C'est avec intérêt que je lis chacun de vos numéros lorsque j'en ai le loisir. La vie de Père Noël, on ne saurait trop le dire, n'est pas de tout repos en cette période de l'année, et l'on a plaisir à trouver de temps en temps, au milieu de monceaux de trop sérieuses lettres de revendication, l'une ou l'autre lectures plus rafraichissantes. Je trouve en particulier votre titre très bien choisi, puisque je suis un grand pécheur (sur la banquise de préférence), et que rien ne me réjouit plus qu'un délicieux poisson mort.
J'ai pu lire par ailleurs, grâce à la toile mondiale, qui comme moi parvient à être partout au même moment, et qui plus est ne se limite pas à la seule nuit du 24 au 25 décembre, j'ai pu lire, donc, disais-je, les comptes-rendus des comités de rédaction qui vous font voir le jour. Je confesse que je vous envie. Quelle chance de pouvoir fonctionner de manière aussi peu structurée, et de pouvoir laisser à chacun la possibilité de participer à hauteur de ce qu'il souhaite faire. Ici, c'est moi qui fait tout. Pas moyen de faire changer les vieilles habitudes de travail que mes prédécessseurs ont laisser s'installer. Tous mes collaborateurs ont besoin de structures, de hiérarchies. J'ai plus de travail, et le plaisir est moindre pour nous tous. En outre, il m'est impossible de m'adjoindre de nouveaux collaborateurs, alors qu'il est si facile de se joindre à ceux qui vous écrivent.
J'ignore, malgré mes lectures, ce que vous souhaitez pour Noël. Que peut bien souhaiter un poisson mort, sinon être mangé avec appétit ? Croyez sans l'ombre d'un doute, cher Poisson Mort, que je ne manquerai pas de vous honorer de la sorte, dès la sortie de votre septième numéro.
Je suis, Cher Poisson, votre très dévoué serviteur,
À l'approche du dernier Noël du vingtième siècle, force est de constater que les Normaliens sont exclus d'un pan important de la vie culturelle de la nation, puisqu'il n'y a pas de cheminées dans les thurnes, et qu'ils ne pourront donc pas recevoir la visite du Père Noël. Comment pourrions nous compléter notre formation culturelle et, partant de là, servir efficacement la collectivité s'il nous est dénié le droit de participer à l'une des traditions les plus ancestrales qui soit ?
Pour remédier à cela, il est urgent que toutes les thurnes d'Ulm, Jourdan et Montrouge soient équipées de cheminées. Outre les économies d'énergie qu'elles permettraient, ces cheminées auraient de plus l'avantage de renforcer l'interdisciplinarité consubstantielle à notre École, car où mieux qu'autour d'un bon feu peut-on discuter des mérites comparés de la métaphysique Kantienne et de la chromodynamique quantique ?
Considérant que les missions de l'École normale supérieure ne sauraient s'accomplir si les élèves ne sont pas en mesure de fêter Noël dans leurs thurnes, j'exige que des cheminées soient installées dans toutes les thurnes de Jourdan, Montrouge et Ulm avant le 24 décembre 2000 à minuit.
Les Prévisions 2001 de Gisèle AbletteL'année 2001 sera un grand cru. Il faut dire que tout est réuni pour que cette année soit une grande année. Une analyse numérologique rigoureuse montre en effet que 2001=2000+1. Un nouveau pas est donc franchi vers des lendemains chantants susceptibles de faire oublier la triste année 2000 et son cortège de fantômes, malheurs, catastrophes, tempêtes, marées noires, cassettes Méry et vaches folles, sans parler de la triste affaire du truquage de l'émission Qui veut gagner des millions ?. Aussi, dès à présent, on peut dire que l'année 2001 sera un grand cru. En particulier, le Bordeaux sera très fruité si les ceps résistent au gel, mais évidemment il est difficile de le savoir avant...
Je sais que beaucoup de mes chers lecteurs sont préoccupés par le sort de nos amies les bêtes. Ils ont raison, car en ce qui concerne la vache folle, cela va aller de mal en pis, si j'ose dire. Quant à nos amis du Troisième Age, qu'ils se rassurent: le prochain millénaire s'annonce pour eux sous d'heureux hospices.
Car ne l'oublions pas, contrairement à ce que je vous ai fait croire l'année dernière à la même époque dans une revue humoristique concurrente (voir Parages déc. 1999), le nouveau millénaire ne commence que le 1er janvier 2001. C'est un signe des astres ! Un signe qu'il va se passer de grandes choses ! Un nouvel âge d'or commence, sans frontière, sans guerre, sans paix ! Le blanc nectar de l'amour coulera à flots lents et épais sur la face épanouie d'un monde différent et changé ! Un monde pas pareil du tout où les hommes, pardon les Hommes, pourront batifoler en toute insouciance dans les sous-bois sans que ce soit forcément pour tirer un coup de fusil. Et tandis que de la corne d'abondance jailliront à foison des fruits gorgés du soleil, des colombes peintes en rose par Jean-Paul Gauthier prendont leur vol dans un bruissement d'ailes pour regagner le ciel... Et il pleuvra des tickets de pot jusque dans les verts paturages de l'oisiveté... Et le piratage n'existera plus, et il n'y aura plus ni heure d'hiver, ni heure d'été, ce qui évitera de chercher midi à quatorze heures. Et le Parti de la Loi Naturelle gagnera les élections grace à son programme de méditation transcendentale à vertu thérapeutique basée sur la méthode du Grand Yogi tibétain Marcel Sadi Ablette.
N'écoutez pas les charlatans rabanesques et leur cortège de prévisions alarmistes. Non ! Le climat ne se réchauffera pas ! Il n'y aura ni typhon, ni tempête, ni marée noire, ni incendies de forêt, ni tornade, ni raz de marée ! La Terre continuera de tourner sur un axe incliné de 23,45 degrés par rapport à l'axe des poles ! Le CAC 40 deviendra une référence, l'euro n'atteindra pas la barre des 0 $ et la Chance aux Chansons ne s'arrêtera pas ! N'écoutez pas ces diseurs de mauvaise aventure qui vous prédisent le pire sans aucune rigueur scientifique alors qu'il est si facile de prédire le mieux sans déformer la vérité, qui est de toute façon ailleurs. Non ! Paques n'aura pas lieu à Noël, ni Noël à Pâques, ni Pâques à la Trinité ! Non ! le festival de Cannes n'aura pas lieu en même temps que la Mostra de Venise ! Tout sera Bien et Beau. Voilà des prévisions cohérentes comme nous les aimons et non de ces élucubrations grotesques de pseudo-voyants... Et de toute manière, peut-on encore accorder un quelconque crédit à ces charlatans alors que comme l'a si bien dit Pierre Desproges, « Noël au balcon, Pâques aux rabanes »?
Je suis même en mesure d'ajouter qu'il n'y aura pas d'éclipse cette année et donc, par la force des choses, pas de chute de la Station Mir. La Saint-Guillaume aura lieu le 10 janvier, de même que l'anniversaire de Carole B. Le salaire de Zinedine Zidane ne baissera pas et le QI moyen d'un footballeur restera inférieur à sa pointure de chaussure. Il n'y aura ni dissolution, ni cohabitation, ni coupe du monde de foot, ni aucun autre événement politique majeur. Quant au pavillon Rataud, il sera classé Monument Historique et décoré par Buren en présence de Jack Lang.
Enfin, je le clame haut et fort, ce sera le grand retour de l'année 1975, et on pourra porter des chemises à jabot et des cols Mao la tête haute, tout en écoutant de la musique expérimentale. Le bonheur et la félicité s'étendront sur le monde entier. Elvis reviendra, Brassens reviendra, et Claude François ne reviendra pas.
Retrouvez Gisèle Ablette sur le 3617 KENAR (15,83/min.) , sur le web (http://www.kenar.com/ablette) ou par CB en envoyant votre numéro de carte à KENAR BP 1234 Paris Concours
Samedi, minuit passé
« Salut - On m'a parlé de toi comme étant un grand spécialiste des Catacombes - J'ai besoin de tes services très rapidement, dès dimanche soir si possible - rémunération, bien entendu - Rappelle-moi pour en discuter - Mon numéro est le... »;
On a connu plus cordial, dans les annales du message sur répondeur téléphonique, mais l'heure n'était pas aux formules de politesse. J'avais besoin d'un guide pour m'orienter à travers les dédales souterrains du ventre de Paris, et vite. Je reposai le combiné, et saisis ma veste, car j'avais une autre affaire à régler.
A la loge, le gardien de nuit, qui arborait, ce soir-là, je m'en souviens encore, une flamboyante chemise en soie de couleur fuchsia, me tendis gracieusement une clef d'accès à la salle d'informatique du 46, rue d'Ulm. Mais ce n'était pas dans ma boîte aux lettres électronique que j'étais impatient de jeter un oeil : il fallait que je trouve une porte. Une porte qui s'ouvrirait à l'aide de la carte magnétique que j'avais dans ma poche depuis deux jours: celle du mystérieux laboratoire X-27.
Une fois dans le hall du bâtiment de biologie, je ne me dirigeai donc pas vers les ordinateurs, mais vers l'escalier menant aux sous-sols. Mon petit doigt (c'était la seule chose à laquelle je pouvais encore me fier) me disait que ce laboratoire devait être, d'une manière ou d'une autre, relié aux galeries de la crypte.
Je parcourus quelques couloirs, passai devant un grand nombre de portes fermées, croisai un homme en blouse blanche qui me dévisagea en silence, butai sur une certaine quantité de culs-de-sac, puis me retrouvai, au détour d'un escalier, face-à-face avec une poubelle.
Je revins sur mes pas, et croisai à nouveau l'homme en blouse blanche, qui, cette fois-ci, faillit ouvrir la bouche. Je lui lançai un regard noir qui l'en dissuada. Je songeais à retourner me coucher, et commençais à engueuler mon petit doigt, lorsque je remarquai, sur ma droite, une porte sans poignée, mais dotée d'une serrure électronique à fente...
Je vérifiai que le couloir était désert, et passai ma carte magnétique dans l'appareil. Une petite lumière verte s'éclaira, un déclic se fit entendre, et je ne pus m'empêcher d'émettre, à mon tour, un petit cri aigu et étouffé de satisfaction contrite. Je poussai la porte, et entrai dans ce qui ressemblait à une cabine d'ascenseur, aux parois métalliques. La porte se referma automatiquement. Je sentis la cabine descendre, puis s'immobiliser.
Vous devinez la suite : l'ascenseur débouchai à un nouveau couloir, désert, silencieux baigné d'une lumière blanche et douce, jalonné d'une quinzaine de grandes portes, dont certaines étaient numérotées : X-01, X-02, X-10, X-11, X-12, X-13, X-20... Je me trouvai bientôt devant la porte X-27. Nom d'un petit bonhomme.
Au moment où je glissai la carte dans la nouvelle serrure électronique, mon coeur ne battait même plus. J'aurais pu m'apprêter à découvrir le caveau de Dracula, la preuve de l'existence des extraterrestres, ou que Lady Diana Spencer était encore en vie, l'effet aurait été identique.
Dimanche midi
J'étais en salle S, et jamais je n'aurais cru pouvoir, un jour, y éprouver une telle émotion. J'étais face à une station Sun, j'avais dans ma main une disquette, et j'étais sur le point de glisser cette disquette dans le lecteur de l'ordinateur. Dans ce petit bout de plastique bleu, la vérité.

Mais laissez moi, tout d'abord, vous résumer les événements de la veille.
Lorsque j'avais poussé la porte du labo X-27, j'avais découvert une pièce de 5 ou 6m2, qui ne ressemblait à rien de plus qu'un petit bureau. Une deuxième porte, verrouillée, semblait mener vers une pièce plus grande, visible à travers une vitre teintée, mais plongée dans l'obscurité. Pourquoi m'avait-on fait venir là ? Sûrement pas pour laver le carrelage. Je fis l'inventaire de la pièce:
- un ordinateur, allumé, et vraisemblablement relié au réseau de l'École,
- des caisses de matériel de chimie : éprouvettes, cornues, et d'autres instruments dont le nom m'est totalement inconnu,
- une étagère remplie d'ouvrages scientifiques : génétique, nutrition, agroalimentaire, etc.
- un attaché-case ouvert, contenant un ordinateur portable et un couteau.
Le portable m'attirait en particulier. Pourquoi auraient-ils pris le risque de stocker leurs archives sur un ordinateur en réseau ? Celui-ci n'était visiblement là que pour le décorum. J'allumais le petit portable. Après quelques secondes :
MOT DE PASSE ?
Facile : « EN.6,268 »;...
ERREUR. MOT DE PASSE ?
Réfléchissons. J'essayais toutes les formes de typographie possible « EN6268 »;, « En-6-268 »... En vain.
ERREUR. MOT DE PASSE ?
Pendant au moins deux minutes, je tapais méticuleusement toutes les insultes les plus salées qui me passaient par la tête.
ERREUR. MOT DE PASSE ?
Il fallait s'y attendre. Je fis les cent pas dans la salle. Je me souvins alors du héros du Pendule de Foucault, confronté à la même situation. En ricanant, je tapais : « je ne sais pas ».
ERREUR.MOT DE PASSE ?
Fous-moi la paix : « nescio »!
MOT DE PASSE CORRECT - BIENVENUE
Je faillis avaler ma langue, renversai ma chaise dans l'excitation, et fixai l'écran avec les yeux écarquillés.
S'affichèrent, alors, l'un après l `autre, toute une série d'icônes à fichiers. Quelques titres me restèrent en mémoire :
MORS_DUPLICAT_clonage_hum
PISCI_PRINCIPIS_intox_alim
CIVITAS_DEI_purif_cultur
Prudence. Il fallait copier tout cela sur une disquette et partir en vitesse. J'en trouvai une dans un tiroir, et commençai le transfert.
Soudain j'entendis un bruit dans la salle d'à-côté. Une seconde plus tard, la pièce s'allumait, et je voyais, à travers la vitre, un homme en cravate et imperméable beige, refermer une porte. La pièce était remplie de ce qui ressemblait à des bassins, à des cuves. Il releva la tête. J'étais exactement dans l'axe de son regard. Je ne pouvais plus bouger.
Puis, comme s'il ne m'avait pas vu, il retira calmement son manteau et à s'approcha d'un bureau. J'étais toujours pétrifié. Je compris alors que la vitre était un miroir sans tain, et que j'étais le seul à pouvoir l'apercevoir.
Le téléchargement était achevé. Lentement, je retirai la disquette du lecteur. Le déclic que fit la machine attira l'attention de l'homme à la cravate. Son regard, inquiet, se tourna de nouveau vers la vitre. Je m `approchai, à reculons, de la porte de sortie.
- Octave, c'est toi, de l'autre côté?
Je refermai la porte en silence, courus vers l'ascenseur, et quelques minutes plus tard, j'étais dans la rue.
Maintenant, en salle S, sur l'écran de l'ordinateur, les fichiers chargés dans la disquette s'affichaient à nouveau sous mes yeux.
Je cliquai sur 'MORS DUPLICAT'.
Pendant quelques secondes, s'afficha un texte dont j'eus à peine le temps d'apercevoir quelques bribes. En effet, à ma grande surprise, le fichier se referma automatiquement.
« Initiée il y a une vingtaine d'années... ...laboratoire de recherche clandestin... ...crypte du Panthéon... ...reconstitution d'une élite... ...croissance accélérée... ».
Nouvel essai. Nouvel échec. Je trépignai d'impatience.
Je tentai 'PISCI PRINCIPIS'.
« ...alimentation sélective... ...empoisonnement industriel... ...réseaux de restauration... ...contamination par l'ingestion... »
Le fichier se referma aussi vite.
Tout à coup, je remarquai une petite tache blanche sur le coup de l'écran. Puis une autre. Encore une autre. Elles se mirent à apparaître sur tout l'écran, puis à proliférer. Les lignes se mirent à onduler dans tous les sens, et le fond passa par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, tandis que les baffles émettaient un sifflement strident...
Je compris alors mon imprudence : les dossiers que j'avais copiés étaient protégés par un programme d'identification du poste de l'utilisateur. Un virus autodestructeur s'était répandu dans la machine, et la totalité des archives devait déjà être écrasée. Et les baffles continuaient de siffler.
L'informaticien qui travaillait sur le poste d'à-côté me regarda en soupirant. J'étais bouche bée.
- Cette disquette contenait... Vous ne pouvez pas imaginer...
- Si, je peux. Elle contenait un virus. Et tu viens de bousiller une des machines du réseau.
- Mais non, c'est...
- Si, si.
Faisant profil bas, rasant les murs, je passai vérifier le contenu mon casier. Je passai la main rapidement, et sentis sous mes doigts, tout au fond du trou, un petit objet en plastique : un téléphone portable, avec un petit noeud autour de l'antenne...
« Bientôt les fêtes ! », me dis-je. Drôle de cadeau-surprise.

En fait, un petit mot était attaché au noeud :
IL FAUT QUE JE PUISSE TE CONTACTER RAPIDEMENT SI J'AI BESOIN DE TES SERVICES.
AU FAIT, LA BOMBE, C'EST EUX.
Signé : J.-J.
Que ferait-on sans le téléphone ?
Sur mon répondeur m'attendait un message de mon tour-opérateur particulier pour les Catacombes (appelons-le « Cicéron », je ne tiens pas à donner son identité et à le mêler à une histoire dans laquelle il n'a qu'un rôle indirect). Il était surpris par ma demande, mais suffisamment intrigué pour accepter d'être mon guide le soir-même. Il me conseillait de me munir de bottes, d'un K-way et d'une lampe. Rendez-vous à 23h dans l'Aquarium.
Je m'habillai comme pour partir en randonnée, et préparai mon sac à dos :
- un couteau suisse, cadeau de ma grand-mère,
- un dictaphone, un stylo et un cahier, afin de ramener des preuves,
- un Gaffiot, au cas où il faudrait traduire prestement un texte ou une parole (j'empruntai celui d'un ami, le mien ayant été mystérieusement tronqué lors du cambriolage de ma thurne),
- l'incontournable lampe de poche,
- sans oublier : un Kinder Pingui, pour la route.
L'heure tournait, et je passais mon temps, allongé sur mon lit, à élaborer les hypothèses les plus incroyables sur les éléments d'information que j'avais entraperçus quelques heures plus tôt dans les dossiers.
A 22h54, comme je me préparais à quitter ma chambre, le portable se mit à sonner.
1 MESSAGE RECU.
J'appuyai sur la touche d'affichage, chatouillé par la curiosité et l'anxiété :
« Ils recommencent. Les souterrains vont saigner une fois encore. »
« Ma mie ,voici que nous entrons dans des temps nouveaux :un cap va être franchi et j'ai bonne espérance. La Saint-Sylvestre approche et je regarderais comme un bonheur très doux, mon gros minet, de traverser avec vous, main dans la main et si possible en votre illustre compagnie, le pont qui nous relie d'un siècle à l'autre :appuyés l'un contre l'autre ainsi qu'au parapet branlant de cette fragile passerelle, nous chanterons, mariant nos voix, des hymnes pleins de ferveur qui monteront jusqu'au ciel, et ce chant de gloire sera limpide comme l'eau pure coulant à nos pieds, seulement troublée par quelque plongeons de grenouilles. »
Bien que le neurone d'Ada tournât à 200 à l'heure, elle parvint seulement à saisir que Bibi-les-bottes-rouges lui proposait un plan d'enfer pour le réveillon (ce qui trépassait certes ses plus fantasques espérances.), qu'on mangerait des grenouilles(Hum, les cuisses de grenouilles-plongeuses, Ada adorait ça), et qu'il fallait prévoir une bonne paire de bottes en caoutchouc car on prendrait le bateau. Et Ada de faire partout des petits bonds de cabrette, sans prendre garde au grand méchant loup.
Vint le grand soir, vint la nuit noire, vinrent les mouchoirs et les passoires :pas une chaumière où l'on n'allumât des bougeoirs, éclairant des pochards vomissant à gros bouillons sur les brocards . La marraine d'Ada lui ayant confectionné une jolie robe de velours grenat, qui moulait adorablement son tendre corps aux courbes serpentines, notre superbe héroïne se posta à la boîte aux lettres du coin de sa rue, et une superbe limousine aux vitres enfumées, mugissant comme mille taureaux furieux, stoppa net devant les beaux yeux de génisse d'Ada.
Ada monta et l'auto l'emporta.
Quelques centaines de kilomètres plus tard, l'auto fit halte devant une vaste demeure d'allure normande (de fait, on n'était pas loin de Trouboeuf-en-Rut) ,dont la masse grandiose se découpait sur le ciel d'une pâleur neigeuse et fantomatique. L'on vit pointer sous la portière le pied menu d'Ada, chaussé d'un minuscule escarpin de verre, et la gracieuse jeune fille sauta légèrement sur le sol visqueux : de manquer se casser la bobinette dans trente centimètres de boue, mais heureusement rien n'arriva, nous ne sommes pas sadiques. Ada se vit alors introduite dans le plus magnifique vestibule qu'on pût rêver, avec plein de glaces partout comme ça elle put, d'un doigt léger, rectifier sa choucroute, puis un valet à guêtres de chasseur la mena jusqu'à une immense salle de bal au parquet rutilant et, l'ayant mise sur des patins, il lui imprima un élan très bien calculé qui la conduisit tout droit à Bibi. Celui-ci, également chaussé de patins, fit valser Ada jusque sous le gui et une fois dessous lui colla un gros bécot :Ada de se pâmer, de s'éventer et de respirer toute une salière.
Dans les cuisines, une matrone au visage bouffi et ravagé par la petite vérole farfouillait devant les fourneaux. Elle se retourna brusquement au bruit léger du pas d'Ada, venue quérir un kir pour se remettre. Brandissant un couteau déjà rougi, elle se mit à poursuivre Ada à travers la pièce, lui expliquant d'une voix qui charriait tous les cailloux du Styx qu'elle serait délicieuse une fois farcie.
Lorsqu' Ada parvint sur la table, elle provoqua une vive émotion chez les convives, qui jamais n'avaient vu d'oie si dodue et si bien rôtie. Mais Bibi, lui, avisant les petits escarpins de verre dont ses pattes étaient chaussées, poussa un cri déchirant et , serrant l'oie dans ses bras, il déposa un baiser de feu sur son bec entrouvert. L'on vit alors le miracle d'une oie rôtie se transformer en la plus ravissante jeune fille, et la merveille non moindre d'un petit nuage couleurs d'arc-en-ciel, sur lequel montèrent , tendrement enlacés, le beau Bibi et la gentille Ada.
Ainsi s'achève l'histoire merveilleuse du réveillon d'Ada.
La police arriva peu après. Je fus emmené, encore abasourdi par le choc, et questionné des heures durant; je n'eus aucun mal à me disculper. En rentrant, je croisai les derniers enquêteurs qui quittaient les lieux, emportant, dans des sacs souillés, des restes aux formes bien trop évocantes pour moi. Je fus surpris de constater que la porte du bureau avait été crochetée par la police, et que le bureau lui-même avait été entièrement saccagé: tous les livres et les objets que ma mère avait rassemblés ici avaient été disloqués et broyés comme sous l'effet d'une haine indescriptible. J'avais perdu l'une des clefs me permettant de comprendre l'attitude de ma défunte mère durant les semaines passées. Ce n'est qu'à ce moment que je me souvins de la lettre que j'avais retrouvée sur son cadavre; je m'assis au milieu des décombres et la sortis de son enveloppe. Son message me déçut extrêmement: « Je suis de retour. Je viens reprendre mon bien. P.D. » Ces initiales n'étaient qu'une faible piste. Il s'agissait sans doute de l'homme dont j'avais entendu la voix lorsque ma mère et lui avaient failli me surprendre dans ce même bureau le jour précédent, et je regrettais amèrement de ne pas m'être interposé entre elle et lui. Sur ces réflexions, la fatigue me prit, et je n'eus pas le temps de songer à me coucher que le jour se levait.
Je me réveillai courbattu d'avoir dormi la tête appuyée sur le bureau. Une lettre du notaire était déjà là, me donnant rendez-vous dans l'après-midi pour prendre connaissance du testament de ma mère. J'étais seul chez le notaire. Ma mère n'avait pas de famille, et s'était même obstinée à ne jamais révéler son nom de jeune fille; je mettais cette coquetterie sur l'appartenance à une famille modeste dont elle avait eu honte. Le notaire m'adressa ses « sincères condoléances », chiffra l'héritage dont j'allais disposer, et me remis une vieille enveloppe jaunie. Je décidai de l'ouvrir une fois rentré chez moi, et pris congé du notaire. Devant ma porte, un homme m'attendait. Il connaissait mon nom, et se présenta comme mon cousin maternel: James Piltdown. D'abord étonné, je le fis entrer et l'invitai à partager mon dîner. Une fois remis de mes émotions, je pus l'observer à loisir. Il semblait à peine plus âgé que moi, et ses traits avaient effecivement une étonnante ressemblances avec ceux de ma mère, et surtout avec les miens; seule sa coiffure et l'aspect étrange et granuleux de sa peau m'avaient empêché de le remarquer tout de suite. A présent, je me sentais gêné devant ce parfait inconnu au visage presque semblable au mien, malgré un air malveillant qui transparaissait dans son regard. Mon aversion augmenta quand je remarquai l'odeur qui émanait de son corps sous des effluves parfumées de produits hygiéniques, et surtout sa voix, sa voix que je reconnus soudain pour être celle du visiteur inconnu de ma mère. Qui était réellement ce personnage? Il avait remarqué mon malaise, et mit fin à son récit autobiographique par des regrets sur notre absence de lien pendant tant d'années, et par une invitation à venir chez lui dès le soir même. Je refusai poliment, argant une trop grande fatigue; il sembla contrarié, et me fit promettre de venir le visiter le plus tôt possible. Je fus heureux de le voir partir, et fermai tous les verrous derrière lui. Y'avait-il vraiment un lien entre cet homme et la mort de ma mère? Je me sentais épuisé, mais la curiosité m'engagea à ouvrir immédiatement l'enveloppe que m'avait confiée le notaire. Je fus obligé de m'asseoir dès les premières lignes: je venais d'apprendre que j'avais été adopté.

Un soir, Papa ne rentra pas et Jojo et Josette (car tel était le nom des enfants) avec leur Maman l'attendirent toute la soirée en vain. Ils avaient hâte de retrouver leur Papa sentant bon le Kiravi mais il ne revint pas. Le lendemain, ils apprirent qu'il était parti dans des Îles Enchantées appelées Bahamas avec la caisse du club de football. Maman pleura beaucoup autant parce que Papa ne reviendrait plus que parce qu'il était parti avec la fille de leurs voisins. Dès ce jour, la famille de Jojo fut traitée comme des criminels par les habitants de la ville et Maman dut quitter son emploi de technicienne de surface pour venir habiter avec ses enfants une roulotte abandonnée dans la forêt que même les SDF avaient désertée. Les enfants usaient encore davantage leurs sabots en allant à l'école où les autres enfants se moquaient encore plus d'eux, parce que leur Papa s'était trompé et avait emporté la mauvaise caisse, celle qui contenait les tickets à vendre pourles prochains matchs de championnat amateurs. La fille de leurs anciens voisins revint un jour des Îles Enchantées et raconta que Papa était maintenant en prison pour avoir tenté d'escroquer les touristes en leur changeant des dollars contre des places tribune pour un match de cadets.
Jojo et Josette n'osaient même plus revenir à l'école tellement ils avaient honte. Ils passaient toute la journée dans la clairière où était la roulotte à aider leur mère et à jouer un peu tous les deux. Ils ramassaient des branches mortes dans les bois et observaient les animaux de la forêt comme le renard, le cerf ou la mouffette argentée. Ils s'amusaient à reconnaître leurs traces de pattes. Ils avaient aussi la chance de voir des voitures séjourner dans les allées de la forêt et jouaient à reconnaître leurs traces de pneus ou l'huile de vidange dont les automobilistes se débarrassaient au mépris de la législation communautaire. Mais ce n'était pas très sage car les enfants en se promenant dans les bois se déchiraient leurs vêtements et la Maman passait dorénavant plus de temps à repriser leurs pauvres guenilles qu'à s'occuper de leur faire à manger. Elle s'en rendit compte et elle fut très triste.
Il faisait de plus en plus froid dans la forêt et les enfants n'osaient plus beaucoup s'aventurer hors de la roulotte où les dernières branches mortes apportaient encore en flambant une pauvre bouffée de chaleur. Jojo et Josette se serraient l'un contre l'autre mais ils sentaient surtout leurs frêles os et non la douce tiédeur qu'ils espéraient. Puis la neige se mit à tomber et la famille eut vraiment froid. Devant le danger qui menaçait ses enfants, Maman décida d'aller en ville leur trouver de quoi leur apporter un peu de bonheur. Un matin, elle embrassa sur le front ses deux enfants endormis, déposa une lettre sur la table et partit sur la pointe des pieds.
Les enfants se réveillèrent un peu plus tard. Ils ouvrirent la lettre et ce fut Jojo, qui savait un peu mieux lire que sa soeur, qui fit la lecture : « Mes enfants, quand vous lirez cettre lettre, je serai déjà loin. Si je reviens ce soir, nous serons encore heureux ensemble très longtemps. Si je ne reviens pas, c'est que la banque a renforcé son système d'alarme. Votre Maman qui vous aime.»
Mais Maman ne revint pas ce soir-là, ni le lendemain, ni le surlendemain, ni le jour qu'il y après le surlendemain mais qui n'a pas de nom. Sans sa Maman, Josette n'avait plus que son frère et sa poupée de chiffon. Ils pleurèrent à chaudes larmes toute la journée mais les larmes ne les réchauffèrent pas assez et les enfants commençaient à avoir très froid. Ils voulurent sortir chercher de l'aide et durent reculer car les loups avaient envahi la clairière et leurs hurlements les effrayaient. Les enfants allumèrent avec leur dernière allumette le pauvre reste de bois, n'osant songer à ce qui se passerait quand il s'éteindrait. Ils endormirent serrés l'un contre l'autre.
Le lendemain matin, ils se réveillèrent et furent surpris. Ils n'entendaient plus les loups ou le vent mordant. Ils écarquillèrent les yeux, n'osant y croire. Faisaient-ils donc un rêve ? Josette et Jojo se mirent sur la pointe des pieds pour regarder à travers la fenêtre de la roulotte et quand ils virent ce qu'il y avait à voir ils furent encore plus convaincus de vivre dans un rêve...
Ils étaient éblouis par les lumières qui venaient du dehors. Le monde semblait scintiller tout autour d'eux. Ils crurent d'abord se trouver dans l'espace, au milieu de mille étoiles, mais ce n'était pas le cas : en regardant bien, ils découvrirent qu'ils étaient au centre d'une immense caverne. C'était un miracle et les enfants remerciaient leur sauveur. Ils n'osaient sortir, croyant toujours se trouver dans un beau songe mais ce n'était pas du tout un rêve et quand ils tournèrent la poignée de la porte, ils ne se réveillèrent pas au milieu des loups, ils ne revinrent pas dans la clairière sinistre : ils sentirent un doux parfum de cannelle qui semblait les guider vers le bout de la caverne.
Les enfants virent que ce qu'ils avaient d'abords pris pour des étoiles était en fait des milliers de pierres précieuses, saphir, émeraude, rubis, diamant, toutes serties dans la pierre de la caverne. La lumière qu'elles reflétaient venaient en fait du bout de la grotte et, désireux de rencontrer leur bienfaiteur, les enfants se dirigèrent vers cette clarté.
Arrivés au bout, ils trouvèrent un vieillard jovial et barbu dans un bureau. Il portait un manteau rouge avec un col de fourrure immaculée et passait un coup de fil de son portable équipé Wap et GPRS. Il ressemblait à Karl Marx mais Josette reconnut vite qui était cet homme à la barbe et aux cheveux argentés : elle avait vu en effet son visage sur les télévisions du magasin où elle passait parfois son après-midi à admirer les cafetières et les congélateurs. Ce n'était autre que le Père Noël.
Le Père Noël leva la tête et vit les enfants. Il leur sourit avec une dentition dont la perfection dénotait les soins d'un dentiste non conventionné. Pendant que crépitait un fax, il demanda à sa secrétaire de reporter d'un quart-d'heure le prochain rendez-vous puis il s'adressa enfin aux enfants : « Jojo, Josette, je suis vraiment content que vous soyez arrivés chez moi sans problème. Je me présente : je m'appelle le Père Noël et j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer : à partir d'aujourd'hui, ce sera Noël tous les jours pour vous car vous allez passer tout votre temps avec des jouets...»
Les enfants ne purent retenir leur joie et sautèrent au coup du bon vieillard. C'était le plus beau jour de leur vie. Quand ils l'eurent assez étreint, il poursuivit : « Et en plus, vous allez vous faire de l'argent de poche. »
Et à compter de ce jour, les enfants passèrent toute leur journée avec des jouets. Le premier jour, ils cousurent des robes pour des poupées de plastique. Le lendemain, ils remplirent des sacs de peluche de mousse pour qu'ils se gonflent et ressemblent à de vrais ours. Puis ils connurent les trains électriques, les jeux de construction. Parfois même, ils avaient le droit de les emballer dans des paquets, de mettre du papier et de la ficelle autour et de faire passer contre la ficelle une lame de ciseaux pour la friser. Le Père Noël leur donner de temps à autre une pièce, qu'ils plaçaient sous leur oreiller. Le Père Noël n'avait pas menti : c'était Noël tous les jours pour eux...
Pour cela, la meilleure méthode est encore de savoir bien parler. Il ne s'agit plus seulement désormais de savoir user à bon escient des figures de style : vous devez maintenant savoir construire votre discours. Quel modèle adopter en la matière ? Bien sûr, les grands orateurs de l'Antiquité s'imposent, on n'a jamais fait mieux. Mais c'est que les volumes de la collection Budé sont chers, les emprunter à la bibliothèque des Lettres risque de nuire à votre réputation, et puis de toutes façons vous ne les y trouverez jamais. En plus, ils avaient la fâcheuse habitude d'écrire en grec ou en latin... Bref, c'est une solution à exclure. Qui donc pourrait vous rendre service ? Deux archétypes vous viennent alors à l'esprit : le Khâgneux lambda, bien formaté, bien exercé au pipeau de haut vol, et l'homme politique, homme de langue de bois s'il en est. Nous vous offrons donc ici, en exclusivité, le meilleur modèle qui soit : la conjonction des deux ! Nous allons procéder à l'étude de quelques extraits, tirés de notes prises sur le vif, d'un discours prononcé il y a quelques mois dans la mairie de la bonne ville de Metz...
1. L'entrée en matière.
Là, il n'y a pas à tortiller : les vieilles recettes s'imposent
d'elles-mêmes. Faites appel à la captatio benevolentiae - autrement dit,
essayez de faire croire à votre auditoire que vous n'êtes pas exercés à
parler en public, que vous ne maîtrisez pas le sujet, que vous n'avez pas
de voix en ce moment, bref, bluffez. Il y a encore des gens qui se
laissent avoir. Si c'est possible, rajoutez-en une couche en affirmant que
vous allez les ennuyer un maximum, mais que cela ne durera pas longtemps.
Ainsi, le discours auquel nous nous référons commençait par : « Je ne serai
pas longue. » Un classique du genre... un peu trop voyant quand même.
2. « C'est un plaisir double ou triple pour moi... »
Attention, soyez attentifs, c'est subtil : ces quelques mots cachent trois
ruses d'un coup. D'abord, l'oratrice fait intervenir sa propre
subjectivité, ses propres sentiments ; ensuite, elle prolonge sa
captatio en laissant entendre qu'elle ne sait pas trop, c'est-à-dire
qu'elle n'use pas de subterfuges, et que d'ailleurs elle n'a pas préparé ;
enfin, elle se débrouille pour annoncer un plan en trois partie
archi-bateau sans trop en avoir l'air... Quand on a l'habitude, ça ne
prend plus, mais bon, ça peut être utile, notez-le.
3. « C'est une fierté » et « je connais ».
Deux passages exemplaires car à la fois redoutables d'efficacité et
compléméntaires d'un point de vue pédagogique : on avait d'une part
l'anaphore de « C'est une fierté... » (suivaient différentes explication de
la fierté ressentie à l'idée de nous recevoir), d'autre part l'épiphore de
« je connais » (du genre « la Cour aux Ernests, je connais ; la Bibliothèque,
je connais ; le pipeau, je connais », le contenu importe peu, il y en avait
probablement trois). Ces structures sont extrèmement pratiques : d'abord,
elles structurent le propos, ce qui aide le public à écouter jusqu'au bout
sans s'endormir un discours par essence sans intérêt, malgré la promesse
du buffet ou le vin qui commence à faire son effet. Ensuite, elles font de
l'effet sans qu'il y paraisse, puisque si l'on ne fait pas attention, cela
ressemble à une répétition plutôt maladroite. Enfin, bien utilisées et
avec un léger calcul de l'intonation et de la diction, elles donnent une
envolée lyrique remarquable quel que soit le sujet - pensez à Malraux...
De ce point de vue, sachez choisir les éléments que vous répéterez : ils
doivent être sonores, brefs et dynamiques ; l'anaphore de « qui soit... »
était fort bien trouvée, car elle donne un rythme franc et vif à la
phrase.
4. La métaphore naïve.
Elle est toujours bienvenue. Il suffit de reproduire le ton France 3
régionale, en mettant de préférence à contribution le champ
météorologique. En l'occurence, on avait ce jour-là « le ciel, qui n'a pas
revêtu sa couleur ensoleillée » ; c'est un classique, mais ne faisons pas
la fine bouche.
5. Le groupe ternaire.
De même qu'un bon plan est un plan en
trois parties (même Genette l'a dit, et ça c'est l'argument qui tue), une
bonne phrase est une phrase ternaire. Si vous avez de la chance, la
réalité vous aide : Metz a connu « 1870, puis la Grande guerre, puis 39-40 »
(facile, mais c'est bien, ça apitoie les étrangers...). Sinon, aidez-vous
vous-mêmes, et trichez. Metz est remarquable « par son histoire [c'est
difficilement réfutable : mettez-le en premier], par sa situation
géographique [passez vite, n'importe quelle ville peut en dire autant],
par [je ne sais plus, je n'ai pas noté, mais ça ne change vraiment rien,
et c'est là que vous inventez n'importe quoi]. »
6. « Tout en nous appuyant sur notre passé, nous tourner vers notre
avenir. »
Il s'agit maintenant de balancements binaires. C'est à peu près la même
chose, mais attention : ça pète moins, et il faut choisir avec plus de
soin les couples. Le mieux est de choisir deux concepts ou notions opposés
ou complémentaires. Passé et avenir, c'est vrai que c'est pas mal, et
facilement recasable. A propos de l'écologie urbaine, on avait aussi eu
droit à un balancement qui correspondait strictement au topos grec « ergô
men... logô dé », autrement dit « en paroles... dans les faits. » En plus, ça
fait sérieux, les gens qui font ce qu'ils disent, etc. : c'est très
précieux en politique.
7. « Je ne retracerai pas toute l'histoire de Metz, mais... »
Bon, ça, c'est facile et ça coûte rien, c'est juste une petite prétérition
vers le milieu du discours, ça lui donne l'air structuré mais pas trop (il
ne faut surtout pas que ça se voie), et puis ça fait croire aux gens que
c'est bientôt la fin, ils se remettent à écouter ; c'est évidemment un
piège. Là, comme c'était quand même vraiment sans intérêt, il a fallu le
mettre deux fois, mais c'est un cas extrême...
8. Les grosses erreurs.
L'écueil majeur à éviter, je viens de le dire en passant, c'est que tous
les trucs soient visibles, c'est comme en magie : ce jour-là, on était
plus proche de Garcimore que de Copperfield. Outre l'entrée en matière
abrupte signalée au tout début, la praticienne a commis trois grosses
erreurs, aux trois moments de transition ; ce n'est quand même pas très
brillant, ou alors c'était une manière extrèmement subtile de s'attirer la
complicité des initiés, auquel cas, j'admire... En tous cas, nous avons pu
entendre successivement : « Ça me permettra de faire la transition
avec la deuxième idée », « et puis troisième grand idée » et « pour
conclure ». Non, vraiment, c'est un peu gros. L'art oratoire, c'est comme
la couture, on doit cacher le fil à bâtir. (Je vais finir par me retrouver
dans les papillotes, si je continue avec mes comparaisons à deux francs,
moi...) Une transition, ça doit transiter, pas briser à coups de marteau,
enfin !
9. Savoir finir.
La fin d'un discours est toujours une étape fondamentale. Non seulement il
faut l'annoncer avec finesse, mais il faut encore la soigner
particulièrement. Il faut dire que notre texte d'étude fut assez brillant
sur ce point. D'abord, le début de la dernière phrase reprenait la
première : « J'espère ne pas avoir été trop longue »; une telle conclusion
fait passer bien des passages soporifiques et vous réconcilie avec le
public. Et puis une construction circulaire donne une unité à l'ensemble,
le faisant ainsi paraître moins long rétrospectivement. Enfin, les
derniers mots étaient magnifiques : « [je vous ai donné envie] de la
découvrir et d'y revenir. » C'est la totale, on a à la fois la rime, la
symétrie rythmique et la clausule dactylique (pour peu qu'on insiste un
peu sur le re-), ce qui sonne bigrement bien.
Voilà, munis de ces quelques conseils, vous allez pouvoir affronter en toute sérénité les fêtes qui s'approchent, et même les bonnes résolutions de début d'année, sans craindre de ternir l'image de l'Elite de la Nation brillante et cultivée, à l'ancienne. La patrie et l'arrière-grand-mère seront fières de vous...
C'est aussi l'histoire d'une certaine ville : Paris. Mais pouvons-nous donner le nom de ville à cet endroit vide, qu'ont dû abandonner ses habitants, victimes des acheteurs de ville ? Il n'en reste que la pierre.
C'est l'histoire enfin d'un dôme de verre dans cette ville. L'École Normale Supérieure est là, grâce au CENSEO, la mystérieuse société qui a pu racheter Paris. La vieille école, celle des antiques murs du 45 rue d'Ulm, ne sert plus que comme sanctuaire. Mais trois quartiers y ont été adjoints sous le dôme qui protège l'ensemble : la nouvelle école, reconstruite selon les plans de la vieille, un quartier en style XXIème siécle, où l'on peut voir une piscine et des terrains de sport, et pour finir le quartier du CENSEO, avec sa grande tour circulaire, son Arc, et son bois sacré.
Il y aurait beaucoup à dire encore pour faire connaître au mieux ces lieux. Mais n'abusons pas de ta patience, lecteur, et voyons au plus vite ceux qui vivent ici et ce qu'ils y vivent, en reprenant notre récit. Nous tenons toutefois à préciser, pour clore cet interambule, que toute ressemblance entre les personnages dont il va être question et des personnes ayant réellement existé serait évidemment fortuite.
Livre I : La crypte
I. Dans la nouvelle K-Fêt
Au milieu du couloir qui mène des casiers à l'entré du pot dans la nouvelle école s'ouvre une porte qui mène à la nouvelle cafétéria, que les élèves, encouragés par l'administration, appellent et écrivent volontiers K-fêt. Une petite entorse au principe de respect des plans de la vieille école a permis de construire une véranda plus grande qu'elle ne devrait l'être, et l'on ne compte pas moins de quinze distributeurs de boissons et d'en-cas dans l'une des pièces de ce bel endroit. Non loin de l'un d'entre eux une discussion animée prend forme au sein d'un petit groupe de jeunes gens. Ce sont, tu l'auras deviné lecteur, des élèves.
- G. signe un édito
dans Ernests aujourd-hui. Il justifie la surveillance audio-vidéo.
- G. en personne ? Il ne manque pas d'air celui-là. On ne le connaît que par
une initiale, personne ne l'a jamais vu, on apprend que l'école dont il
est le directeur est truffée de micros et de caméras, et il voudrait que
cela semble normal ?
- Il dit que l'ENS est devenu très importante, que
cela « ne va pas sans attirer des convoitises », il parle du contexte
internationnal, du terrorisme et tout ça. Bref, pour finir, il prétend
qu'il y a un risque d'infiltration de l'école par des personnes hostiles,
et que « pour des raisons évidentes de sécurité, tout le monde doit être
surveillé ».
Les passages écrits ci-dessus en italiques étaient des passages cités de l'édito de G., l'élève qui venait de parler l'avait bien fait sentir par son ton.
- Bonjour la parano. Nous sommes donc tous des
terroristes internationaux en puissance. Et tant pis pour notre intimité.
- Tu plaisantes, Janfred. Il y a un vrai danger. Tu méconnais complètement
le contexte politique extérieur. De toute façon, à moins d'avoir quelque
chose à se reprocher, je ne vois ce qu'il y a de dérangeant à être sur
écoute.
- Ben tiens, tu soutiens l'administration Marie-Timoï ? Très
étrange, non, quand on sait que ton père est au CENSEO ?
- Fais attention, Janfred, ici aussi ils entendent ce que tu dis.
- Merci Ictor. Mais tout ça me dégoûte un peu. Je m'arrache.
Pendant les premiers mois, le CENSEO avait toutes les apparences d'une petite société secrète archaïque et sans avenir. Mais en 2099 une organisation terroriste parvint à détruire toutes les données stockées sous forme électronique ou magnétique à travers le monde. Seuls subsistaient les informations qui existaient sur des supports papier. Or, on l'admettra volontiers, c'est peu de dire que l'habitude d'utiliser du papier pour y consigner des informations écrites était tombée en désuétude.
La vieille et ridicule bibliothèque du CENSEO était soudain devenu la plus riche et la plus précieuse banque de textes et d'écrits en tous genres. La mémoire humaine était entre les mains de ces vieux hiboux, qui surent très vite voir tout le profit qu'ils pouvaient en tirer.
A force de distiller les informations dont il disposait, et de vendre chaque goutte à prix d'or, le CENSEO fut bientôt en mesure de racheter ce qui restait de Paris et d'aménager l'école telle qu'elle est aujourd'hui et telle que nous avons pu la découvrir jusqu'ici. Très vite l'ENS fut rétablie dans ses murs, et un personnel nouveau vint rejoindre le vieux personnel du CENSEO. De nouveaux élèves arrivèrent, promotion par promotion, et les dirigeants du Comité décidèrent que leur vie devait le plus possible ressembler à ce que pouvait être la vie des élèves en l'an 2000. Le modèle parfait que constituait l'École Normale Supérieure ne devait pas se montrer sensible à la fuite du temps.
Pour réaliser cet idéal, le CENSEO ne pouvait pas se contenter de la position de force dont il disposait sur la scène économique mondiale. Il importait, bien entendu de faire durer le plus longtemps possible le monopole culturel dont il jouissait, mais il fallait délivrer chaque jour des informations pour en tirer de l'argent, et les informations disponibles dans les livres de l'ENS finiraient par avoir toutes été vendues. On décida donc de spécialiser l'École dans le rôle d'expert de l'accumulation et de la diffusion de données qui, par un hasard de l'histoire, était devenu le sien.
Désormais, le personnel de l'ENS cherchait à récupérer ce qu'il restait d'archives et les vieux cadavres de livres du monde entier, triait les informations collectées, et les faisait graver sur de la pierre qu'elle trouvait à volonté dans ce qui restait de Paris. Les informations gravées sur la pierre pouvaient être à l'abri du temps et des hommes : elles allaient faire la fortune de l'ENS et du CENSEO. Dehors, dans le Grand Extérieur, on appela bientôt les gens de l'ENS les Graveurs.
Dans le prochain épisode, on pourra découvrir un peu mieux l'un des élèves qui se sont exprimés ici, Ictor Ache, et nous visiterons le sanctuaire, jusque dans des recoins insoupçonnés, en sa compagnie. (O.R.)
J'avais seize 16 ans, des désirs d'espace, peu de goût pour le métier de meunier, et je ne crus pas bon d'attendre que mon père me jetât dehors à coups de pied au cul. Nouvel Oedipe, je lui plantai nuitamment un fort couteau entre les côtes, avant de faire, à la hussarde, honneur à ma jeune marâtre effarouchée (ma mère, Dieu l'ait en Sa dextre, était morte dans les douleurs). Puis, emportant l'argenterie familiale bien écrasée et tassée en un sac à patates, je sortis, non sans avoir bouté beau feu de joie au moulin que mes aïeux avaient si péniblement bâti.
Prenant la route du sud, j'arrivai au premier village au point du jour, Bien las déjà, j'y fis halte dans une auberge avenante où, tout à ma joie et à ma liberté nouvelle, je ne fus pas long à me rendre fin saoul. De quoi ai-je alors eu l'effronterie de me vanter ? Je l'ignore, mais je ne me réveillai qu'entre les murs d'un cachot fort humide et bien froid. Le crâne me faisait mal, des troupeaux de bêtes fouisseuses me semblaient s'y ébattre. Je plongeai la tête dans ce que je croyais être un grand seau d'eau fraîche - et c'est alors que je tâchais, à grandes poignées de paille pourrie, d'ôter l'ordure qui souillait mon visage, que la porte s'ouvrit et qu'un gentilhomme entra. Son allure, ses habits de voyage d'impeccable facture, tout trahissait en lui l'homme de haut rang. Je ne pouvais voir son visage qu'il dissimulait sous un masque d'acteur, mais à coup sûr ses traits nobles et fins auraient confirmé cette indubitable impression.
« Ne perdons pas de temps à palabrer, dit-il d'une voix martiale. Vous avez un problème, je suis la solution. Mais tout à un prix, et vous savez quel est le mien. Alors, votre réponse ? »
Et c'est la tête tout embrenée et les yeux pleins d'étonnement que je bredouillai un « oui » incrédule, sans avoir la moindre idée de ce à quoi je m'engageai, auprès de qui, et à quelles conditions. Une seule chose me paraissait sûre : si je restais en geôle, je courais grand risque d'être pendu, et aussi obscure que fût la proposition du gentilhomme inconnu, elle semblait pouvoir me tirer de cet embarras. Cet espoir ne fut pas déçu, car cinq minutes plus tard j'étais libre, et le geôlier m'avait même tendu une serviette et un broc d'eau claire pour nettoyer ma face.
Bien souvent, au plus noir des aventures dont le récit va suivre, j'eus à regretter de n'avoir pas choisi la geôle et de n'avoir point péri par la corde comme voleur, parricide, incendiaire et cochon bestial. Mais n'anticipons pas. (...)
Le Père Noël vous importune, vous insupporte, vous désagrée ? Vous ne voulez plus entendre parler de lui ?
Heureusement, grâce à SantaKlausKillerTM et sa large gamme de produits, c'est la fin de vos souffrances : pour la première fois, le Père Noël, au même titre que la chute de cheveux avant lui, n'est plus une fatalité !
Souvenez-vous, l'année dernière encore... Après un long réveillon, toute la famille s'en allait goûter un repos bien mérité dans la quiétude du foyer... Et cependant, vous ne pouviez trouver le sommeil. Car une fois de plus, quelqu'un allait s'introduire chez vous cette nuit. Au mépris du respect le plus élémentaire, il allait passer par la cheminée, faire redécorer votre intérieur par ses rennes, et récompenser pour finir vos enfants de n'avoir même pas été sages !
Allez vous tolérer ceci une fois de plus ? Non, car désormais, les solutions existent , mises au point par les plus grands ingénieurs des laboratoires SantaKlausKillerTM ! Et ces solutions, SantaKlausKillerTM met un point d'honneur à vous les présenter à des prix défiant toute (l'inexistante ) concurrence !
La gamme SantaKlausKillerTM comprend plusieurs articles pour vous amuser un peu aux dépens de ce mécréant de Père Noël. Citons en particulier :
- La cheminée avec fond amovible, livrée avec son tas de charbon à entreposer à la cave. La barbe, les cheveux, la hotte : tout sera couleur d'ébène quand le Père Noël ressortira de chez vous !

- Les pièges à rennes. Filmez la rencontre du Père Noël avec le mur, et vous gagnerez peut être un Piège à Père Noël gratuit !

- moins spectaculaire, mais tout aussi drôle : SantaKlausKillerTM vous offre pour tout PPère Noël acheté une boite de ChaChas pour décorer votre sapin : même si le Père Noël rentre chez vous, soyez assurés qu'il n'en ressortira pas indemne !
- La cheminée à fond amovible, option cuve d'acide. En lieu et place du tas de charbon, SantaKlausKillerTM vous livre une cuve d'acide ( pH de moins 3, vérifié à tchaque étape de la fabrication par les experts des laboratoires SantaKlausKillerTM ), capable de dissoudre instantanément Père Noël, rennes, hotte, cadeaux... Une solution rapide et efficace !
- La chemignée : un feu de bois, un détecteur de père Noël SantaKlausSighterTM, et des micro gouttes de SantaKlausBurnerTM pulvérisées dans la cheminée... et plus de Père Noël !
A noter que les préréglages vous permettent en prime de récupérer les rennes cuits à point. Seuls les marrons ne sont pas livrés !
- Le sapin à cran d'arrêt - dès que le Père Noël approche, les aiguilles du sapin s'occupent de lui ! En option : aiguilles explosives, empoisonnées...
- Les guirlandes étrangleuses
- et bien d'autres pièges encore...
Naturellement, SantaKlausKillerTM dispose également d'une large variété de fusils, couteaux, épées, etc. en tout genre, pour les nostalgiques des veillées d'armes.
SantaKlausKillerTM, enfin des cadeaux utiles à l'approche des fêtes !
Retrouvez tout le catalogue de SantaKlausKillerTM sur www.skk.com
De la bienveillance distante, car ça coûte à peine plus que rien et c'est pas non plus trop encombrant.
Le Cadeau Tertiaire : Trop fatigué pour aller acheter des cadeaux à votre famille ? Soyez à la pointe de l'originalite avec le cadeau tertiaire. La nappe de votre grand'mère a toujours été trop longue ? Munissez-vous de ciseaux, et offrez lui un raccourcissement ! La bibliothèque de vos parents menace de s'écrouler sous le poids des oeuvres d'Heidegger ? Allez au centre de recyclage le plus proche ! Le cadeau Tertiaire a de plus l'avantage de ne pas encourager les gens à la frénésie de consommation qui les prend souvent à l'approche des fetes. (Qui arrivent bientot soit dit en passant.)
Le cadeau faites le vous-même, avec en particulier : La boîte de cd vierges (comme ça le destinataire peut graver la musique qui lui plait).
Un cadeau toujours très ludique : l'animal vivant « Quel plus grand
plaisir que celui de recevoir un animal vivant le soir de Noël ? La
charmante bestiole fera la joie de toute l'assemblée le soir où elle sera
offerte, et prolongera la joie des fêtes au quotidien pendant de
nombreuses années pour celui qui aura eu la chance de la recevoir. »
Fort de ces pensées délicieuses, n'hésitez plus à offrir la chose, en
particulier si vous devez penser à des neveux ou nièces ou à des jeunes
cousins. Les enfants s'attachent tellement plus vite. N'oubliez pas,
surtout, d'avoir votre appareil photo sur vous, pour immortaliser les
visages de chacun au moment où - surprise ! - quelque chose de vivant
sortira de la boîte qui était si joliment emballée. Enfin, ne renoncez pas
à offrir également des animaux à des adultes. Là encore, l'effet de
surprise est garanti et l'on se souviendra de votre cadeau. En outre, si
vous êtes joueurs, n'hésitez pas à offrir plusieurs animaux différents à
des personnes différentes au cours d'un même réveillon.
Complétez les collections de vos amis... Vos amis raffolent sans
doute de gadgets électroménagers. Mais les ont-ils tous ? La sorbetière
tient-elle déjà compagnie à la yaourtière au fond du placard ? La crépière
Moulinex® manque-t-elle dans la cave ? Vos amis adoreront le couteau
électrique Seb(tm), si utile pour couper les côtelettes surgelées (on a
toujours besoin d'un couteau électrique pour couper les côtelettes
congelées) ou éventuellement pour se débarrasser plus facilement des
restes du conjoint qu'ils viennent d'assassiner en empoisonnant l'expresso
mitonné par la machine Rowenta(r). Et n'oubliez pas de compléter les
intégrales : savez-vous qu'une collection de machines à raclettes Tefal(*)
millésime 1993 à 1999 avec poussière d'époque vaut deux fois plus cher que
les mêmes machines vendues séparément ? L'électroménager, on n'y pense
jamais assez, mais c'est quand même plus original qu'une cravate ou du
parfum.
(*) Si toujours dans l'emballage d'origine.
La petite Cuite était une incrédule, elle ne croyait que ce qu'elle buvait ! Apres avoir eu le BAC Us, elle était etudiante en litres. La petite cuite était livresse (livreur au feminin, parité oblige). Bavarde et souriante, la petite Cuite n'était pas crue quand elle disait qu'elle vivait seule. Poutant elle n'était pas cuite, ne voulant pas non plus se faire manger tout cru !
Un jour en bonne livresse elle alla livrer chez un Grand qui menait vie noble. La petite Cuite ne faisait crédit à personne mais il lui dit qu'elle pouvait le boire jusqu'à la lie, la petite Cuite le crut : elle ne croyait que ce qu'elle buvait ! Et, qui l'eut cru, ce fut le Grand, qu'elle crut qui l'eut ! D'où l'appellation Grand Cru.
Elle lui donna son foie, en lui donnant sa foi. Il fournit bien entendu le bouquet. À la messe de mariage, on recita un extrait du Kant, hic, décante, hic...
C'est ce que m'a dit Vrogne, un coq tel qu'il avait la parole et une pie qu'était avec lui.


Miniature persanne (agrandie) représentant un Arbre de Noël
source : BNF
Depuis des années que je lis Le Poisson Mort, je trouve qu'il manque de rubriques scientifiques dignes de ce nom. Je ne parle évidemment pas de ces pseudo-sciences comme la psychologie et la métaphysique, proches du charlatanisme, et qui hélas nuisent gravement à la réputation de votre journal. Il faut intéresser les gens aux sciences dures, comme la Botanique, mère de toute science, et qui permet d'expliquer le fonctionnement de l'Univers de façon rigoureusement construite. Je me réjouis d'avance de vous faire partager ma passion pour les Hémicryptospermaphytogamales.
Tout comme l'arbre aux 40 écus, auquel se pendit Judas, l'Arbre de Noël est une plante ligneuse ancienne, de l'hypra-classe des Préphanérotriches, qui était encore abondante durant l'Antiquité du Japon au Soudan, en passant par la Slovénie et la Palestine. Les données paléontologiques montrent que des plantes proches de l'Arbre de Noël étaient déjà répandues dès la fin du Permien dans toutes les terres qui constituent aujourd'hui l'Afrique et l'Asie. Pline l'Ancien rapporte dans son traité, de Plantis Maris Nostri, que les Rois Mages auraient reconnu le lieu de naissance de Jésus grâce à un grand Arbre de Noël en fruits. En effet, après une longue maturation de deux ans, les prégraines de l'Arbre de Noël, jusqu'alors vert pâle, jaunissent puis rougissent en quelques jours tout en grossissant considérablement au cours du mois de Décembre, d'où le nom d'Arbre de Noël (Natalodendron judaensis) que le grand Linné lui attribua. Lors de cette subite maturation, les feuilles dépérissent rapidement, sont attaquées par un champignon microscopique leur conférant une couleur blanc-argenté, et se divisent en une multitude de petits filaments marcescents (qui ne tombent pas à terre), ce qui donne à l'arbre un aspect tout à fait féérique. Il est probable que se soit une adaptation favorisant la dissémination des prégraines pollinisées. En effet, certains animaux sont attirés par le contraste entre les branches blanchies par le champignon et les prégraines rougies par leur maturation. Le mâle du Grand Cacatoès Blanc d'Italie décroche ces boules rouges des branches et s'en sert pour séduire les femelles. Le mâle offre ces boules rouges à la femelle en roucoulant : « roublouglou... roublouglou... », ce qui signifie : « regarde mes belles boules ». Les prégraines ne rougissent bien que si elles sont pollinisées. Dans le cas contraire, il subsiste des marbrures jaune-doré sur la surface de la boule. Malheur au Cacatoès mâle qui offre une prégraine aussi kitsch à une femelle exigeante ! Il se verra répondre : « rougloublouk... rougloublouk... », c'est-à-dire : « tu sais où tu peux te les mettre, tes boules marbrées...?! ». Cette adaptation évite que les prégraines non pollinisées ne soient descendues de l'arbre. « C'est au pied de l'arbre qu'on voit le bûcheron, et en haut de l'arbre pollinisation » comme l'a finement observé Goethe. Il existe une espèce particulierre de Lierre d'une forme particulierre, qui se plaît particulierrement bien sur l'Arbre de Noël. Ce Lierre microphille est d'une variété particulierre en symbiose avec une bactérie dont le patrimoine génétique permet la production de lumière par conversion de l'énergie chimique des cellules.

Évolution de la branche de l'Arbre de Noël au cours du mois de
décembre
Source : dessin de l'auteur
Ce n'est que très récemment que l'Homme s'est mis à fabriquer chez lui des Arbres de Noël artificiels pour décorer son intérieur à la période des fêtes. Des boules en papier mâché, en verre ou encore en matière plastique représentent les prégraines, des guirlandes brillantes ou garnies d'ampoules électriques parachèvent l'imitation en représentant le Lierre lumineux et les feuilles parasitées par les champignons. Cette représentation de l'Arbre de Noël s'est répandue rapidement, et l'Arbre de Noël étant rare de nos jours l'origine de la coutume a été oubliée par la plupart des gens peu instruits. Encore une fois, on ne saurait trop insister sur le fait que la Nature est une inépuisable source d'inspiration pour l'Homme.
L'avis du
spécialiste+ Comment expliquer la luminescence du Lierre ?
Le Professeur Weinachtsbaum a tendance à beaucoup simplifier les choses quand il explique comment le Lierre peut produire de la lumière. Les connaissances de ce botaniste dans les grands domaines de la Biologie Moderne que sont la Génétique et la Biologie Cellulaire sont sans doute insuffisantes pour lui permettre de trouver une explication correcte au phénomène. Voici mon interprétation : Les chloroplastes des cellules du parenchyme foliaire du Lierre possèdent deux gènes de bactérie électrique, sans doute acquis par transgénèse à médiation virale. Il ne s'agit donc pas d'une symbiose, comme l'affirme le botaniste un peu rapidement. Un de ces gènes code pour une protéine de la membrane des thylacoïdes, qui bloque la transférase à protons ADP-dépendante. Le deuxième gène code lui aussi pour une protéine de la membrane thylacoïdale. Cette protéine assure un couplage entre la dissipation du gradient de protons et l'excitation de la chlorophille de l'antenne collectrice à photons, qui émet alors dans le visible de façon périodique. Il n'y a guère que les botanistes, qui s'encombrent l'esprit à apprendre les noms latins des plantes, pour ne pas voir tout de suite le phénomène.
Primo: Noël rimant avec sapin, ne cherchez pas à rivaliser avec le Natalodendron judaensis. Ëvitez l'abus de strass et de calicots, qui vous feront ressembler au mieux à un clown Mir Couleur, au pire à tata Odette.
Secundo: vous n'êtes pas là pour draguer. Mesdemoiselles, le look Miss France vous est déconseillé : non seulement l'élection est passée, mais vous risquez de subir toute soirée les remontrances moralisatrices de Mémé Constance et les oeillades lubriques de l'oncle François. Messieurs, évitez le smoking ou le trosi-pièce Hugo Boss, si vous ne voulez que tata Odette vous tapote la joue deux heures durant en criant : « Que tu es beau, mon neveu, quel bel homme tu fais maintenant, dire qu'il y a pas si longtemps je torchais les fesses.
Tertio : sans tomber dans le bleu de chauffe, optez pour des vêtements pratiques et peu salissants, qui supporteront l'attaque baveuse du labrador de tonton Olivier dans le vestibule, les bastons dans la neige imposées par vos petits cousins (sales gnomes putrides), les maladresses à table de pépé Parkinson, etc.
Quarto : qui dit famille dit ennui et vulgarité, mais aussi engueulades. Ne mettez pas une chemise bleu ciel, elle se couvrirait d'auréoles après une heure de discussion politique avec tonton Jean-Marie. Si votre famille a le sang chaud (voire méditerranéen), prévoyez des armes et un gilet pare-balles.
Quinto :quelques précautions que vous ayez prises, vous finirez débraillé, dansant la queue-leu-leu entre tata Odette et mémé Constance. Notre conseil : éclipsez-vous à la faveur de la fête et allez jouer à touche-pipi avec vos cousin(e)s, comme au bon vieux temps. Comme ça, vous n'aurez pas tout perdu.
Le mieux, de toute façon, reste de passer faire la bise en début de soirée, vêtu symboliquement d'un jean troué et d'un T-shirt Megadeath informe, puis de retourner vous enfermer dans votre chambre avec des boules Quies et une bouteille de gin. En résumé, méprisez cette racaille qui vous a été imposée par les hasards de la naissance, et cherchez-vous un plan moins pourri pour le nouvel an. Ainsi, vous aurez saisi le véritable esprit de Noël.
Première erreur à éviter : s'habiller comme à Noël. La tenue ne sera de toute façon pas appropriée aux exigences d'une telle soirée, à savoir faire en sorte d'avoir l'air le moins godiche possible, sans compter la présence (à peu près inévitable) d'un convive déjà là au réveillon de Noël susdécrit, ce qui vous vaudra à coup sûr quelques remarques assassines de sa part....
Deuxième erreur : arborer fièrement sa panoplie de normalien (manteau noir, écharpe blanche et tongs). Non seulement ce n'est pas une tenue très festive,mais vous allez aussi avoir très très chaud ! Rappelons à certains de nos amis lecteurs que festivité ne rime pas exclusivement avec salle S (et si vraiment vous comptez réveillonner en salle S, mettez-vous en pyjama,tout le monde s'en moque....)
Nos amies lectrices veilleront également à la jouer sexy, mais pas trop : il convient de choisir entre l'option micro-jupette + chemisier fermé jusqu'en haut, et l'option pantalon pas trop moulant + col pigeonnant sans bretelles, sous peine d'avoir l'air de participer à un défilé Cochonou. Le décolleté plongeant dans le dos est une valeur sûre,à condition d'être vigilante : un peu de souplesse vous sera nécessaire afin d'éviter la glace pilé que l'on ne manquera pas de vous verser dans le dos au hasard d'une bousculade...
En somme, il s'agit avant tout de savoir raisonner efficacement. Tout dépend du contexte : si vous avez pour objectif principal d'emballer le plus possible de beaux ou belles inconnu(e)s, n'utilisez que le minimum de surface de tissu. Si vous réveillonnez au Quick, un pull Tati fera très bien l'affaire, croyez-en l'expérience de vos chers rédacteurs [NDA : rédactrice, en fait]... Enfin,si vous dilapidez vos économies pour fêter la nouvelle année chez Castel, reportez-vous au sujet « emballage » (si vous n'y allez pas pour cela,nous vous conseillons de trouver moins cher : la louse,ça n'a peut- être pas de prix, mais quand même...).
Enfin, rappelez-vous que ce réveillon, qui comme tous les réveillons s'annonce miraculeusement différent, sera de toute façon comme tous les précédents, à l'image de l'année à venir. Restez tout(e) seul(e) chez vous avec une bouteille de vodka, regardez Arthur à la télé et dites-vous qu'il n'y aucune raison pour que rien change jamais. Ainsi, vous aurez saisi le véritable esprit du nouvel an.
- Deuxieme conseil : assurez-vous qu'il s'agit bien d'un réveillon costumé !
- Troisieme conseil : si vous choisissez d'y aller, déguisez-vous. Cependant, prévoyez de préférence un costume amovible (de toute façon, passé 23 heures, tout le monde en aura marre). Une autre astuce, révélée en exclusivité par le Poisson Mort, est de se limiter à un accessoire lié au thème de la soirée, ce qui vous permettra de vous habiller hype, tandis que les autres se coltineront un costume de crevette toute la soirée.
- Quatrieme conseil : si vous optez pour un costume complet, choisissez un personnage valorisant : princesse plutôt que moule géante pour les filles, prince charmant plutôt que Casimir ou Denver le dernier dinosaure pour les garçons... Évitez aussi les uniformes nazis. Si vous ne respectez pas ce principe, vous risquez de tomber dans les embûches déja évoquées (désolés, c'est vous qui dégoulinerez tandis qu'un(e) autre vous piquera vos coups, en vous tapant jovialement dans le dos ou en vous demandant d'un air compatissant : « mais t'as pas trop chaud là-dedans ?! » ). Dès lors, sentant le fauve sous votre costume de Tigrou, vous comprendrez combien cette vie est une jungle.
Heureusement, Le Poisson Mort veille et vous a concocté ce guide indispensable vous permettant d'identifier au premier coup d'oeil à quel type de réveillonneur vous avez affaire.
Voici donc en exclusivité pour les lecteurs du Poisson Mort les notes prises par notre envoyé spécial, qui a testé pour vous...
1) L'illuminé millénariste. Pièce obscure encombrée de bougies. Ombres portées saisissantes sur les murs. Verre en argent sur table sans nappe. Prédit la chute de Paco Rabanne pour le mois prochain et sa réincarnation en station Mir. Ambiance de fête légèrement atténuée par la musique d'X-Files qui passe en boucle. Tension palpable à partir de minuit. Cartésiens s'abstenir.
2) Le beauf téléphage. Préparation du réveillon à partir de 17h00. Décapsulage des canettes de bière spécial Noël devant les épisodes spécial Noël des séries télé (Brenda tombe amoureuse du Père Noël mais celui-ci n'a d'yeux que pour ses rennes). 19h30: le 19-20 spécial Noël (« À ne pas manquer: ça n'arrive qu'une fois par an. »). Reportage sur les exclus, puis place à la fête. Tour de France des régions. 20h45: la météo de Noël. 20h55: longue hésitation entre Greystoke et Le Père Noël est une ordure. 21h00-21h45: zapping. 21h45: arret du zapping: Christophe Lambert viens de rencontrer Jane. 23h00: C'est mon choix: je passe Noël devant la Télé. Minuit: quel dommage que le 25 décembre ne tombe pas un premier samedi du mois. Encore quelques canettes... Variante Nouvel An: 20h55: Grande Soirée Cabaret ou Qui veut gagner des millions spécial Saint-Sylvestre. La soirée cabaret est sûrement moins intellectuelle. 22h23: la pizza arrive enfin; en plus, elle est à moitié prix à cause du retard. 23h00: coup d'oeil sur Soir 3; c'est la fête sauf pour les gens qui travaillent. Y a pas à dire, l'ambiance est là. 23h10: Le bêtisier de l'année. Permet de rigoler un bon coup, c'est la fête après tout. 23h30: En direct du Lido. Girls aux seins nus. Pourquoi pas en attendant minuit... Minuit: c'est la nouvelle année. Encore une année qui commence mal, on n'est pas samedi...
3) Le snob dépensier. Réveillon préparé depuis l'année dernière. 20h30: direction Le Jules Verne, sur la Tour Eiffel. Choisit le menu « Élégance »: rien dans l'assiette, plus rien dans le porte-feuille. Champagne. Minuit: tous les convives se font la bise. Direction Le Lido. Girls aux seins nus. En plus, on loupe rien: on n'est pas samedi. Pensée pour les enfants: la baby-sitter doit bien s'occuper d'eux. On prend un taxi pour rentrer. On évite de rentrer par les Champs, c'est trop chic...
4) Le fêtard parisianiste. Se divise en deux catégories: le Parisien qui reste à Paris ou le Provincial qui monte à Paris. Ignore le réflexe normal consistant à fuir Paris un jour de Saint-Sylvestre. Comme c'est un jour spécial, dévalise l'épicier en spiritueux divers. Réunit quelques amis fêtards et s'enivre à mort avant d'aller se faire filmer par la télévision sur les Champs. Le lendemain, allume la télévision mais pas trop fort et regarde le Journal Télévisé dans l'espoir de se voir brailler « Bonne Année » devant la caméra. Autre possibilité: choix de l'originalité. Va remuer son corps suintant sur la piste de danse d'une boîte à la mode. Danse jusqu'à pas d'heure sur la même musique que pendant le reste de l'année. Rentre chez lui au petit matin en disant « J'ai passé une merveilleuse soirée ». Cas particulier du Provincial montant à Paris: remplace la beuverie entre amis par un dîner bien arrosé dans un restaurant connu. Prend difficilement le métro pour se traîner jusqu'aux Champs Élysées, s'il est en groupe, ou jusqu'à Pigalle, s'il est seul.
5) Le réveillonneur familial. Dîner long et ennuyeux. Bises hypocrites à minuit. Coups de téléphone incessants des grandes-tantes oubliées pour souhaiter la bonne année. Discussions politiques et/ou souvenirs familiaux. On apprend parfois pourquoi on ne parle plus aux cousins Choury depuis des années. Au moins on se couche pas trop tard.
Vous l'aurez compris, le monde est truffé de malfaisants, surtout un soir de réveillon. Aussi, ne sortez pas sans votre Poisson Mort.
Et ben non, et cet exposé se propose modestement de combler ces lacunes inqualifiables. Notons au passage que cette initiative s'inscrit dans le cadre du projet initié par George Charpak, « Main à la pâte », initialement destiné aux écoles primaires, et dont nous avons ici adapté le niveau pour la gente littéraire.
Tout d'abord, jetez votre veste en velours râpé et préférez lui une bête parka. Remplacez votre air faussement inspiré par un air absorbé, de ceux qu'on a quand on se prend un poteau en pleine tronche dans la rue. Laissez-vous poussez les cheveux et gardez leur un aspect délicieusement ébouriffé. Si vous n'êtes pas déjà frisé, faites-vous une permanente, cela ne fera qu'ajouter à votre style. La calvitie est également appréciée, surtout quand elle est combinée avec les deux caractéristiques sus-citées (cheveux longs, bouclés, et rares, donc). Ça y est, vous êtes dans la peau du personnage. Mais attention. Maintenant, il faut parler.
Il n'est jamais mauvais de citer quelques équations pour épater la galerie. Si vous parlez du soleil, commencez par expliquer que la vie, la conscience humaine et même la littérature ne pourraient exister sans l'énergie du soleil, qui, comme chacun sait, provient des réactions thermonucléaires dont le plasma solaire est le siège. Puis ajoutez « E=mc2, tout est là » Observez votre auditoire : et oui, il est baba d'admiration.
De la même façon, essayez systématiquement de trouver dans n'importe quelle situation un lien avec un phénomène scientifique. Quand vous mettez votre ceinture à l'envers le matin, à un banal « Saperlipopette ! » préférez un : « Bon dieu, c'est comme l'ADN ! » ou mieux : « C'est exactement la rotation du spin 1/2 ! » Quelqu'un se casse la figure ? Évoquez narquoisement Newton et sa pomme. Un de vos amis prétend vouloir se suicider parce qu'il s'est fait plaquer par sa femme (qui possédait le domicile conjugal) à la suite de son licenciement ? Consolez-le en invoquant la loi des séries. Quand vous vous faites lamentablement flasher au baby, faites croire que vous escomptiez que la balle passât par effet tunnel. En boîte, étonnez vos amis en comparant les gesticulations de la masse jeunâtre et grouillante au mouvement brownien. À l'occasion des débats (souvent passionnés) sur l'intelligence des blondes, évoquez avec un air amusé la masse cachée de l'univers. Au moment de sortir avec vos amis, tranchez les interminables débats sur le choix du film en invoquant l'indécidabilité de l'axiome du même nom, etc.
Enfin, quand vous constatez non sans horreur que votre réveil prend dix minutes de retard tous les jours depuis que le 46 est passé sur le groupe électrogène, hésitez avant de le jeter, et dites d'un air solennel : « Mais c'est bien sûr ! Ce foutu groupe électrogène n'est même pas capable de nous délivrer du courant à 50 Hz. J'ai même calculé : c'est du 49,3 Hz (c'est une règle de trois élémentaire, n'est-il pas ?). »
Cette liste n'est pas exhaustive. Si vous voulez d'autres exemples, allez au pot avec des scientifiques et suivez une de leurs discussions. Elles en regorgent.
D'autre part, ne négligez pas la pratique, et proposez à vos amis des expériences amusantes (au cas où vous ne l'auriez pas encore compris, tous les exemples que nous venons de donner sont autant de contributions aux « sciences pour l'ingénieur »). Évitez cependant la chimie en vous souvenant que votre assurance COF-GMF est plafonnée. Si vous n'êtes pas convaincu, relisez Gaston Lagaffe.
Enfin, un dernier conseil. C'est sans doute l'effort le plus insurmontable que vous aurez à fournir pour parfaire votre image, mais il est essentiel : allez à la K-fêt. Vous aurez presque l'air de l'un des nôtres...
Devinette du numéro 7 : Llivia, petite bourgade du haut plateau de Cerdagne, est aujourd'hui une enclave espagnole dans le département français des Pyrénées-Orientales. La convention du 12 novembre 1660 - faisant suite au Traité de Pyrénées (1659) - stipulait pourtant que 33 villages du nord de la Cerdagne devenaient français. Quel fut l'argument utilisé par les Espagnols pour éviter que Llivia ne subisse le même sort ?
1. Argument physico-théologique (a posteriori). Le 25 décembre, tous les enfants reçoivent des cadeaux selon leurs voeux, après les avoir demandé au Père Noël. Or, quand je reçois un cadeau de quelqu'un selon mes voeux après le lui avoir demandé, je sais en outre qu'il est un être intelligent et gentil. Donc, analogiquement, je peux déduire de l'ordre des cadeaux l'existence d'un Père Noël intelligent et gentil.
2. Argument cosmologique (a posteriori). Les cadeaux existent et sont contingents, ils doit donc exister quelque chose de nécessaire pour les donner : « c'est ce que tous s'accordent à appeler le Père Noël » (Thomas). (On néglige ici la différence entre variantes aristotélicienne et kantienne précritique, entre autres)
3. Preuves ontologiques (a priori).
3.1. Version d'Anselme. Le Père Noël est l'être tel qu'on ne peut
pas en concevoir un qui aime plus les enfants sages. Supposons qu'Il
n'existe pas. On peut concevoir qu'Il existe, or ce Père Noël existant
aimerait plus les enfants sages que Celui qui n'existe pas, lequel n'est
donc pas le Père Noël (puisque vous admettrez avec moi que si le Père Noël
n'existe pas, c'est qu'Il n'aime pas vraiment les enfants et préfère
laisser les parents faire les cadeaux en restant peinard au Pôle Nord à
boire du whisky très cher dans son jacuzzi avec des rennes à poil, le
Salaud). Donc il y a contradiction à imaginer un Père Noël non existant,
donc Il existe.
3.2. Version cartésienne : l'idée du Père Noël suffit à montrer intuitivement Son existence. En effet, j'ai en moi l'idée d'un Père Noël infiniment gentil, barbu et rouge. Or, étant moi-même finiment méchant, glabre et anémique, je n'ai pu former seul cette idée, toute cause devant contenir au moins autant de réalité que la représentation qui est son effet. Donc cette idée a été déposée en moi par le Père Noël, en passant par la cheminée. Donc Il existe.
3.3. Version leibnizienne : la notion de Père Noël a ceci de particulier que si elle est possible (non contradictoire), alors le Père Noël Lui-même existe. Or toutes les perfections du Père Noël sont disparates (gros, rouge, barbu, gentil, rire bonhomme), donc ne peuvent entrer en contradiction. Le Père Noël est donc possible, donc Il existe.
Le manque de temps et de place nous manque pour évoquer les preuves irrationnelles ou indirectement rationnels (pari de Pascal, affirmation chestovienne, prolongement bergsonien des lignes de fait, consensus omnium, révélation, donation de l'Être dans l'étant, preuve téléphonique à 8,17F la minute, théorème de Debray-Gödel, etc). Nous signalerons cependant la preuve (kantienne) de l'existence du Père Noël comme postulat de la raison pure pratique :
La loi morale, absolument certaine et inconditionnée dont la forme est l'impératif catégorique (« Du sollst ein gutes Kind sein. »), exige pour être vraie la réalisation du Souverain Bien dans son sens d'union de la vertu (sagesse) et du bonheur (cadeaux). Or cette union synthétique ne peut être réalisée que si existe un Père Noël qui récompense les enfants sages. Donc, sans pouvoir être théoriquement prouvé, le Père Noël existe.
À chacun, désormais, de faire son choix. Mais en se rappelant le mot de Pascal : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé ».
Chewie Douwah, chewie douwab dadada (bis)
Choubidoubidouwah, choubidoubida,
Dab dab dab dab dawawawah
Dwe choubida, choubidoubidouwah (bis)
Choubidoubidouwah, choubidoubida,
Dab dab dab dab dawawawah
Le réveillon stoïcien : « Tant que l'espoir demeurera au niveau de l'espérance, il n'y aura pas lieu de désespérer. » (Pierre Dac). Alors ne désespérez pas, mais sachez distinguer ce qui est à votre portée de ce qui ne l'est pas (1). De peur de perdre toute crédibilité, on se doit de rappeler à certains qu'un réveillon réussi est hors de leur portée (ils se reconnaîtront). L'orthodoxie stoïcienne implique la solitude, à l'exception de quelques vrais amis (mais en avez-vous vraiment ?). Les stoïciens d'un soir pourront alors gouter, avec un sentiment de nouveauté qu'il faudra tout de même réprimer, les joies de la méditation et de la lecture des classiques (agrémentée au besoin de quelques interludes pascaliens). En outre, n'hésitez pas à parfaire votre méditation par la contemplation de la misère du monde, mêlée de mortification (télévision).
Le réveillon épicurien : Ce terme, déformé par les détournements les plus honteux, vise seulement à donner plus de « matière » à la pensée méditative. Ce n'est qu'ironiquement qu'Horace se nommait « Epicuri de grege porcu[s] »... Un repas consistant a sa place dans cette formule. Si les convives sont encore la denrée la plus rare, qu'à cela ne tienne : les vertus du festins s'étendent de la convivialité exacerbée au sommeil du juste. Veillez à user des boissons alcoolisées au même effet, pour finalement vous jeter dans la bacchanale (ou le modeste défilé, selon le cas) qui empruntera tôt ou tard votre rue. Laissez parler ceux qui n'y voient qu'une nuit d'ivresse de la pire cuvée : ils ignorent tout des délices d'une douce ébriété dans la fraîcheur de l'air hivernal... Pas d'abus toutefois : de toute façon, ce n'est pas encore le premier samedi du mois.
Le réveillon-« farcisseure » (2) (prononcez farcissure) : Une technique infaillible pour retrouver un certain optimisme : la divagation, le « délire » (concept humaniste avant d'être djeune), en un mot, tout et n'importe quoi. Pas de justification, pas de compte à rendre. « Just do it » (3) : là où la méditation ouvre les chemins de l'être (vers l'étang, par exemple), la divagation enjoint simplement à l'action. Si nécessaire, citez force exemples : mieux vaut sembler cuistre que laisser les incrédules ruiner l'optimisme que vous peinâtes à édifier. « An vivere tanti est ? » Mais oui, mais oui.
Variantes et adaptions :
Persévérez avec Kant : « Moi,
si vous n'avez pas de meilleure idée, je fais comme l'année dernière ».
Pour une perspective « plan drague », n'avouez pas l'origine de la référence
: « C'est une interprétation de l'Éternel Retour chez Nietzsche... ».
Relativisez avec Einstein : « Oh, ma petite dame, moi, vous savez,
le temps...c'est plus c'que c'était ».
Dernière minute : de nouvelles voies pour le nouvel an.
Lao Tseu ou la Voie : « Le chat qui craint l'eau froide finit
toujours par se faire arroser. Alors arrêtez avec votre déprime ou je vous
coupe la tête ». (Cette Voie nécessite un assistant).
Les recherches sur les archives Husserl ont permis d'exhumer le texte qui
aurait servi de base au fameux Être et Temps du non moins fameux
disciple, M.Heidegger. Une découverte historique où Husserl apparaît dans
toute son actualité : « Il n'y a pas d'Être-pour-le-nouvel-an... ».
A. Finkielkraut a déclaré : « Nouvelle année, nouveau siècle ? Hum,
ça me paraît douteux. Pourquoi pas nouveau millénaire aussi ? Où va-t-on.
mais où va-t-on ? »
Paco Rabanne, poussé à fuir dans sa soucoupe volante : « Je me
vengerai... »
(1) Epictète, Manuel. (2) Montaigne, Essais : « Cette
farcisseure est un peu hors de mon propos ». (3) Montaigne, « Du desport et
autres bestises » (Essais). ]