Le Poisson Mort
retrouve cette semaine sa diffusion en 300 exemplaires, mais il faut
savoir qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Pour un grand nombre de
numéros, du 8 au 22, le tirage a dû faute de crédits suffisants se limiter
à quelques unités.
Il se trouve en vérité que la rédaction, forte de
nombreux éléments à l'imagination débordante, a réalisé le tour de force,
pendant les vacances de Noël, de publier, sous vos yeux ébahis, un numéro
du journal chaque jour.
Très vite, le rédacteur en chef, votre serviteur,
a voulu donner un peu de repos à son équipe en limitant la périodicité de
la publication. Mais ces Goliaths de l'Information et du divertissement se
sentaient de taille à faire durer l'exploit et je les stoppai dans leur
élan.
Mal m'en prit car leur honneur en fut froissé. Comme représailles,
me voilà réduit à remplir seul les pages de ce Poisson Mort. Je ne peux
ainsi que me contenter de vous proposer le meilleur des numéros 8 à 22,
que tous n'ont pas pu lire, ou que l'on retrouvera avec plaisir. Un « caviar »
du Poisson Mort, en quelque sorte.
Cher rédacteurs, revenez ! La vie est
trop dure au siège du Poisson Mort sans votre réconfort et votre bonne
humeur.

Cher Poisson Mort,
Depuis que j'ai rompu avec Serge, je me sens très attirée par Mathieu, un
garçon qui est dans ma classe de troisième. Je crois qu'il éprouve la même
chose pour moi mais je ne suis pas sûre. Que dois-je faire.
Chère Yvette, je ne sais comment interpréter votre demande. Êtes-vous enseignante (d'où un « ma » doté de sa pleine valeur de possessif) ou collégienne (en quel cas, vous seriez élément de l'ensemble « classe de troisième » ) ? Je n'aurai donc qu'une suggestion à vous faire : invitez Mathieu en compagnie d'autres amis à une surprise-partie chez vous. En plein milieu de la soirée (vers neuf heures du soir), prenez-le à part dans une autre pièce, tenez-lui la main et lisez lui fougueusement l'intégralité des pages 3 à 8 du dernier Poisson Mort. S'il ne part pas en courant au troisième paragraphe, c'est qu'il éprouve sincèrement quelque chose pour vous. Ou que vous lui serrez trop fort la main. Dans tous les cas, n'abusez pas du whisky-coca.
Extrait du Poisson Mort no 18
Lettre de Jack Lang, ministre de l'Éducation nationale, ministre d'État, à la base souveraine du Poisson Mort.
Mesdemoiselles, Messieurs,
C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai pris connaissance de la gazette
anecdotique Le Poisson Mort conçue par des élèves de l'École
Normale Supérieure que vous avez eu l'obligeance de glisser discrètement
dans ma poche après mon quatorzième refus lors de la manifestation
organisée par la Société des Observateurs de Poissons Décédés de
Meurthe-et-Moselle, à laquelle je m'étais initialement rendu afin de
contempler le vaste champ actuellement en jachère de la
thanatichthysculture hors-sol par micro-boutures (me demandez pas ce que
j'y faisais, moi-même je n'en sais rien, et entre nous je m'en tamponne le
reblochon).
Je vous félicite pour l'enchanteresse qualité de cette coruscante publication qui offre à ses beaux et gentils lecteurs pour un splendide prix défiant toute concurrence des textes aussi délicieusement originaux que joliment variés, dotés de surcroît d'une sculpturale qualité de style, et qui réunissent dans le creuset fertile de votre resplendissante École les célestes ingrédients de l'Excellence : finesse, audace, humour, culture, sagacité, habileté, légèreté, humilité, créativité, curiosité, inventivité, décolleté et vice-amirauté. On ne dira jamais assez combien vous êtes tous grands, beaux, forts, intelligents et formidables tout à la fois.
Enfin c'est pas tout ça, c'est que j'ai d'autres chats à fouetter, moi.
Bien à vous.
Extrait du Poisson Mort no 19
Lettre de Claude Allègre, ministre de l'Éducation nationale, à la base souveraine du Poisson Mort.
Chers administrés,
Mon conseiller en communication me demande de vous faire parvenir un petit
mot gentil pour votre revue Le Poisson Mort. Je le fais donc par
l'intermédiaire de la présente (vous trouverez ci-jointe l'expression de
ma considération la plus distinguée), et j'en profite pour vous donner un
petit conseil : allez donc à la fac comme moi, plutôt que de vous
fourvoyer dans ces filières élitistes de merde.
Extrait du Poisson Mort no 22
Cher Poisson Mort,
Ayant écrit à votre rédaction à plusieurs reprises,
vous ne m'avez pourtant jamais publié. Votre courrier des lecteurs
serait-il un faux ?
Notre courrier des lecteurs
est absolument authentique. Si vos lettres n'ont pas été publiées, c'est
tout bonnement parce que nous ne publions jamais les personnes dont les
initiales sont S ou B. Nous publions en revanche sans problème :
Quelques pas encore, et il s'arrête. Le voilà. Cet immense serpent d'asphalte qui se faufile sous une série de ponts. Le grand lit minéral où s'échoue un épais torrent de poussière. Cette frontière, le boulevard périphérique, vient enfin à sa rencontre. Un pont encore, et il sera plus loin que jamais dans le Grand Extérieur, hors de Paris.
Mais tandis qu'il s'avance, plein d'impatience et d'inquiétude, la poussière que charie le périphérique se soulève de plus en plus. Très vite notre héros doit se protéger le visage. Etrange sensation que celle du vent pour un homme qui n'a, pour ainsi dire, jamais vécu que sous un dôme de verre. La ville morte est réveillée par les éléments. Elle s'anime. Ichtor avance plus vite, gagné par la peur. Le souffle des cieux ne cesse de croître sur la terre. Voilà qu'Ichtor dépasse le pont et la frontière, et voilà soudain que la bourasque se déchire en ouragan. Tout souffle avec violence dans toutes les directions. La ville crie par ses fenêtres vides, et la poussière cingle avec force les murs nus de Paris et de Montrouge.
Ichtor court se réfugier dans le sous-sol du premier bâtiment dont il trouve une ouverture. La nécessité de se protéger l'empèche de contempler la terrible scène du temps qui se donne en spectacle. Des essaims de sable tourbillonent et s'élèvent, se croisent et se percutent. Toutes les couleurs de la pierre se mélangent formidablement. Chaque nouvelle masse, que le vent projette sur les murs solitaires, ou précipite dans les rues désertes, est d'un gris ou d'un ocre nouveau, vivant, et terrible.
L'éternuement épouvantable d'un ogre immense sur la ville orpheline.
Lundi, 2h25 du matin
-... et, donc, comme je te disais tout à l'heure, c'est ici que Louis XVII
s'est terré pendant des années. Il n'est pas mort dans un cachot, comme on
le dit. D'ailleurs, il n'est pas mort à cette époque. Ensuite, il a...
Je regardai ma montre. Les histoires de « Cicéron » étaient passionnantes, d'ailleurs je pense l'avoir prouvé dans les pages qui précèdent. Mais le devoir m'appelait.
-...puis quand Napoléon l'a su, il a fait fouiller les...
-Excuse-moi de te couper. Je meurs d'envie de connaître la suite, mais il
faudrait qu'on commence à se diriger vers l'endroit dont je t'ai parlé.
-Oui, oui, je comprends.
« Cicéron » eut l'air d'un avion qui atterrit en catastrophe. Il se leva, réajusta la lampe de son casque, gratta la petite plaque de boue qui couvrait son front, puis se remit à marcher.
-En dessous de Jussieu, c'est ça ?
-Oui, sous le centre de Jussieu, plus exactement.
Nous marchâmes une dizaine de minutes en silence, à peine accompagnés par le bruit de nos bottes dans la terre humide et l'écho de l'eau gouttant et ruisselant dans le dédale des souterrains. Je crus avoir froissé l'orgueil de mon guide, en mettant fin à ses commentaires. En fait, c'est la curiosité qui le travaillait.
-Tu ne m'as quand même pas dérangé pour aller voler le sujet de ton
prochain examen dans les bureaux de Jussieu ?
-Non, malheureusement. C'est beaucoup plus grave que ça.
-Pour que tu refuses de m'en parler, ça doit l'être...
Deux croisements plus tard, il s'arrêta, sortit une carte de sa poche, et m'indiqua le point où l'on se trouvait. Une carte de Paris, sur laquelle était superposé le réseau souterrain. Aucune trace des galeries que j'avais visitées les jours précédents, mais, effectivement, on ne pouvait être plus proche de ce que j'estimais être le lieu de la jonction.
-Tu cherches quoi ?
-Un petit passage, haut d'un mètre à peine.
-S'il était visible, quelqu'un l'aurait déjà remarqué.
Il réfléchit en soupirant, puis sortit un piolet de son sac. Je crus un instant qu'il allait se mettre à défoncer tous les murs. En fait, il entreprit de taper les parois pour en sonder la profondeur. Je saisis un pavé et fit de même.
-Tu sais quoi ? Je crois que tu es un archéologue, et que tu exploites mes
services pour faire une découverte dont tu veux avoir le mérite pour toi
tout seul.
-Si je ne veux pas te mêler à ça, c'est pour ton bien.
-Laisse-moi rire.
-Je te le jure. Tu sais, c'est un de mes amis qui m'a entraîné dans cette
affaire. Et je ne sais plus si je dois lui en être reconnaissant. La
confiance, c'est...
-Attends ! Je crois que...
Il frappa plusieurs fois sur une portion du mur. Ca sonnait creux. Il tapa plus fort, puis se mit à desceller des pavés. J'accourus, saisi par l'excitation du pirate qui découvre un trésor là où son mystérieux parchemin était marqué d'une croix. Après quelques minutes de destruction fébrile, l'entrée du petit passage était dégagée.
-Je crois qu'on y est.
Je le regardai, les lèvres pincées. Je le lui avais dis et redis : à partir de ce moment-là, il fallait que j'y aille seul.
-Je te le promets : je te contacterai, et nous reviendrons ici quand tout sera fini. Mais, pour le moment, souhaite-moi bonne chance.
Je rampai à tâtons dans un conduit humide, qui montait, redescendait, tournait deux fois à gauche, puis à droite. Au milieu du chemin, je sentis le sol trembler, d'abord très légèrement, puis de plus en plus fort. Le vrombissement sourd s'amplifia jusqu'à devenir terrifiant: j'eus l'impression qu'un troupeau entier de bisons cavalait juste au-dessus de moi. Comme le vacarme s'éloignait, je distinguai alors le cliquetis métallique et régulier d'un train sur des rails.
Bien sûr ! S'il n'y a pas de bisons dans ce quartier de Paris, en tout cas il y a deux lignes de métro qui passent sous Jussieu : la 7 et la 10. Je venais de passer sous une rame de métro. Au fait, les conspirateurs avaient-ils accès au métro ? Ce réseau souterrain parallèle était-il une pièce de plus dans le puzzle de leur plan diabolique ?
Je vis bientôt le bout du tunnel. Alors que je me rapprochai de la lumière des torches, je m'aperçus que le sol était maculé d'un liquide sombre. Du sang, encore du sang. Ils étaient insatiables. Combien de litres de sang sacrificiel avaient-ils fait couler dans les veines souterraines de la colline Sainte-Geneviève depuis le début de leurs rites ?
J'atteignis la fosse, et tentai d'essuyer le rouge qui tâchait mes mains. Un nouveau cadavre jonchait le sol. Au diable le repos des morts : je fouillais ses poches. Aucun papier, aucun document, sinon un mouchoir en tissu. Je remarquai deux lettres, brodées dans un des angles : M.S.
J'escaladai le muret, et gagnai la galerie principale en rasant les murs. Aucun bruit, aucun mouvement. Mais il y avait quelque chose de nouveau depuis la dernière fois. Quelque chose de peu rassurant.
Ils avaient rempli le couloir de caisses, dont certaines étaient ouvertes. Sous les copeaux de polystyrène, des armes blanches, des armes à feu, des explosifs. Les images de l'attentat de l'Hôtel de Ville remontèrent à la surface. J'imaginai Paris à eu et à sang. Les explosions. Les flammes.
J'entendis alors un pas crisser sur le sol, derrière moi. Je me retournai
brusquement. Face à moi se tenait une personne en toge, la tête dissimulée
par une grande capuche, les mains sur les hanches. Je n'eus le temps de
prendre aucune initiative, il m'interpella avec calme :
-Je te cherchais. Je suis content que tu aies pu arriver jusqu'ici.
Sa voix, aiguë et nasillarde, m'était inconnue. Sans doute un envoyé de mon indicateur.
-Tu es bien notre allié, n'est-ce pas ? Contre la conjuration.
-Euh... oui.
Il se méfiait, visiblement.
-Oui. Je suis l'ami d'Arthur.
Il s'approcha.
-Arthur, oui...
Mais pourquoi ne me montrait-il pas son visage ?
-J'ai un petit doute, dit-il. Permets-moi de te poser quelques questions.
Je n'ai pas le droit de prendre de risque, tu comprends. Donne-moi, par
exemple, le nom de nos alliés. Ceux qui t'ont contacté, comment
s'appellent-ils ?
-Je ne sais pas vraiment, vous savez, c'est...
-Bien, bien, alors à quoi ressemblent-ils ? Dis-moi.
Il commençait à s'impatienter.
-Ton indicateur, décris-le-moi.
Quelque chose n'allait pas. Pourquoi ne baissait-il pas sa capuche, bon sang ? J'eus soudain l'impression que les noms de mes alliés, il ne les connaissait pas. Il voulait me les faire dire. C'était un conjuré. Puis je vis sa main se glisser dans son dos, vers sa ceinture.
Il fallait fuir au plus vite. Je fis volte-face, et courus. Je courus à perdre haleine. Je frôlais les torches, le long du mur, et je sentais les flammes s'affoler sur mon passage, leur lumière tournoyer violemment dans mon dos. J'étais repéré. L'intrus était repéré. J'eus l'impression que les parois allaient se resserrer sur moi, et tenter de m'étouffer. Je vis un projectile passer à quelques centimètres de ma tête, puis ricocher sur un mur. Il venait d'essayer de me lancer son couteau entre les omoplates. Au bout d'une centaine de mètres, perdant le contrôle de mes jambes, je trébuchai sur une dalle, plongeait la tête la première et m'aplatis lourdement sur le sol. Je sentis la peau mon menton et les paumes de mes mains se déchirer contre la pierre. Le choc était trop fort. Je ne pouvais pas me relever.
À peine avais-je rouvert les yeux que je sentis un poids énorme s'écraser sur mon dos. Je hurlai de douleur. L'homme s'était abattu sur moi, je sentais son genou écraser ma colonne vertébrale. Comme si toute la violence accumulée ces derniers jours, dont je n'avais été que le témoin, de loin, à distance, à l'abri, les meurtres, les cris, la bombe, la terreur, s'abattait sur moi en l'espace d'une seconde. J'étais immobilisé, à sa merci. Il glissa sa lame le long de ma tempe.
-Sale petite vermine, tu croyais vraiment pouvoir te mesurer à nous ?
Il était essoufflé, mais je devinais son rictus cruel et haineux. Il pressa le métal froid contre mon cou.
-Donne-moi les noms des traîtres immédiatement.
Je n'avais plus le choix. Ou plutôt si : celui de mentir.
-Alors ?
-C'est.. Bobb...Crespi... et puis... Roman-Arouet. C'est tout... ce que je
sais...
Il se raidit, et se tut.
-La salo...
J'entendis alors un gros bruit sourd, un cri étouffé, un craquement, puis mon assaillant s'écrasa comme une masse sur moi, inanimé. J'avais toujours les yeux fermés.
-Qu'est-ce que tu attends pour te relever ?
Je reconnus la voix de « Cicéron », et tournais la tête dans sa direction. Il se tenait à côté de moi, une dalle de granite dans les mains.
-Heureusement que je n'ai pas écouté ton avertissement. Ma curiosité me tuera, je le sais, mais aujourd'hui elle te sauve.
Lundi, 03h57 du matin
Nous avions ligoté notre ami avec ma corde, l'avions bâillonné avec une de
mes chaussettes, assommé à nouveau, puis placé dans la fosse aux cadavres.
Avec un peu d'espoir, mes faux aveux sèmeraient le trouble pendant un
moment dans leur chasse aux rebelles.
« Cicéron » voulait une explication, et je ne pouvais plus l'en priver, après son geste. J'étais sur la piste d'une secte de fous criminels qui s'apprêtaient à faire un coup d'éclat. Motivation : inconnue. Identité des conspirateurs : des profs, des élèves, des scientifiques, des personnalités politiques. Point commun : le latin.
-Tu te fiches de moi ? C'est une murder-party, ton affaire ? Ne me dis pas que le gars que j'ai assommé fait partie d'un jeu de rôles grandeur nature, le pauvre...
-Une murder-party, oui, on peut le dire comme ça.
« Cicéron » se gratta le menton, perplexe. Nous arrivâmes dans la grande salle au portique. J'étais décidé à trouver le moyen d'entrer dans la mystérieuse salle des sacrifices, celle dans laquelle j'avais vu les conjurés entraîner le pauvre Burgenwüner vers son trépas.
Je me retrouvai devant cette immense porte sans serrure. Enfin, pas vraiment : il y avait ce grand trou de forme rectangulaire, dont la partie inférieure était constituée d'une plaque mobile, qui s'abaissait quand je la poussais de la main, puis faisait entendre un déclic. Une sorte de petite balance. Une balance sur laquelle il faudrait poser un certain objet, d'une certaine forme et d'un certain poids. Un poids précis, exact, au gramme près, qui déclencherait des rouages. Ces rouages ouvriraient la porte.
-Et ce trou, là, qui a la taille d'un gros livre, qu'est-ce que c'est ?
En effet, un gros livre, gros comme, par exemple... un dictionnaire. Je me souvins alors du message sibyllin reçu quelques jours plus tôt : « 1719 pages, c'est un peu moins qu'il n'en faut pour ouvrir la voie de la sagesse. Un livre est une clef. » Plus la peine de me faire un dessin. J'ouvrai mon sac à dos, saisis mon Gaffiot, et le regardai avec amour. Voilà pourquoi on avait mutilé mon exemplaire. Heureusement, celui-ci était intact.

Solution à la devinette du numéro 7 : Llivia, aujourd'hui commune de 12 kilomètres carrés et 1 200 habitants avec les hameaux de Sareja et Gorguja, est une enclave espagnole dans les Pyrénées-Orientales depuis le Traité des Pyrénées du 7 novembre 1659 et la Convention du 12 novembre 1660 qui cédait à la France 33 villages catalans, sauf Llivia, ancienne capitale de la Cerdagne jusqu'au XIe siècle et qui avait le titre de ville (« Llivia » vient de Julia Llivia, femme de l'empereur romain Auguste ou de Julia Libyca, colonie de vétérans originaires de Cyrénaïque). Elle est reliée à l'Espagne par une route neutre de 4 km, isolée des chemins qui la traversent par des barrières gardées par la douane française ; elle ne peut être fortifiée par l'Espagne.
Je passai la nuit à me torturer l'esprit. Qui étaient mes parents ? Pourquoi une telle ressemblance entre mon prétendu cousin et moi si je n'étais pas le fils de celle que je n'osais plus appeler du nom de mère ? Pourquoi m'engageait-elle à ne pas chercher, pour mon repos, qui étaient mes parents ? Je ne pouvais me résoudre à aller questionner ce cousin qui m'avait fait si mauvaise impression ; je décidai de mener ma propre enquête sur mes origines.

Elle avait sans doute conservé à l'abri des lettres ou des documents me concernant. Je descendis au bureau, encore plein de décombres, et me mis frénétiquement à ouvrir les tiroirs, vidant leur contenu sur le sol, à tâter les cloisons dans l'espoir de découvrir une cachette, à déplacer les tableaux, même à descendre le lustre. Mes efforts restaient vains ; je m'apprêtais à abandonner, lorsque je remarquai sur le parquet, près du lourd bureau, une rainure due à l'usure, comme si l'on avait souvent déplacé ici un objet pesant. Je poussai le bureau le long de cette marque, en constatant qu'un ingénieux système de pivot rendait ce travail très facile. J'avais mis à jour un trou dans le parquet ; y plongeant la main, je retirai une boîte ancienne en bois marquée des initiales ED. E pour Eleonore, sans doute, le prénom de ma mère ; D était la première lettre de ce nom qu'elle avait mis tant de soin à me cacher.
Horizontalement : I. Bouillabaisse - II. Errassions - III. Tit. Omis - IV. Igicaeleme (IJKLM) - V. Tictac (horloge). An (4x3) - VI. Ena (teduab). Rr (à sec = sans eau). Slo (clé de sol) - VII. Manigances - VIII. Olt. Hnuarc (charnu) - IX. Ré (eau d'île). W. Etre (acronyme) - X. Tsointsoin (fraise Tagada).
Verticalement : 1. Petite mort - 2. Originales (calembour) - 3. Urticant (méduse) 4. Ia. Ct. Wi - 5. Ls (blague d'informaticien). Aargh... - 6. Ls (aisselle à l'envers). Écran (écoeurant en stéphanois) 7. Aïoli. Nues (à barbe = à poil) - 8. Bômes (Ben !). Scato (courant littéraire danois des années 1840) - 9. Annimaleri (irrélamina à l'envers) - 10. Issen Øssen (poète danois, 1841-1848).
Premier écueil, le repas comme obligation familiale. Vous allez voir un oncle, vos grands-parents, ceux de votre ami(e) ? Une chose est sûre, on va vouloir vous empiffrer. Il y a toujours un prétexte : c’est l’anniversaire du petit cousin Frédéric, on ne vous a pas vu depuis si longtemps, c’est Noël, etc. Bien entendu c’est votre devoir de faire honneur à tous les plats, surtout s’ils ont été conçus en votre honneur justement, et pour prouver que vous les appréciez (les plats... et les grands-parents), il n’y a qu’un moyen : se resservir plusieurs fois. Allez, vous n’allez tout de même pas vous gêner ! Bref, vous ressortirez de table plutôt chargé, et le sang plein de graisses et de sucres, tandis que votre estomac criera au secours. Comme plan minceur, on a vu mieux... Des solutions ? Ne faites surtout pas l’erreur de trop manger avant ce genre de repas. Si vous n’avez pas faim en arrivant, le supplice sera plus pénible encore. Ensuite, une fois à table, le seul moyen de vous en sortir consiste à manger excessivement lentement. Rappelez-vous à chaque bouchée et à chaque gorgée que pendant les trois heures que va durer le repas on ne tolérera à aucun moment que votre assiette soit vide. Mâchez tout doucement et participez très activement à la conversation.
L’inégalité d’une personne à l’autre est ici presque aussi criante que l’inégalité filles-garçons devant la prise de poids. Certains dépriment maigres et perdent l’appétit pour un moment, d’autres compensent plus ou moins les coups durs affectifs en mangeant beaucoup, souvent, lourd et volontiers sucré. On peut bien sûr estimer qu’il est de la plus haute importance de perdre du poids, et souhaiter plutôt la première hypothèse. Mais prenez garde : en général, lorsque l’on en arrive à ne plus vouloir s’alimenter, c’est que la ligne n’est plus la question la plus importante. Sinon, n’oubliez pas qu’il faut manger des fruits plus que tout autre chose : rien de tel que la vitamine C pour lutter contre la morosité hivernale.
Resto sympa entre amoureux ou gueuleton du tonnerre entre potes : les petites occasions de se laisser aller aux plaisirs de la table ne manquent pas. On mange ensemble ? Chacun rapporte quelque chose alors ? Bref, il y a beaucoup à manger, beaucoup à boire, c’est bon, et l’ambiance se prête à l’abandon de toute mesure. Un truc pratique et efficace pour ceux et celles qui savent qu’ils ne résisteront à aucune tentation et qui en craignent les conséquences : la tactique des haricots verts. Une heure avant le repas prévu, manger un bon kilo de haricots verts nature. L’estomac parfaitement rempli, vous ne pourrez plus avaler grand chose ensuite. Vous pourrez dormir tranquille, ce ne sont pas les haricots qui vous feront grossir.
On a toujours une bonne raison de manger du chocolat. Une envie délicieuse et irrésistible, dont on aurait tort de se priver. Mais si la consommation devient affolante, notamment en période de révision avant des examens, cela peut entraîner un déséquilibre assez grave. Le chocolat n’est que l’exemple emblématique du petit en-cas que l’on ne peut s’empêcher de manger souvent et n’importe quand. Or les diététiciens ne cessent de nous mettre en garde : il est important de manger de manière régulière, surtout au cours des trois repas principaux. Pour ceux qui ne peuvent entendre ces mises en garde, bref, pour les rongeurs invétérés, il existe une solution un peu radicale, mais qui garantit la perte de poids. Il s’agit de s’interdire tout apport glucidique, sucres rapides et sucres lents (féculents, fruits, alcools, et sucreries en tout genre), pendant les repas aussi bien que le reste de la journée. Donc, si vous avez un petit creux, vous avez le choix entre un morceau de fromage et une cuillère de rillettes... Une astuce supplémentaire : pensez aux tranches de céleri pour remplacer le pain. Une fois encore, ce régime, mis au points par d’authentiques spécialiste, fait vraiment perdre du poids.
EN CAS D’URGENCE, pour un résultat très rapidement mesurable : se tondre et se raser, se couper les bras (fin du grignotage), s’engager dans une cause, grande ou petite, et commencer une grève de la faim, visiter un service de chirurgie viscérale, acheter des tickets de pot, se faire inoculer le virus de la grippe, boire jusqu’à 7 ou 8 litres d’eau par jour (attention, au-delà cela devient dangereux), se documenter sur l’industrie agro-alimentaire ou enfin s’interdire de manger autrement que debout.
Plaisir, le maître-mot
Avant de s’imposer le moindre régime, il faut toujours se demander quels sont les objectifs que l’on vise. Il serait idiot d’oublier que le corps est d’abord une machine à plaisirs, et qu’il fait bon n’être pas un pur esprit. Bien manger est sans doute un de ces plaisirs, même si ce n’est peut-être pas le plus fort, et on aurait d’autant plus tort de se le refuser que cela ne serait pas sans incidences. Savoir se faire plaisir et être bien, voilà le vrai secret de la forme physique et du charme...
Tout récemment, une espèce du genre Homo Sapiens Normalus (Hsn) a fait l'objet d'une évolution étonnement rapide. En effet, toutes les fonctions biologiques de l'espèce Hsn biofrater gemillus ont été affectées, remodelées, révisées, modifiées. Une étude comportementalo-voyeuriste a permis de décrire en détail ce phénomène, dont l'origine reste mal comprise.
Vous aurez tous remarqué l'apparition dans l'école d'une nouvelle espèce dans le genre déjà diversifié des Homo Sapiens Normalus (Hsn). Elle est facilement reconnaissable par la présence de deux têtes fusionnées par la bouche, de vingt doigts et de quatre jambes. Nous nous sommes penchés sur ce phénomène mutatoire accéléré : l'espèce Hsn biofrater gemillus a subi une différenciation accélérée en l'espace de quelques semaines, allant jusqu'à remettre en cause les grandes théories de l'évolution.
Ceci souligne également l'importance du pouvoir mutagène encore méconnu de la simple molécule 14C3H3-14C3H2 18O3H. Nous rendons compte ici des observations réalisées durant les dernières semaines.
Étude pré-mutatoire. Les données comportementales ont été collectées pendant plus d'un an, fournissant des résultats statistiquement irréfutables.
Étude de la mutation. Aucune donnée n'a pu être collectée étant donné la rapidité du phénomène.
Étude post-mutatoire. Les données comportementales ont été collectées pendant trois semaines, fournissant des résultats statistiques fiables.
Le matériel d'observation utilisé comprend des webcams surveillant les endroits stratégiques, à savoir douche, pot, canapé, K-fêt, K-fêt, BD-thèque, Réserve de la K-fêt (webcam infrarouge), K-fêt, flipper, K-fêt, K-fêt, télé personnelle. Mais aussi une grenouille enregistreuse, un tabouret soulageant notre dos durant les heures d'observation au travers des trous de serrure et différents mouchards, et le matériel d'alpinisme facilitant l'observation par les fenêtres. Nous avons également infiltré son environnement pour affiner les études comportementales et relationnelles.
Fonctions de relation. La niche écologique du sujet reste inchangée : sa paire de charentaises. Par contre son mode de vie s'est profondément modifié, passant de libre à fixé, et de nocturne à diurne. Une augmentation de son activité a été observée : on suppose qu'il a arrêté son CAT (Congé Avec Traitement) pour s'intéresser à la pipométrie algébrique.
Malgré son mode de vie fixé, il s'impose des sorties hebdomadaires, échangeant ses charentaises contre des chauds sons de salade (ok, c'est nul mais on est des scientifiques). Une dernière observation nous a même fait douter de notre état psychiatrique : depuis peu le Hsn biofrater gemillus range sa chambre et passe l'aspirateur. Ce n'est pas encore prouvé mais il paraîtrait aussi qu'il fait la vaisselle !!! Son canapé est accessible, et il a même émis des reproches lorsque nous avons essayé de bousculer son nouvel environnement en bordelisant sa chambre.
Fonctions de nutrition. Parallèlement aux modifications de ses fonctions de relation, des modifications de son alimentation ont été observées. D'une alimentation à base de Twix et d'éthanol, il est passé à une alimentation à base de Twix, d'éthanol et de gouda. Cette modification de son régime alimentaire transforme sa pathologie alcoolique chronique en pathologie alcoolique épisodique.
Ces changements sont statistiquement liés à l'augmentation d'activité précédemment décrite (c2 = 2.5, p < 0.01). Son activité diurne tend à faire remonter le nombre journalier de ses repas : il est en phase de passer à trois repas par jour.
Fonctions de reproduction. L'espèce Hsn biofrater gemillus a rompu son QuadriPacs pour vivre en couple. Des tendances zoophiles ont été notées, se caractérisant par un intérêt marqué pour une marmotte. Cette dernière modification comportementale est lié au changement de son mode de vie nocturne-diurne (c2 = 7.1, p < 0.01).
Des tentatives d'explication peuvent être avancées, comme l'effet d'une absence maternelle prolongée ou un effet secondaire d'une overdose éthylique. Une dissection associée à des études histologiques poussées (tissus musculaires et nerveux) nous permettront de découvrir les mécanismes fins de cette transformation.
Une étude épidémiologique est en cours, afin d'évaluer l'étendue de ce phénomène et de déterminer son degré de contagion. Les modes de transmission de cette mutagénèse sont encore inconnus. Devons-nous continuer à fréquenter cet individu ? À vous d'en jujer...
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Schlrae, C. (8651) Theolution of evory.
Genet Dev Review Curr Opin 10(2):6-151.
On ne trouve rien au cadastre, rien dans les annales judiciaires, rien non plus dans les journaux de l'époque. Voilà pourquoi nous vous révélons en exclusivité des mystères comme celui de la survie d'un bâtiment vide : le célèbre Pavillon. Ou plutôt le pavillon de l'horreur, comme l'appellent les rares individus qui en sont revenus. Jetons un regard pudique sur les secrets qui pèsent sur les sous-sols de ce bâtiment depuis quarante ans.
Au rez-de-chaussée, un escalier secret caché dans une armoire électrique mêne vers le niveau inférieur.
2 : Ces anciens clapiers à lapins servirent longtemps pour la FACOF de cellules. Hier encore, elles abritaient les électeurs refusant de voter pour un ancien maire du 5ème, Jacques T. Les détenus recevaient deux choses chaque semaine : une croûte de pain rassi et un numéro de l'Ernest, qu'ils étaient contraints de lire en entier. Tous craquaient sous la pression et promettaient au maire une réélection dans un fauteuil. Ce dernier subventionnait ensuite grassement la FACOF.
4 : Igor, bossu borgne fruit de manipulations génétiques malencontreuses du FACOF, a installé sa tanière dans cette ancienne mine de salpêtre. On peut le voir les nuits de mardi à mercredi, armé de sa truelle, ramener les vieux numéros du BOcal dans son antre. Pourquoi ? Nul ne le sait. Les rares malheureux lui ayant posé la question ont été retrouvés une truelle dans la tête.
5 : « La Salle du fou » Roger Golivet était une vraie personnalité. Ses cheveux longs, son parfum patchouli et ses albums de « Pink Floyd » en faisaient l'incarnation idéale du « baba cool » de style pompidolien. Jusqu'au 10 mai 1973 où Roger se roula son quatrième « pétard » de la journée en utilisant par erreur pour filtre le ticket vainqueur du gros lot de la Loterie Nationale. Ayant vu ses rêves de fortune partir en fumée, Roger se replia dans le mutisme et ne quitta plus jamais cette pièce.
6 : « WC (avec lavabos) »
[Un appartement] : Résidence de Gargamel. Après avoir été vaincu pour la 357ème fois par les Schtroumpfs, Gargamel empocha ses royalties et pris sa retraite. Il se décida pour ce F3 dans lequel il coule ses vieux jours, aigri. Les voisins en parlent comme d'un monsieur très bien, un peu renfrogné, mais se plaignent des dégats perpétrés par son chat, Azraël.
[Un asile, avec miradors] : Dans ce qu'on appelle pudiquement « maison de repos » , le professeur Émile Maquinet est tenu au secret. Son crime ignoble : avoir formé des « disciples » dans le cadre d'un séminaire de Philosophie et Leçons de Morale Pour Médias. Trente hommes armés jusqu'aux dents de sagesse ne sont pas de trop pour emêcher l'evasion. C'est qu'en effet, Bernard Henri-Lévy, André Comte-Sponville et Alain Finkielkraut risqueraient tout pour délivrer leur mentor.
[Une galerie de mine] : Cette mine, exploitée par le FACOF, est en fait une ancienne décharge municipale du début du XXème siècle. Les détritus fossiles se sont sédimentés pour former des strates homogènes (légumes, viande, etc. ). Une équipe de nains aveugles creuse les différentes veines. La FACOF remonte les fossiles à la surface, les mélange à de l'eau croupie et vend ensuite le résultat aux responsables du Pot sous le nom de potage, crème ou velouté.
Nous montâmes en selle, ce que je n'avais plus fait depuis quelques années, notre cheval étant mort alors que j'avais dix ans. Je retrouvai cependant rapidement les gestes du cavalier. Heureusement pour moi, car dans la suite de mes aventures, j'eus maintes fois à demander de vifs efforts à mon cheval. Nous arrivâmes bientôt en une grande bâtisse, dotée d'une écurie. Je compris que c'était là la demeure du gentilhomme masqué. On me conduisit vers une sorte de dortoir où je pus poser mon sac à patates, puis on me remit une lourde veste de cuir et une épée. « J'espère que vous savez vous en servir, me dit mon hôte. » Je n'osai pas prétendre le contraire, d'autant plus que le maniement de cette arme me sembla curieusement aisé. Mais qu'attendait-on de moi ?
Je déjeunai en compagnie des deux hommes de main du gentilhomme - car c'était là leur funeste tâche - et j'appris qu'on rendrait visite à un potier du nom de Hartmann. Les plaisanteries de mes deux camarades étant d'une lourdeur pénible, mes expériences de la veille ayant encore des conséquences sur mon état et l'inquiétude d'avoir à se battre aidant, j'avalai difficilement le brouet qui m'avait été servi.
Nous partîmes pour le village peu après le repas et quand nous fûmes rendus nous descendîmes de selle et entrâmes dans l'atelier du potier Hartmann, lequel paraissait fort mécontant d'y voir entrer quatre cavaliers armés. Le gentilhomme masqué lui lança de vives menaces, puis nous ordonna de mettre un peu de désordre dans l'atelier « trop bien rangé ». Nous renversâmes donc joyeusement quelques pots et brisâmes non moins joyeusements certains d'entre eux. Je me sentis mieux après avoir accompli ma tâche, et je crus qu'après tout cet emploi d'homme de main me conviendrait fort bien.
Nous rentrâmes nous reposer. Le lendemain nous rendîmes visite au même potier. Celui-ci remit à notre maître une forte somme d'argent et nous fûmes priés de nous comporter correctement envers maître Hartmann pendant au moins douze jours. L'après-midi nous partîmes extorquer quelque nourriture fraiche et saine chez un opulent fermier. Malheureusement, alors que nous nous apprêtions à ravager le poulailler de la ferme, des hommes en arme surgirent et nous dûmes tirer les notres. Le combat fut bref mais violent. Ma maladresse me valut une vilaine estafilade et je pris la fuite. Cette dernière eut l'effet regrettable de provoquer celle de mes compagnons d'arme et je n'eus pas le temps de prendre beaucoup d'avance. Nos chevaux étant fort rapides, nous parvînmes tout de même à égarer nos poursuivants en trouvant refuge dans un bois. Nous décidâmes d'y passer la nuit. Je peinais à trouver le sommeil car ma blessure me faisait d'autant plus souffrir qu'elle était béante et purulait à vue d'oeuil. Je me réveillai donc de fort méchante humeur.
Notre maître devait récuperer son pécule chez lui, mais avait quelque affaire à règler urgemment ; nous nous séparâmes alors en deux groupes. Moi et le borgne avions pour mission de retourner chez le gentilhomme masqué oú je pourrais du même coup soigner ma blessure. Un rendez-vous fut fixé dans une maison abandonnée qui se situait plus à l'est et que mes compagnons semblaient bien connaître.
Nous arrivâmes sans encombres à la demeure de notre employeur. Elle était déserte. Le borgne m'indiqua où trouver de quoi nettoyer et panser mes plaies. Quand j'eus fini de me soigner, je le trouvai occupé à transférer des pièces d'un coffre vers un grand sac.
« Vois combien l'on amasse à bien travailler, petite grenouille, me lança-t-il d'un air moqueur, quand tu auras appris à estourbir gens d'armes à ma façon, tu te rendras peut-être enfin utile ! »
Disant cela, il finissait de vider le coffre. Décidément, mon compagnon ne m'agréait point, et mener vie de spadassin n'était guère de mon goût. Tandis qu'il refermait le coffre, j'abattis mon poing sur le couvercle : il se pinça méchamment. Et ma rapière de percer sa gorge avant toute réaction de sa part. Il me maudissait dans ses gargouillis d'agonie, et je ne fus pas fâché de le voir enfin expirer.
Encore choqué de ce que je venais de faire, je cherchai des provisions dans le cellier et en emplit ma gibecière. À part le sac plein d'argent et mon sac à patates plein de l'argenterie familiale, il ne me semblait plus devoir m'emparer d'autre chose en ce lieu qui aurait pu m'être utile. Je me décidai donc enfin à partir.
Peu après avoir quitté le domaine de mon très transitoire employeur, je croisai la fermière que j'avais vue apportant le lait la veille. Elle ne sembla pas me reconnaître ; tant mieux. Elle allait sans doute bientôt découvrir que quelque chose avait changé chez son maître. Mieux valait ne pas trop s'attarder. Je pris la route de l'ouest, ne sachant pas vraiment si j'avais bien fait de prendre congé de cet homme mystérieux et influent par un telle trahison. Et j'eus effectivement plus tard à subir les terribles conséquences de cet acte par trop irréfléchi. (... )
Le lieutenant Sullivan, sanglé dans son imperméable beige, promena longuement son regard inquisiteur sur la dizaine de personnes qui se tenaient devant lui. La nervosité, l'agacement, l'incrédulité parfois, pouvaient se lire sur les visages. Comment cet homme athlétique, à la stature imposante, au faciès d'airain, au poitrail puissant, ce véritable Hercule, pouvait-il être capable du moindre raisonnement ? A-t-on jamais vu un sportif résoudre une énigme policière ? Sullivan profita du fait que le comité de censure avait les yeux tournés pour allumer une cigarette sans filtre qu'il porta à ses lèvres fines et empreintes de sensualité. Durant toute l'enquête, il avait souffert de son infériorité physique - sa trop grande taille, ses biceps trop développés, son regard d'acier - face à ces intellectuels chétifs. Maintenant, l'heure de la vengeance avait sonné : il allait leur montrer de quoi était capable celui que le colonel Mustard avait narquoisement surnommé le « Richard Virenque de Scotland Yard » . Il se servit un verre de gin et en prit une grande lampée.
Son visage s'éclaira d'un léger sourire, ce même sourire charmeur qui avait tant émoustillé la nièce du colonel Mustard1 (dans le métier, on l'appelait le « Patrick Bruel de la Crime »). Il était temps de briser le silence.
« J'irai droit au but, annonça-til de sa voix de stentor, le meurtrier de Mrs Smith est l'un de vous ! »
Un silence de mort plana dans la pièce, tel le faucon précédant la tempête.
« Après une phrase de Sullivan, le silence qui suit est encore de Sullivan. », pensa le lieutenant avec l'ironie mordante et la drôlerie féroce qui lui étaient habituelles (sa femme le surnommait affectueusement le « Jules Renard de Baker Street »). « Mais trêve de fines plaisanteries... » se dit-il en se servant un large verre de Martini blanc.
« Je n'aurai qu'un mot à dire, reprit-il, qu'un seul détail à vous rappeler. Le détail que même l'assassin a négligé. »
Maintenant la tension était palpable.
« Cessez cette comédie ridicule, Lieutenant, glapit le colonel Mustard, dont la fine moustache poivre et sel frémissait de rage contenue. Vos méthodes d'intimidation sont dignes des bolchéviks ! »
Le Docteur Georges W. Olive renchérit, ainsi que Mrs Periwinkle.
« Détrompez-vous, clama Sullivan. Je vous dis et vous répète que je n'ai qu'un mot à dire pour démasquer le meurtrier. Et ce mot, c'est... »
Sullivan marqua une nouvelle pause. L'assistance était suspendue à ses lèvres fines dont le léger sourire maintenait une cigarette calmement allumée. Le lieutenant se versa un verre de Whisky « on the rocks »2 qu'il porta à ses lèvres fines après en avoir ôté sa cigarette, démontrant ainsi la présence d'esprit qui lui valait d'être surnommé l'« Einstein du Yard » . Puis, faisant claquer sa langue après avoir ingurgité la moitié du breuvage, il prononça distinctement :
« VALÉRIANE... »
L'interrompant d'un geste de la main, Sullivan, à qui ses collègues donnaient volontiers le sobriquet d'« Éponge de la Crime » , vida d'un trait son verre de Vodka-Martini et répliqua :
«Vous allez comprendre très vite, Professeur. Vous vous souvenez tous que l'on a retrouvé de la valériane auprès du corps de la défunte. La chose vous a paru normale, puisque Mrs Smith était coutumière d'un traitement par la valériane pour calmer ses vomissements jaunâtres, parfois verts ou sanglants. Pardon, Mrs Periwinkle... Mais dès le départ, quelque chose m'avait paru anormal. Hier, j'ai enfin compris grâce à l'aide du Docteur Brown : ce que vous ignoriez tous (sauf l'assasin) et que j'ignorais également, c'est que la valériane officinale ne se broute pas, elle se prend en gélule. Détail insignifiant, me direz-vous. Sauf qu'on a également retrouvé des empreintes... Des empreintes de chat.
- C'est impossible, éructa le colonel Mustard, le chat portait des g... »
Un silence de mort entoura le colonel effaré. Un bombardier tombant dans la pièce n'eût pas crée confusion plus grande.
Sullivan se tourna lentement vers le colonel Mustard. Le sourire triomphal qui se lisait sur ses lèvres fines contrastait avec la blancheur cadavérique du visage du Colonel, dont les lèvres tremblaient sous la fine moustache poivre et sel frémissant de rage contenue.
« Vous êtes fait, Colonel ! Votre trop grande confiance en vous fut votre faiblesse. »
Puis se tournant vers l'assistance médusée, il poursuivit son passionnant discours en se préparant un grand verre de Gin-Martini.
« Comme vous le savez tous, la valériane officinale est aussi appelée herbe-aux-chats car elle attire ces animaux. Le colonel Mustard, élevé à la campagne, ne l'ignorait pas, pas plus qu'il n'ignorait le traitement de Mrs Smith. Il a sauté sur l'occasion pour mettre en branle son plan machiavélique.
- Mais comment a-t-il pu ? Le coroner a établi que ni la clé anglaise, ni le chandelier n'avaient été utlisés ? balbutia le Professeur Purple, sidéré, clignant de son oeil unique.
- Le colonel n'était pas un tueur, coupa Sullivan. Aussi, n'est-ce pas lui qui a tué Mrs Smith...
- Mais... Si ce n'est lui, c'est donc son frère, rugit le Docteur Olive en montrant du doigt le Révérend Père Mustard, tremblant dans son coin.
- Mon cher, vous déraisonnez, répliqua ce dernier avec fureur.
- Calmez-vous, reprit Sullivan. Le vrai tueur n'est pas parmi vous. Car c'est le chat qui a tué Mrs Smith. »
Un frémissement d'horreur parcourut l'assistance effarée.
« Le chat ! Bon sang mais c'est bien sûr !, s'exclama le Professeur Purple.
- Emmenez-le ! », s'exclama Sullivan à l'adresse des deux policemen qui se tenaient devant la porte. Au moment où Mustard passait la porte, le lieutenant l'interpella narquoisement, en portant un verre de TGV à ses lèvres que des auteurs sans imagination auraient qualifiées de fines.
« J'oubliais, Colonel, on n'a jamais retrouvé d'empreinte de chat dans la chambre où Mrs Smith a été retrouvée assassinée. »
Le Colonel jura violemment avant d'être entraîné par les deux policemen.
Resté seul, Sullivan avala sa deuxième Téquila Paf, puis écarta le rideau pour contempler le fourgon de police qui s'éloignait du manoir.
« Que de misère humaine en ce bas monde ! » soupira-t-il laconiquement en s'écroulant ivre-mort sur le divan.
Selon la police, les deux victimes portaient des « slips » et
utilisaient des « brosses à dent dures » , malgré
les conseils de leur dentiste.
Poisson Mort n°10 du 28 décembre
L'autopsie des deux victimes de la maladie de Jryskof-Patapou (voir Le
Poisson Mort n°8) a révélé que celles-ci aimaient le poisson cru. «
J'vois pas l'rapport », remarque Samuel Delaere, videur de boîte de nuit
dans la région strabourgeoise.
Poisson Mort n°15 du 7 janvier
Un banc de poissons suspect a été pêché au large des côtes normandes. Des
échos du célèbre tube de Céline Dion, Titanic , semblent avoir été
entendus dans les filets du chalutier le Playboy.
« C'est incroyable », s'indigne le capitaine, « une faute de
goût pareille, ça devrait être puni par la loi ! »
Poisson Mort n°17 du 12 janvier
On trouve de plus en plus de poissons amateurs de Céline Dion dans les
eaux normandes. La maladie à l'origine de cette pathologie,
l'Encéphalopathie Guimauvoïde Piscine (EGP), n'a aucun rapport avec le
syndrome de Jryskof-Patapou, selon les professionnels du poisson cru. «
Établir un tel lien serait absurde » , affirme M. Kiotori, restaurateur rue
Monsieur-le-Prince (Paris 6eme). « D'ailleurs, ces deux maladies n'ont
aucun point commun. Faut pas écouter ces salauds de fonctionnaires qui se
disent experts, c'est à cause d'eux qu'on paie trop d'impôts. De plus,
écouter Fun Radio et Céline Dion n'est pas une tare, jusqu'à preuve du
contraire » , ajoute-t-il. Les arguments de M. Kiotori ne semblent pas
convaincre les scientifiques, qui s'acharnent comme des rhinocéros à
trouver le chaînon manquant (voir encadré).
Poisson Mort n°20 du 15 janvier
Un rapport accablant de la British Society for Fish Science (BSFS)
établissant le lien entre la maladie de Jryskof-Patapou et
l'Encéphalopathie Guimauvoïde Piscine (EGP) a été rendu publique, samedi
13 janvier. Il dénonce notamment les pratiques de certains industriels du
poisson, qui déclinent toute responsabilité dans cette affaire (voir
encadré).
Alors que les autorités se veulent rassurantes, on assiste déjà à des mouvements de panique. Certaines personnes, comme Giselle Tutsoin, ont commencé à stocker des hamburgers MacDonald dans leur cave. « On est jamais trop prudent, et puis mes petits-enfants adorent ça, notamment Kevin, qui, d'après sa maîtresse, est très doué pour son âge : vendredi dernier elle lui a mis un A en confection de collier de pâtes », explique-t-elle fièrement.
Poisson Mort n°21 du 18 janvier
De nombreuses ONG ont manifesté, hier à Paris, contre les dérives du
capitalisme mettant en danger la santé des citoyens, à l'occasion du
dévoloppement récent de la crise du « poisson fou » . « Il faut les pendre
avec leurs tripes », analyse Romuald, militant chez Greenpeace. « C'est
encore un coup de la CIA, ou bien alors j'm'appelle pas Romuald. Remarquez
c'est possible, vu que la CIA a sûrement trafiqué mon certificat de
naissance », précise-t-il.
Un manifestant, plus vindicatif, s'insurge : « Il me semble que cette situation découle naturellement de la logique consumériste qui gouverne le marché. Dans une société où les fantasmes de réussite et d'accomplissement personnel sont refoulés dans le football et dans Qui veut gagner des millions, un méchanisme naturel de sublimation s'opère sur le poisson cru. » Un jeune homme portant un T-shirt de Daft Punk ajoute : « Ouais c'est vrai ça ! Pourquoi qu'on légaliserait pas le cannabis, plutôt que de nous faire bouffer de la merde ! Fascistes ! »
Dans l'ensemble, la population reste inquiète : la consommation de poisson cru a chuté de 50% ces trois derniers jours, ce qui fait craindre le pire quant aux prévisions de croissances établies par le ministre des finances pour l'année 2001.
Ce poisson,
qui est arrivé au stade le plus avancé de la maladie, se prend pour une
vache folle. Les scientifiques se demandent toujours comment il a procédé
pour se peindre des taches noires sur le corps avec ses
nageoires.
Poisson Mort n°22 du 27 janvier
Le président de la République a fait une déclaration officielle à la
télévision, hier soir à 20h. Il principalement été question, parmi les
thèmes abordés, de la crise du « poisson fou ».
« Je pense qu'il s'agit là d'un réel problème», a affirmé le président. «Il appartient au gouvernement de le résoudre », a-t-il ajouté. « Voilà », a-t-il continué. « Au plaisir » , a-t-il conclu.
La classe politique a vivement réagi à la suite de cette intervention. « L'éloquence du président ne doit pas faire oublier qu'il a trempé dans des histoires louches de détournement de fonds publiques il y a 15 ans... mais laissons la justice faire son travail », a commenté le chef des opposants au président. Le chef des partisans du président ne semble pas, pour sa part, partager cette opinion : « Encore une fois, je crois que le président a su, dans un discours intelligent et complet, convaincre les Français », analyse-t-il.
Ce poisson a revêtu un déguisement inconnu. « On n'y comprend rien »,
confient les experts.
Cette enième crise sanitaire qui met à mal notre orgueil nous rappelle, à nous misérables humains, que l'hybris prométhéen est toujours puni de la main de Dieu, et que la nature reprend toujours ses droits sur l'arrogance humaine, exactement comme dans Titanic...
L'avis du
spécialistePr Thierry Bibonne, directeur du Laboratoire de Sociologie Marine (LSM) de Poitiers.
+ Y a-t-il un lien entre la maladie du « Poisson Fou » et celle de Jryskof-Patapou ?
Il y a tout d'abord un lien statistique très fort entre ces deux pathologies : l'analyse des données dont nous disposons à l'heure actuelle montre que 100% des personnes affectées du syndrome de Jryskof-Patapou aiment le poisson cru. Il y a ensuite un lien, certes difficile à établir, mais indéniable selon nos experts en psychiatrie musicale, entre les symptomes des deux maladies. Je ne m'étendrai pas sur ces aspects par trop techniques et dont j'avoue qu'ils me dépassent.
+ Pensez-vous que je sois trop stupide pour les comprendre ?
Oui.
+ Hum hum. . Ces liens suggèrent ils une tansmission possible de la maladie du Poisson à l'Homme ?
Il est encore trop tôt pour le dire, mais je pense pouvoir affirmer que la maladie s'est déjà transmise de l'Homme au Poisson. En effet, il semble à peu près certain que le goût pour Titanic est un symptome qui était jusqu'à présent exclusivement humain...
+ Et pourtant on a répertorié plus de poissons que d'humains essayant d'imiter les deux héros du film...
Oui, et il faut bien comprendre ce que cela a de pathétique. Les poissons, qui sont - je le rappelle pour l'inculte que vous êtes sûrement - ovipares, ont le plus grand mal à reproduire les gestes des protagonistes du film lors de la scène de la calèche. Sans compter les nombreux poissons qui ont vainement tenté de se noyer dans les eaux glacées de l'atlantique pour imiter Jack.
+ Faut-il appliquer le désormais célèbre principe de précaution ?
Je pense que cela s'impose ; nous recommandons vivement aux poissons crus de ne pas avoir de rapports non protégés avec des humains.
Les industriels du poisson cru sur la sellette
Lors d'une conférence de presse, les responsables des industries Mansonto et OGM & Co ont tenu à s'expliquer sur leur implication dans la crise actuelle du « poisson fou ».
« La qualité de nos produits est vérifiée à chaque étape de leur
élaboration », explique M. Grosjean, de Mansonto. « La chaîne du
froid n'a pas été brisée », ajoute-t-il. M. Hulat, de OGM & Co prétend
« ne jamais avoir nourri ses poissons transgéniques avec de la poudre
de CD de Titanic », comme il en avait été question récemment. « Notre but
prioritaire est de satisfaire le consommateur, tout en respectant
l'environnement, et en traitant bien nos employés. C'est la seule chose
qui compte. L'argent et les bénéfices, vous savez, c'est secondaire...
Cependant, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour enrayer ce
problème dont, je le rapelle, nous ne sommes pas responsables. »
Trois cosmonautes, yahouank, oh lon-la la-di-gué-tra,
Trois cosmonautes, yahouank, S'apprêtent à partir pour Mir.
S'apprêtent à partir pour Mir, gué, s'apprêtent à partir pour Mir,
S'apprêtent à partir pour Mir, gué, s'apprêtent à partir pour Mir,
Au fond de leur Soyouz, oh lon-la...
Au fond de leur Soyouz, le compte à r'bours est à douze.
Y z'ont pas l'air bien fier, oh-lon la...
Y z'ont peur de finir grillés comme dans Challengère.
Six-cinq, dit la radio, oh lon-la...
quatr'-trois-deux-un-zéro, y zon't l'moral à zéro
Et la fusée s'élève, oh lon-la...
Et la fusée s'élève, c'est autr'chose qu'un Tupolev.
Ivan trembl' comme un' feuille, oh lon-la...
Ivan trembl' comme' un' feuille, et Boris vient d'tourner d'l'oeil.
Anatol crie Maman, oh lon-la...
Anatol crie Maman, il veut r'voir son Kazakhstan.
Ivan crie « Nom de Lev ! », oh lon-la...
Ivan crie « Nom de Lev ! », la fusée se désagrège !
« Mais non, mon petit Père », oh lon-la...
« On a juste largué nos boostères ! »
Y détachent leur ceinture, oh lon-la...
Y détachent leur ceinture, quand a lieu la déchirure.
Et tout l'air fout le camp, oh lon-la...
Et tout l'air fout le camp, les v'là tous vidés d'leur sang.
À Baïkonour, quelle panade, oh lon-la...
À Baïkonour, quelle panade, on n'entend plus les camarades.
En héros ils sont morts, oh lon-la...
En héros ils sont morts, 'faut aller chercher leurs corps.
Trois cosmonautes, yahouank, oh lon-la...
Trois cosmonautes, yahouank, s'apprêtent encore à partir
Pour chercher les martyrs, oh lon-la...
Pour chercher les martyrs, les martyrs d'la station Mir !