l'impasse dans laquelle le judéo-christianisme nous a laissés.
Jean-Christophe Duprés, lui, l'a bien compris. En juin 1999, il part avec Look Voyage dans le pays des Soussous, en Guinée. Là-bas, il voit la Lumière ; une révélation qui va changer sa vie. « C'était comme un flash sans anti yeux rouges », se souvient-il aujourd'hui avec émotion, un cigare à la bouche et entouré de trois jolies demoiselles. La Vérité était là, sous nos yeux, ancrée dans les traditions millénaires de la tribu Soussou. « J'avais remarqué que les Soussous adoraient un grand nombre de divinités, et cela me paraissait absurde : j'étais encore sous l'influence de mon éducation monothéiste. Jusqu'à ce que mon totem me parle... » En effet, au beau milieu de la jungle, alors qu'il s'est perdu et essaie vainement de retrouver son groupe, Jean-Christophe Duprés est investi par un esprit d'une mission divine. « J'ai tout de suite compris l'importance de ce qui m'arrivait. La voix qui résonnait dans ma tête était simple et pure. Elle s'exprimait à l'aide d'idées, et non de mots ». L'esprit-totem lui révèle qu'il est l'Élu, l'Homme parmi les hommes, le messager des Dieux. « Pourquoi moi ? Je ne sais pas... mais c'est vrai que depuis tout petit je sentais que j'étais destiné à aider et à guider les hommes. D'ailleurs j'ai été deux fois délégué de classe... »
Aussitôt, Jean-Christophe Duprés rentre en France (après avoir profité de la fin de ses vacances bien méritées) et se met à l'ouvrage. Possédé par la Muse Divine, il couche sur papier les fondements de ce qui deviendra une nouvelle religion : l'Astrochristianisme (voir encadré). Robert Lafond accepte de publier ses écrits. « Ses idées sont à la fois fines et fortes », explique le directeur de la maison d'édition. « J'ai tout de suite été séduit par ce mélange convaincant de spiritualité et de pragmatisme. »
Le succès est immédiat. Jean-Christophe Duprés reçoit vite de nombreuses lettres de fans. Beaucoup lui demandent de donner une forme plus concrète à ses théories. « Mon intention première était seulement de diffuser la Vérité, et de faire humblement mon travail de messager. Mais encore une fois le destin en a décidé autrement. » Sous la pression de ses admirateurs, Jean-Christophe Duprés fonde donc l'Église Astrochrétienne, dont il devient le chef spirituel malgré lui.
Très vite, le nombre d'adeptes augmente de manière vertigineuse. Des personnalités des mondes artistique, intellectuel et politique se convertissent. Fort des nombreux dons de ses membres, l'Église se dote d'un magnifique quartier général aux Bahamas, où Jean-Christophe Duprés opère depuis une somptueuse villa. Interrogé sur la gestion interne de l'Église, ce dernier se veut rassurant : « La villa m'a été construite par Nos Bienfaiteurs en remerciement de tout ce que j'ai fait pour eux, et absolument pas avec les fonds de l'Église », indique-t-il. Il en va de même pour la Porshe 964 Carrera 2, ainsi que pour le Learjet privé.
Les finances de l'Église sont excellentes. Alors Jean-Christophe Duprés décide d'investir en bourse : Astrochrist Corporation est né. « Nous produisions plus de réserves de Karma que Nos bienfaiteurs en consommaient. Il convenait donc d'investir en prévision des jours moins fastes. » Sage décision : la valeur de l'action Astrochrist triple en une semaine, et agite les milieux financiers du monde entier.
Jean-Christophe Duprés continue aujourd'hui son petit bonhomme de chemin :
par le rachat de petites églises en Indonésie et aux États-Unis, son
Église s'étend à l'échelle mondiale, tandis qu'Astrochrist Corporation
projette de se lancer dans l'industrie du logiciel informatique, « pour
favoriser les communications avec Nos Bienfaiteurs », explique
Jean-Christophe Duprés. Homme de foi désintéressé à l'esprit novateur, ce
n'est décidément pas un homme comme les autres.
Comment pourrait-on s'étonner, en effet, de la présence de nombreuses sectes dans un tel lieu à risque ? « Normale », qui porte si mal son surnom, a toujours abrité philosophes, illuminés, gros lecteurs et activistes de tout poil. Les précédents sont bien connus : satanisme d'un Richepin, pacifisme pré-New Age d'un Jaurès, mystique orientalisante d'un Nizan, etc. Nous vous donnons ici un panorama des sectes les plus actives de l'ENS, que nous avons voulu le plus précis possible.
| Nom | Type | Dangerosité | Textes | Commentaires |
|---|---|---|---|---|
| Alach-Mala | païen | ++ | Une Genèse publiée | Très peu nombreux, mais adeptes d'une théologie de combat. |
| Amazon | New Age | +++ | Doctrine écrite complète | Offices et sacrifices (peut-être humains) quotidiens. Divinité lunaire, dont il existe une sorte de statue. |
| Association des génies... | Inconnu | +++ | Aucun | On n'en sait presque rien, mais elle s'est présentée au grand jour. |
| Équipe 2 | Païen | + | Aucun | Évoque les cultes dionysiaques antiques (bacchanales régulières, dont les dates sont probablement dictées par des conjonctions astrales déterminées). |
| Idolâtres du Burô | Parachrétien | + | Aucun | Grand-messes régulières, 3 à 4 fois par an. |
| Kfêtolouze | Inconnu | ++ | Aucun | Peu connue. Évoque les albigeois (cheveux longs, barbes), mais sans l'ascétisme : pas d'abstinence, surtout envers l'alcool. |
| Église de l'Objet Bizarre | Païen | + | Aucun | On les voit des fois sur les toits pratiquer des rites solaires. Sa hiérarchie stricte pourrait constituer un danger, mais il semble qu'elle soit divisée en plusieurs tendances. |
| Quinquaseptagénistes | New Age | ++ | Un manifeste publié | Millénaristes et résolument rétrogrades. Nombreuses références à Magma, secte déjà ancienne et bien connue. |
Th. Bibonne, membre de l'Observatoire national contre les sectes.

C'est au beau milieu de la verdoyante et non moins sympathique région de l'Eure, que se niche le paisible monastère de Sainte-Éthique. Chaque année, ce havre de paix connait l'effervescence : c'est la rentrée traditionnelle d'une nouvelle moisson de jeunes, âgés d'une dizaine d'années, et issus des meilleures familles des alentours. Après un premier éveil spirituel au sein d'un groupe d'encadrement dédié à l'éveil psychique de la jeunesse, la chance est offerte aux plus enthousiastes de suivre une formation alternative (bien que non reconnue par l'État), leur permettant de « trouver leur propre Chemin ». Nous avons rencontré divers membres du cercle, qui ont accepté de témoigner.
C'est le Révérend Edmond Treux-La-Mouät - qui dirige de main de maître le cercle depuis la mort du regretté Père Alan Vers - qui nous guide, le regard illuminé par la foi : « Les jeunes, hélas souvent déboussolés dans cette civilisation toujours plus individualiste et déstructurante, trouvent ici le soutien et le réconfort spirituel, auxquels ils aspirent. De plus, comme vous pouvez le voir (NDLR : et nous avons vu... ), notre institution est équipée des installations les plus modernes, leur permettant d'acquérir une solide formation spirituelle, physique, ... et intellectuelle ! » À ce moment arrive une nouvelle recrue, Jean-Guy, que le Révérend incite à témoigner d'une tape amicale. « Ici, c'est un peu comme au camp scout, s'exclame le jeune garçon : on nous confie des responsabilités, et nous devons nous charger nous-mêmes du ménage et de la nourriture, pour nous et pour nos « bergers », comme ils aiment qu'on les appelle. » Confirmant ces dires d'une tape amicale, le Révérend l'incite à nous parler de la grande fraternité qui règne entre les membres de la communauté, « dans la Lumière de Notre Seigneur », ajoute-t-il le sourire aux lèvres. Jean-Guy ne se fait pas prier : « Oh oui ! Ca aussi c'est pareil qu'au camp scout. Dès qu'on arrive, on est répartis en groupes de vie. Le mien s'appelle « le bataillon du Castor Joyeux » ! Et F-X (NDLR : François-Xavier ! ), c'est le capitaine de nos ennemis, les Grizzlis Débonnaires. Et les moines ils organisent des tournois et ils... » D'une tape amicale, le Révérend le corrige, bienveillant : « hum hum... il y a redondance syntaxique, mon jeune ami. Et puis nos amis journalistes ont peut-être plutôt envie de visiter notre propriété. » Il nous invite à aller contempler le magnifique promenoir où d'autres jeunes gens s'ébattent.
Nous nous éloignons donc, et, apercevant sous un porche un jeune garçon assis tout seul, nous tâchons, pensant que c'est là la coutume, de l'aborder d'une tape amicale. Nous regardant d'un oeil mort, il doit s'y reprendre à trois fois pour nous faire comprendre qu'il cherche un tube de colle, « et forte ! », s'exclame-t-il avant de bredouiller d'un air confus : « C'est pour réparer mon prie-Dieu. ». Mais une tape amicale précède notre réponse : c'est le Révérend qui nous prie de bien vouloir à présent laisser la communauté à ses prières...
À la suite de l'annonce de ce reportage, nous avons reçu l'émouvant témoignage d'un « ancien » de la communauté, qui évoque ce moment de sa jeunesse, avec une poésie toute particulière.
« Ben ouais quoi ! C'te communauté, c'est un truc bien pour la société. Moi ça m'a appris à m'intégrer dans la jeunesse d'aujourd'hui, quoi : je me suis fait transférer de collège en collège, « pour trouver ma voie » qu'ils disaient, comme chez les moines quoi ! Total : maintenant j'suis en BEP aux Mureaux, et c'est trop d'la bombe ! J'ai plein de potes, ils m'aident à me débarrasser de celui que j'étais avant, et que c'était pas moi : ils acceptent toutes mes fringues de petit minet, là, et ils me les échangent contre des vieilles baskets, des vieux vêtements... le style, quoi ! C'est un peu comme à l'Ecu Ni-bé, quand les moines ils nous prenaient les colis et les mandats de nos vieux : c'est pour pas choper la grosse tête, quoi ! (...) Et puis comme ça, grâce à mes te-pos, j'oublie mes problèmes : c'est encore comme à la communauté, on se met tous ensemble dans une pièce, et on prend la Parole du Seigneur, par le nez, ou par intraveineuse quoi ! (...) Pour vivre, pas de blème : j'ai un petit commerce, discret, modeste quoi !, de pièces détachées auto moto, et puis des fois on va prêcher la bonne parole aux jeunes de mon ancienne école, quoi, histoire de leur faire comprendre que c'est pas l'apparence qui compte, mais de partager avec son prochain... »
C'est sur cette belle leçon d'humilité que nous voulions clore cet édifiant reportage.
- Alors, Hippolyte, vous êtes aux USA ?
- Eh bien ma foi oui, Bruno, et je dois dire que vous êtes perspicace.
- C'était facile, avec la Maison Blanche derrière vous.
- Ah, ils sont facétieux à la régie ! Non, Bruno, je ne suis pas à New
York, mais à Salt Lake City. Vous savez, le pays des Mormons ?
- Oui, bien sûr. Et alors, vous avez appris plein de choses sur la
spiritualité américaine ?
- Oh vous savez, Bruno, avec le décalage horaire, j'ai raté la messe de
minuit. C'est trop bête, j'avais oublié de changer l'heure de mon réveil.
Mais j'ai une surprise pour vous...
- Ah bon ?
- Eh oui Bruno, regardez ce que l'on peut acheter dans les pâtisseries,
ici, à Salt Lake City ! (Il montre un bagel avec une crèche en sucre
collée dessus)
- C'est fantastique Hippolyte, on jurerait qu'ils sont vivants !
- Eh oui, Bruno, ils ne font pas les choses à moitié, ici, aux USA. Tenez
par exemple, puisqu'on parle de spiritualité, eh bien - vous n'allez pas
me croire - ici même, à Salt Lake City, ils ont la plus grande église en
verre dépoli du monde !
- C'est incroyable,
- Et ici, aux USA, en étant prêtre, on peut devenir célèbre ! Encore plus
que Mgr Gaillot !
- Expliquez-nous ça, Hippolyte...
- Ils ont des shows télévisés avec un prêtre qui fait un sermon. C'est
vraiment incroyable ! Si j'avais eu un peu plus de budget, j'aurais acheté
les droits pour vous en montrer un extrait, mais avec le bagel...
- Bien sûr, bien sûr. Mais dites-moi Hippolyte, qu'en pense l'homme de la
rue ?
- C'est une bonne question, Bruno. J'ai justement ici, avec moi, à Salt
Lake City, M. Brown qui est buraliste. Alors M. Brown, que pensez-vous de
Dieu ? (Ils parlent en anglais)
- Oui, alors, heu, à ce que je comprends, il... comment dire, il aime bien
Dieu voilà.
- Ah, eh bien c'est rassurant. Hippolyte, merci.
- Merci à vous Bruno.
Th. Bibonne, spécialiste des USA, professeur à l'université de Paris-Dauphine.

Ce que nous montre cet extrait, outre bien sûr le fanatisme bien connu des
mormons, c'est la décomplexion dont les nord-américains usent vis-à-vis de
Dieu. Quand ils veulent quelque chose, is le lui demandent. C'est bien
différent de la France, où État et Providence sont trop souvent
rapprochés. Au États-Unis d'Amérique, par exemple, vous ne payez pas pour
la Sécurité Sociale : c'est ridicule, il suffit de demander à Dieu de vous
épargner les coups du sorts !
L'équation est simple : on paie moins d'impôts, mais on donne - des sommes plus réduites, car Dieu est moins gourmand que la bureaucratie - lors des messes et bonnes oeuvres télévisées, en échange de quoi Dieu remplace le service public. Ainsi, tout le monde est gagnant : l'«homme de la rue» garde son argent, Dieu et l'Église en ont plus, il y a moins de fonctionnaires et les entreprises peuvent blâmer Dieu en cas d'accident du travail ou de restructuration surprise.
Il n'y qu'en France que le gouvernement, si mal dirigé par MM. les socialistes, est assez obtus pour refuser l'évidence : l'avenir est en Dieu, parce que Dieu ne connaît pas de frontières. Quand le français moyen aura compris que la solution de ses problèmes n'est pas dans le corporatisme et le repli, mais au contraire dans la foi en Dieu qui, quand elle ne résoud pas les problèmes, les justifie, la France pourra enfin sortir de l'ornière économique où l'ont jetée trente années d'influence soviétique.
Il est grand temps, en France mais aussi dans toute l'Europe, que nous apprenions à demander à Dieu et pas au contribuable !