La nouvelle Direction du Poisson Mort est désormais complète. Le 20 novembre, le comité de rédaction présidé par Olivier Ritz ne s'est penché sur la candidature de personne (ne parlez plus de candidature à Olivier), ce qui a apporté la dernière touche au dispositif du journal pour entrer dans le troisième millénaire, et à court terme (car le troisième millénaire, c'est dans un mois, ça laisse de la marge) dans la période rythmée par la mise en oeuvre du nouveau contrat quadriennal (d'un mois, donc) : celle où le Poisson Mort en version électronique sera accessible de toutes les thurnes, où l'interdisciplinarité sera catalysée par une "chaîne intranet ENS" diffusant tous nos comité de rédaction, où le royaume de Jourdanie (sécession de la Fédération Jourdan) sera représentée à l'ONU et reconnue par le Vatican, ainsi que l'Association Montagne Sainte-Geneviève pour le clonage des hamsters, où le 1 rue Thouin (Olivier a déménagé) deviendra le foyer du Quartier Latin pour les pseudo-sciences du double langage (de la philosophie de l'esprit à l'esprit de la philosophie, en passant par l'inverse et son contraire), mais aussi pour la pataphysique cognitive, où l'on ne doutera plus que la métaphysique et l'épigraphie latine soient autant de "sciences pour l'ingénieur", où l'ancien Pavillon Rataud sera rénové et classé monument historique, où enfin dans l'immédiat on s'emploiera à redonner un peu d'espace aux participants au colloque sur les remarqueurs belges, enfermés depuis 15 jours dans une salle sans fenêtre dont personne n'a réussi jusqu'à présent à retrouver la clef.
Pour en mettre plein la vue, la méthode est simple : du point de vue quantitatif, il suffit d'en mettre le plus possible ; une expression étrangère par phrase paraît cependant un maximum, au risque de passer non plus pour un simple pédant de bon ton, mais pour un cuistre raté - la frontière est ténue entre Umberto Eco et Radio Courtoisie. Du point de vue qualitatif, deux principes vous guideront : d'une part, rechercher les expressions les plus rares, ou savoir redorer les plus connues. Évitez par conséquent les « Veni, vidi, vici » ou « To be or not to be », que n'importe quel présentateur d'Intervilles est susceptible d'utiliser ! Préférez-leur un joli « Quia nominor leo » ou un « Mane, thecel, pharès » judicieusement placé. Sachez ne dire « vade retro Satana » qu'en ajoutant aussitôt « et non Satanas, comme on l'entand dire trop souvent. » Préférez « Kaï su, teknon » au trop populaire « Tu quoque fili »; en revanche, un « Nosce te ipsum » bien appliqué aura finalement plus de panache que « Gnôthi séauton ». Pensez aussi à ne pas toujours donner aux locutions que vous employez la tonalité ironique ou plaisante que les Pages roses lui attribuent - après tout, « Horresco referens » n'a pas de raison d'être ironique pour quelqu'un qui en comprend immédiatement le sens, tel que vous et moi, n'est-ce pas ?
D'autre part, ne jamais utiliser une locution en français si vous en connaissez un équivalent dans un autre langue, si possible peu étudiée. Ne dites jamais « par ouï-dire » quand vous pouvez dire « de auditu », « des perles aux pourceaux » si vous connaissez « margaritas ante porcos » ; préférez « col canto » à «Pompoms inside » et, bien sûr, « Goslitizdat » à « Éditions littéraires d'État » ! Pensez que « macte animo » fait plus cultivé que « bon courage », « diem perdidi » moins raté que « j'ai eu une journée de merde ». N'hesitez pas non plus à user de ces locutions et citations dans le cadre de vos travaux scientifiques : un raisonnement ab absurdo a plus de poids qu'un raisonnement par l' absurde trop franchouillard ; un objet qui se déplacemotu proprio vous met nettement plus sur la voie du Nobel de physique que s'il se déplace « de son propre mouvement » ; citer le « Omne vivum ex ovo » vous donne déjà l'air d'un biologiste sérieux digne du Collège de France ; et caetera ad infinitum - mais pas ad nauseam !
Sachez en effet jouer de la retenue et de la subtilité : plutôt que de citer le trop fameux « Cogito ergo sum » en latin, substituez-lui le texte français desMéditations, et dites «Je suis, j'existe, etc. » - la troncature de la citation est elle aussi une ruse terriblement habile : vous évitez par là d'avoir à retenir la phrase entière, et vous installez une complicité avec ceux de vos auditeurs qui le méritent. De la même façon, contentez-vous lorsque vous faites entrer des invités d'un bref « Voi ch'entrate », et votre effet sera parfaitement réussi...
Enfin, ce petit conseil de professionnel : lorsque vous évoquez une oeuvre étrangère ou antique, citez-en le plus souvent possible son titre dans la langue originale (en tè glottè tè prosthen), et surtout sans en franciser la prononciation ! Parler deVoïna i mir,Also spracht Zarathustra ou tout simplementRomeo Must Die mettra immédiatement la touche finale à votre discours. Vous aurez presque l'air de l'un des nôtres...
Si le lecteur mal dégrossi émet là-contre des réserves, l'homme de
goût, nourri au lait heideggerien* depuis sa plus tendre enfance, n'a
aucun doute là-dessus : la métaphysique et la technique, applications
et fondations permanentes du principe de raison, sont de même nature.
L'ère de la métaphysique est celle de la technique. « Méta », c'est
« pour » - un des sens injustement négligés de cette préposition,
attesté par le vers célèbre d'Anaxalèthe de Milet :
Pour (méta) l'être-avec avoir été dedans, le non étant dans le retrait
champignon arrosoir
Être méta-physicien, c'est donc être au service de la physis. Mais la physis, est-ce bien ici la Nature, ou plutôt, comme le suggère Anaxabule de Patmos, sa maîtrise ust-ensile, ce qui est du reste équivalent car :
La chose chose dont la, comme le Führerprinzip, dans le non étant dans le retrait, virgule, sur la plage, point, avec le chien crevé.
Ce que confirme plus trivialement l'analogie thématique de l'in-genium (lié à nat-ura) et de la physis. Être in-génieur, c'est être nat-if. Être méta-physicien, c'est être au service du nat-if. Tout est ici lié, et ré-ciproquement. Laissons parler la vois grave et re-cueil-lie des Pré-socr-a-tiques, dont le Poète a dit : « C'était mieux a-vant ».
Mais il nous faut aller plus loin, et réalisant la pensée heideggerienne pas un léger glissement de son sens, ou plutôt la mise au jour de sa destination profonde et comme dormante (au sens profond, sinon courant, où le Labra dort), nous pouvons postuler que la post-métaphysique développée dans Sein ou Zeit, la pensée de l'Être pur, a tous les critères requis pour servir efficacement à l'ingénieur de demain.
Prenons le cas de l'asséchement d'un Loch, hanté par une créature aquatique maléfique, et qu'il s'agit de transformer rapidement en supermarché pour profiter d'abattements fiscaux qui sauteront à la prochaine révolution. Qui, mieux qu'un disciple français du maître, est indiqué pour faire sortir l'Être de l'étang ? Le caractère absolument refondateur de la pensée de l'Être p(o)ur la rend indispensable, à titre préparatoire, à toute construction durable. Lorsqu'un veut rendre un terrain constructible, on le via-bilise (on y dessine des chemins, dont il n'est pas besoin de dire qu'il ne mènent nulle part). Mais ce n'est pas assez : un lieu peut se révéler inhabitable, même si le terrain est via-bilisé et le bâtir habile. Heidegger nous en donne la raison : la crise du logement, avant d'être (Bauen Wohnen Denken) crise du logement, est d'abord crise de l'habiter. Le métaphysicien de terrain a pour fonction de résoudre cette crise à moindre coût. Jusqu'à présent, une nuit passée à déambuler sans direction précise, avec un Alpenstock et en lisant à voix haute l'édition Diels-Kranz des présocratiques, suffisait à la viabilisation onto-phénoménologique de trois hectares de forêt de résineux. Il appartient aux jeunes métaphysiciens de l'ENS d'améliorer cette productivité. Bien des mesures sont à prendre en ce sens. Ainsi, le logos parlant grec (Was ist das - die philosophie ?), un partenariat fructueux est à développer avec le département d'espagnol. En effet, confier l'enseignement du grec à des hellenistes de métier risquerait d'empêcher les métaphysiciens de terrain de se libérer des carcans de l'étymologie scientifique, au détriment d'une étymologie populaire sensiblement plus souple, et donc mieux adapté au grand challenge de la cyberéconomie (Was heisst Denken ?). Du reste, les enseignants du Centre d'Etudes Antiques ne seront pas tenus à l'écart du grand des-sein métaphysique du troisième millénaire. Ils sont en effet particulièrement fondés à enseigner l'allemand, pour les raisons sus-décrites (car si le logos parle grec, la Sprache parle deutsch).
La place nous manque ici pour développer cet argumentaire, mais nous laissons au lecteur muni d'un Bailly et d'un Duden de compléter notre propos en se laissant aller au hasard objectif du faire-signe. Du reste, il semble que nous ayons été entendus par avance. Voici pour l"université, comme le disait le Maître (discours du rectorat), l'occasion d'un nouveau départ. La métaphysique, telle toute philosophie, telle l'histoire et les lettres, telle toute science future qui voudra se présenter comme quoi que ce soit, sera une science pour l'ingénieur.
Ou ne sera pas.
* : NDLR : Heidegger, Martin (1889-1976). Publiciste et
enseignant
allemand. Dans une masse d'écrits confus, au sens encore obscurci par
les paraphrases qui les ont rapidement recouvert, Heidegger donne une
traduction en termes universitairement acceptables des thèmes chers au
mouvement révolutionnaire-réactionnaire florissant en Allemagne sous la
république de Weimar et au-delà.
La réponse à cette question me paraissait de plus en plus négative: ma chère mère se mit à tracer sur les portes, les poutres, et même à broder sur mes vêtements des signes étranges qu'elle avait dus tirer de ses nouvelles lectures. Elle refusait de répondre à mes questions, se contentant de parler de "signes de protection". Plus inquiétant encore, elle se mit à psalmodier des nuits entières en des langues inconnues, que j'avais l'impression de retrouver dans mes rêves angoissés. Je vivais dans une atmosphère onirique, et les craintes de ma mère me parurent fondées quand je remarquai que quelqu'un me suivait dans mes moindres déplacements. J'attribuai cette « découverte » à l'influence de l'attitude paranoïaque de ma mère, qui ne cessait de regarder par dessus son épaule, même dans une pièce fermée.
Peu après, alors que ma mère était occupée à psalmodier dans sa chambre,
je décidai de pénétrer dans le bureau de mon père pour mieux comprendre ce
changement de personnalité. Elle le maintenait toujours fermé, mais
j'avais retrouvé une vieille clef qui s'adaptait parfaitement à la
serrure; je voulais lire la lettre qui avait tout provoqué. L'esprit
totalement absorbé par mes investigations et par le fantastique
amoncellement de livres et d'objets aux formes extravagantes resserrés
dans cette pièce, je n'entendis ni les sonneries à la porte ni les bruits
de pas, et lorsque la clef de ma mère tourna dans la serrure, je n'eus que
le temps de me cacher sous le grand bureau. Ma mère était entrée avec un
homme que je ne pouvais voir. Elle se tut un moment, comme pour vérifier
qu'elle pouvait parler librement, puis se mit à invectiver l'inconnu le
plus cruellement qui soit. Elle lui demandait ce qu'il était venu faire
ici, et ce qu'il voulait d'elle; son interlocuteur se contenta de
répondre: « Tu le sais bien ». La respiration de ma mère était haletante, et
je remarquai alors l'odeur fétide que l'étranger avait apportée dans cette
pièce, pourtant déjà pleine de la poussière des vieux livres aux relents
de moisissure. Ma mère lui ordonna de sortir. Il éclata d'un rire dément,
et je m'apprêtais à surgir de ma cachette pour porter secours à ma mère,
quand celle-ci se mit à réciter une formule aux terribles accents, qui
brisa net le rire de l'inconnu, et lui fit rebrousser chemin. J'attendis
qu'elle fût à la porte d'entrée pour sortir subrepticement, et lorsque je
l'interrogeai, le soir venu, au sujet de l'identité de son visiteur, elle
me répondit qu'il ne s'agissait que d'un livreur. Le lendemain, on
retrouva ma mère morte dans sa chambre.

Vendredi, 23h passées Le commissariat du IVème arrondissement était encore en pleine effervescence. Je me trouvais assis, poings serrés, devant le bureau d'un lieutenant de police. Celui-ci tirait longuement sur une cigarette dont il ne se souciait même plus de déposer les cendres dans le cendrier en face de lui. Au vu des cernes sous ses yeux et des auréoles de sueur sous ses aisselles, j'aurais à être plus que convaincant. Mais la voie vers la vérité passait par un mensonge préalable. Je ne donnerais pas de nom, faute de preuves. Je réduirais considérablement mon rôle dans l'affaire, par prudence. Je leur donnerais juste une piste leur permettant de remonter aux faits. Je racontai donc que, mercredi, j'avais surpris par hasard un attroupement d'hommes en cagoules au détour du jardin Tino Rossi ; que, fort intrigué, je les avais suivis à travers leur périple dans les égouts ; que j'avais assisté de loin à une cérémonie satanique pendant laquelle j'avais deviné leurs projets terroristes. Rien n'était faux. Le lieutenant ne cilla pas, me regarda même pas.
- Donnez-moi une seule
bonne raison de vous croire.
J'avais préparé mon argumentation. On ne
sort pas de trois ans de khâgne sans se présenter à un examen oral avec
des munitions plein les poches.
- Je sais que l'on vous a signalé la
disparition d'un certain Oscar Burgenwüner. Et je devine que vous n'êtes
pas sans faire des rapprochements entre cette disparition et les
événements étranges qui ont eu lieu récemment dans les arènes de Lutèce.
J'y mettrais même mon bras à couper, si vous voyez ce que je veux
dire.
J'étais très fier de celle-là, et mon interlocuteur eut l'air
sincèrement perturbé. Je jubilais. Le lieutenant se leva, s'éloigna pour
s'entretenir avec quelques collègues.
Quelques minutes plus tard, il
revint s'asseoir et saisit son téléphone, tandis que ses collègues me
toisaient avec curiosité.
- Je vais informer le commissariat du
Vème. Ils vous contacteront demain matin.
- Du Vème
arrondissement ?
J'avais réagi instinctivement. Bien sûr, c'était de
leur ressort, pourtant... Je me rappelai soudain avoir vu Césari, maire du
Vème, tête de liste de son parti aux dernières municipales, aux côtés de
la démoniaque Bobb-Crespi. Du calme...
- Oui, le commissariat de
l'arrondissement concerné. Pourquoi, ça vous pose un problème ?
Samedi, 0h55 Je sortais du commissariat, lessivé mais soulagé. Ils avaient pris ma déposition, et m'avaient fixé un rendez-vous le lendemain à 9h avec le commissariat de la rue Basse des Carmes. Si tout se déroulait comme je l'avais prévu, le démantèlement du complot commencerait dans huit heures exactement. Et Paris allait découvrir la monstruosité qu'abritaient ses entrailles. En passant devant un des bureaux, il me sembla apercevoir une silhouette familière. Je stoppai net. François Roman-Arouet était assis, comme je l'étais encore quelques minutes auparavant, devant un bureau. Seulement, lui, était encadré de près par deux officiers qui paraissaient le tenir à l'oeœil. Etait-il donc suspect dans l'attentat ? Je souris en imaginant qu'il venait de se faire la main dans le sac ou plutôt sur la bombe. J'hésitai un moment à revenir sur mes pas pour le dénoncer comme faisant partie de la secte. Puis je me rappelai qu'il n'était pas présent lors de la cérémonie sacrificielle. Je m'éloignai. Tout à coup, je compris pourquoi son nom m'avait frappé lorsque je l'avais entendu pour la première fois. Quel idiot, pourquoi ne m'étais-je pas rappelé plus tôt que François Arouet était le véritable nom de Voltaire ? Voltaire ? J'aurais du immédiatement faire un rapprochement entre cette découverte et un autre fait troublant, mais la révélation n'eut lieu que plus tard. Peu importait. Ce n'était plus à moi de résoudre ces énigmes. La machine était en marche.
Samedi, fin de matinée
- Je vous promets, il y avait...
Je me tenais dans les égouts, à mi-chemin entre le quai Saint-Bernard et
le Jardin des Plantes, à l'endroit précis où, quelques jours plutôt, une
paroi amovible m'avait permis d'accéder aux souterrains secrets. J'étais
suivi par trois policiers en civils. L'un faisait les cent pas, un autre
se rongeait l'ongle du pouce de la main droite, le dernier me regardait
d'un air désespéré.
- Bien sûr. La secte des méchants...
Je continuais de tâtonner à la recherche des fissures dessinant le cadre
de la porte. Impossible. Quel travail admirable. Les fentes avaient été
remplies de ciment, de façon nette et uniforme, et la porte était
désormais, non seulement condamnée, mais invisible. Je sentais les trois
officiers derrière moi perdre patience.
- C'est peut-être plus loin... C'était
faux, bien sûr, mais pouvais-je les laisser repartir ainsi ? J'avais cru
être plus malin que les conspirateurs : erreur. A cette heure-ci, les
trois autres accès (Bibliothèque, Sorbonne, Panthéon) devaient aussi être
murés.
- Allez, rentrez chez vous, et regardez moins les séries
américaines à la télé, ça nous fera des vacances.
Ils se mirent aussitôt en marche vers la sortie. Ils parlèrent entre eux,
mais suffisamment fort pour que je puisse les entendre :
- On n'a pas idée de se payer notre tête avec des blagues aussi minables.
- Tu sais, Normale Sup, c'est des habitués de la maison. Mais plutôt pour
tapage nocturne, si tu vois ce que je veux dire...
Samedi soir Adieu les forces de l'ordre. Personne ne voudrait plus
jamais me croire. J'étais assis sur un banc, dans la Cour aux Ernests, et
je me sentais comme bloqué au fond d'une impasse. Le jet d'eau du bassin
montait, pour retomber aussitôt, et les poissons tournaient en rond.
J'aurais voulu être un poisson. Un ami vint s'asseoir à côté de moi. Quand
je lui dis que mon désespoir était dû à un exposé qui avait mal tourné, je
mentais à peine.
- Si tu veux te changer les idées, viens dans les Catacombes avec nous
cette semaine. Je le regardai avec perplexité.
- Tu te souviens de l'Indiana Jones des Catacombes, l'autre soir à la
K-fêt ?
En effet, je me souvenais ; et une idée commençait à germer dans mon
cerveau. J'avais découvert qu'il était possible d'accéder aux souterrains
depuis les galeries des Catacombes. Je ressentis le désir de retourner
encore une fois, peut-être une dernière fois, dans les profondeurs de la
terre, et d'aller, cette fois-ci, jusqu'au bout. Je voulais tout savoir,
et le plus tôt serait le mieux. Je récupérai donc le numéro de téléphone
de l'explorateur amateur.
- À part ça, qu'est-ce que tu fabriques avec une clef du département de
biologie ? Il désigna mes mains d'un mouvement de la tête. La carte
magnétique.


Ils allument leur ordinateur au lever, consultent leur courrier électronique plus de dix fois par jour, ne vivent que pour le message « You have new mail »... Les accros de l'e-mail (« e-mail addicts ») sont de plus en plus nombreux. Afin d'informer ses lecteurs des dangers qui les guettent, Le Poisson Mort a décidé de se pencher sur ce mal de notre temps...
« Au début, c'était un outil nouveau, un instrument de travail, un moyen rapide de communiquer avec mes amis. Mais progressivement, c'est devenu une véritable drogue: ma vie est un enfer. » Difficile d'imaginer que cette jeune femme souriante et posée vit une véritable déchirure intérieure. Nulle nervosité ne transparaît dans son attitude, si ce n'est un léger tremblement de ses doigts sur sa cigarette. Et pourtant, Carole B., 21 ans, est une « e-mail* addict » : depuis qu'elle a découvert l'e-mail dans le cadre de ses études, sa vie a littéralement basculé. Elle consulte son courrier jusqu'à vingt fois par jour, allant même jusqu'à se relever au milieu de la nuit. « C'est plus fort que moi: l'idée qu'un message ait pu me parvenir pendant mon sommeil m'angoisse littéralement. »
Comme pour beaucoup d'autres victimes, les premiers symptômes sont presque passés inaperçus. « Tout commence insensiblement... Puis c'est l'escalade inévitable. », témoigne Carole, la voix tremblante. Au début, le syndrome se dissimule sous une fausse motivation intellectuelle. Julien, 34 ans, raconte son expérience: « J'ai commencé par être intrigué par cette nouvelle technique. Je voulais apprendre à m'en servir, la dominer, pouvoir lui dicter mes désirs. Finalement j'en suis devenu l'esclave... » Souvent, les victimes sont des cadres dynamiques, au sommet de leurs capacités. L'e-mail est pour eux un outil nécessaire s'ils veulent rester compétitifs. « Dans mon travail, il était important d'être flexible, rapide, efficace. L'e-mail me semblait l'instrument clé du consulting moderne, un moyen d'intégrer le management dans l'e-commerce. Je pensais utiliser le web pour rentabiliser mes contacts professionnels, c'est le web qui m'a utilisé. », déplore Jean-Michel, 28 ans qui était encore, il y a deux mois, cadre supérieur dans une grande start-up*. « J'étais passionné par mon métier. Mon rôle était d'aider les autres start-up à se développer, afin qu'elles puissent elles-aussi devenir de grandes start-up capable d'aider les autres start-up. Je recevais donc constamment des demandes de conseils du monde entier. J'étais contraint d'utiliser l'e-mail de manière intensive. » Mais Jean-Michel, comme Julien, a été pris dans l'engrenage. Il s'est mis à passer ses journées avec sa boîte à lettres ouverte en permanence, répondant aux messages dès leur arrivée. « Ça me faisait perdre un temps fou. Progressivement, mes moments de travail effectif se sont réduits comme peau de chagrin. Mon patron n'a pas accepté la perte de rentabilité consécutive à ma dérive compulsive. J'ai été viré du jour au lendemain, avant même que ma boîte fasse faillite. »
Le cas de Marie-Pierre, 27 ans, est encore plus poignant. « Je ne pouvais plus supporter de ne pas avoir de nouveau message à chaque connection. Il me fallait ces messages, je croyais que les gens m'oubliaient, j'étais terriblement frustrée, déprimée. Un jour j'ai craqué. » Marie-Pierre est actuellement en cure de désintoxication dans le service du Pr. Stéphane Frankenavastein, psychologue, spécialiste de l'e-thérapie. « Le plus dur a été de comprendre pourquoi elle avait pulvérisé son écran à coups de pieds, raconte le Pr. Frankenavastein. Elle était très agressive. Un transfert en psychiatrie a même été envisagé vers le troisième jour... Mais j'ai préféré lui laisser une chance. »
Comment soignre l'e-dépendance ? Comment faire en sorte que des personnes qui ont tout perdu retrouvent une vie normale ? Daniel, 44 ans, a trouvé aide et réconfort dans le service du Pr. Frankenavastein. « J'ai perdu mon emploi, ma femme m'a quitté, j'ai même failli mourir dans un accident un jour où j'ai entrepris de consulter mon mail* sur mon WAP* au volant de ma BMW* alors que je traversais un passage à niveau. Le train a déraillé mais je m'en suis tiré sain et sauf. » Entouré par les soins attntifs des médecins et des infirmières, Daniel reprend petit à petit goût à la vie.
La méthode ? « Elle est révolutionnaire, mais dure », précise le Pr. Frankenavastein. « Lorsqu'ils arrivent dans nos services, les malades sont immédiatement "sevrés" : nous ne leur donnont qu'un stylo et une feuille de papier. Chaque jour, ils doivent m'écrire une lettre manuscrite que je me fais un point d'honneur de ne pas lire. Je n'y réponds pas non plus, évidemment. Ce travail m'occupe toute la journée. C'est très dur pour moi aussi, mais c'est nécessaire à la guérison de mes patients. Ca fait partie de leur traitement. » Mais ce traitement reste coûteux et n'est pas remboursé par la Sécurité Sociale. Marie-Pierre paye de sa poche les 10 000 F que coûte la semaine de traitement spécial du Pr. Frankenavastein. « Certes, le traitement est coûteux, mais on n'a rien sans rien. Et puis les méthodes employées coutent cher. Le ministère nous soumet de plus à des quotas draconiens. J'envisage de fonder ma propre clinique spécialisée en e-thérapie. » Lorqu'on lui demande s'il n'est pas gêné par le fait que seuls les populations les plus aisées aient accès à ses soins, le Pr. Frankenavastein sourit largement, son cigare aux lèvres. « À cause de la fracture numérique, les pauvres sont épargnés par ce syndrome. Pour une fois qu'ils ont de la chance... Les gens qui viennent dans notre service sont volontaires pour payer cher, nous n'allons tout de même pas les décevoir ! » Et nous montrant les derniers résultats de son traitement, accrochés au mur de son bureau sous la devise de son service, « Business is business », il ajoute: « Les gens veulent profiter de cette méthode révolutionnaire et de ces résultats excellents. Ils sont prêts à y mettre le prix. »
Une démarche condamnée par les associations de malades, en particulier l'Association Française d'Aide aux Victimes de l'E-mail (AFAVE), qui dénonce les méthodes des e-thérapeutes. Pour Mathilde Rey, présidente de l'Association, « les médecins traitent leurs patients comme des cobayes, ils ne leur témoignent aucun respect. Ils ne sont interessés que par leurs bourses. » [NDLR: Mathilde Rey veut parler de leur porte-monnaie.] L'Association propose donc un traitement plus humain. « Nous partons du principe que la cause du problème est l'ordinateur. Nous nous proposons donc de débarasser gratuitement les personnes le désirant de leur ordinateur. Nous réutilisons ce matériel pour entrer en contact par e-mail avec les autres associations d'aide aux malades. »
Ces querelles d'experts dissimulent mal la propagation de l'e-dépendance. De plus en plus, nos chères têtes blondes sont gagnées par ce fléau, et délaissent les jeux vidéo pour la communication électronique. « Mes enfants m'ignorent depuis qu'ils ont découvert l'e-mail », s'inquiète Jeanine, 41ans, mère de Fabrice, 3 ans, et de Jean-Louis, 4 ans. Cette situation nouvelle est d'autant plus préoccupante que le Ministère de l'Éducation Nationale vient de lancer un grand plan d'initiation aux nouvelles technologies dans les écoles. Mais Carole a déjà pris sa décision. « Mes enfants n'utiliseront jamais l'e-mail. Je ne veux pas qu'ils connaissent la même soufrance que moi... »
+ La masturbation accroît le risque d'e-dépendance.
FAUX: la masturbation ne présente aucun risque, combien de fois
faudra-t-il le répéter ? C'est à croire que les gens sont sourds !
+ Le stress est un facteur aggravant.
VRAI: les périodes de stress (examen, problèmes familiaux, défaite
de l'OM, chute du CAC40...) sont propices aux troubles compulsifs
comme l'e-dépendance.
+ L'e-mail accroît les risques de cancer.
FAUX: par contre il a été prouvé que les gens qui fumaient en
consultant leur e-mail sont plus susceptibles de développer un cancer
que les gens qui ne fument pas en consultant leur e-mail.
+ Une vie sexuelle épanouie réduit le risque de dépendance à
l'e-mail.
VRAI: avoir une vie sexuelle bien remplie, comme jouer au bilboquet,
est une vraie solution pour arrêter l'e-mail. Le tout est d'avoir
les mains occupées.
+ Manger du poisson permet de décrocher.
FAUX: le poisson contient du phosphore, qui stimule la mémoire. Il
vaut donc mieux éviter le poisson quand on souhaite oublier
d'utiliser l'e-mail. Dans le même ordre d'idée, éviter les noeuds au
mouchoir.
L'avis du spécialiste
+ Qu'est-ce que l'e-dépendance ?
L'e-dépendance (ou e-addiction) fait partie des paramanies, c'est-à-dire des
troubles comportementaux maniaques, au même titre que l'anorexisme (le fait
de refuser de s'alimenter), le robinisme (le fait de vérifier constamment
qu'un robinet est bien fermé), le compulsisme (le fait de devoir toujours
manipuler un objet) et l'altruisme (le fait de prêter attention aux autres).
Ce trouble se manifeste par une dépendance plus ou moins marquée au courrier
électronique, dont les personnes ne prennent conscience que tardivement,
après une crise ou un problème grave (licenciement, divorce...). Il
s'accompagne d'un sentiment de frustration en cas de non-réception d'un
message, de manifestations de stress, et d'une alternance euphorie/apathie en
fonction du résultat de la consultation de la boîte à lettres
électronique.
+ Comment expliquer ce trouble ?
Les causes sont multiples. Le facteur génétique pourrait expliquer que
plusieurs membres d'une même famille puissent être touchés. Des études sont
d'ailleurs en cours chez les souris. Le facteur émotionnel justifie le fait
que les personnes dépressives ou fragiles psychologiquement soient sujettes
à ce syndrome. Le trouble est aussi révélateur d'une situation anxieuse
importante, mais aussi d'une phase d'ennui marquée. Les personnes à risque
sont aussi les personnes manquant d'affection qui trouvent dans le courrier
électronique un substitut à leur frustration, un moyen de projeter leur
désir sur un objet inanimé. Recevoir un message est une preuve que l'on
pense à vous. L'e-dépendance s'explique souvent par un complexe
d'infériorité, un manque d'assurance qui se traduit par un besoin de
maîtrise, de domination: domination sur la machine mais aussi sur les gens,
que l'on peut à loisir assaillir de courriers sans intérêt. Souvent, les
causes sont à rechercher dans l'enfance des victimes: un père trop
autoritaire, une mère possessive sont autant de facteurs pouvant expliquer
l'e-dependance chez les adultes stressés et sexuellement en quête
d'eux-même, si j'ose dire...
+ Y a-t-il des traitements ?
Le seul traitement actuel est la psychothérapie. La prise de neuroleptiques
semble inefficace. Les traitements à l'essai reposent tous sur un traitement
drastique de « sevrage ». Mais ces traitements ont des effets limités. Seuls
5% des malades parviennent à trouver au terme du traitement un substitut à
l'e-mail. En l'absence de patch (le fameux e-patch), ces substituts sont
presque pire que le mal initial: alcool, tabac, voire lecture intensive de
Proust...
e-mail (abb : mail) : Prononcer « i-meïl ». Courrier électronique.
Procédé permettant d'échanger des messages via l'Internet. De
manière générale, ajouter « e- » devant un mot quelconque suffit à le rendre
riche de sens. Ex : commerce/e-commerce, éducation/e-éducation,
popotame/e-popotame...
WAP (Wireless Application Protocole) : prononcer « wap ». Procédé
permettant d'accéder aux sévices de l'Internet sur des clients sans fil,
tels un téléphone portable. L'utilisateur de portable gagne ainsi une
qualité : le silence.
BMW : périphérique permettant de conduire en consultant son
mail.
start-up : entreprise dont le but avoué est de perdre le maximum
d'argent en faisant le minimum de choses intéressantes.
On les avait laissés, il y a de cela déjà deux trop longues années, perdus dans un labyrinthe de guitares en fusion, secoués par une rythmique chtonienne (dernier rempart contre la folie ? ). Total Bear Karnage nous revient, comme apaisé, après cette traversée d'un désert trop aride pour être véritablement stérile.
Naguère acerbe et revendicative (qui ne se souvient pas de Kish Löhren, le single coup de poing de l'album RadiKal (1975) ?), leur verve légendaire s'est muée en une flamme assurément plus glaciale, plus souterraine (underground au sens premier du terme !) : la main de fer est devenue gant de velours.
En réalité, c'est bien à une fusion réussie entre brainwash-nuclear-metal et electro-power-muffin que nous assistons avec l'arrivée dans les bacs de Iridescent Karma.
Multipliant les influences - la présence d'un sample de Pierre de (K)-Faîte sur le single InKar-Nation n'aura échappé à personne - Total Bear Karnage a su aller au-delà d'une copie sage et scolaire, sacrifiant sans hésiter les modèles encombrants et les clichés poussiéreux sur l'autel d'une expérimentation discrète mais implacable. Sacrifiés aussi furent le guitariste Bud Weiser, et le batteur François-René "K-terpillar" de la Chapelle, partis en claquant la porte. La réaction officielle de TBK a été claire : « Ils ont choisi la voie de l'hérésie ; puisse Allah avoir pitié de leur âme. »
Les prophètes du K Irisé persistent et signent, donc. Dès la chanson titre, le ton est donné : Iridescent Karma se place résolument sous le triple signe du trash-baroque, de la power-pop minimaliste et du fox à poils durs. Suit alors une alternance de titres plus ludiques (Weeterey Kar), et de plages où l'expérimentation se fait plus poussée et plus audacieuse : ID Kard, ou encore Kash & Karry, hymne glam-punk protéiforme où se dessine en filigrane une violence contenue, lovée dans les replis et les méandres de la mélodie, et qui n'est pas sans rappeler l'emblématique Burning In Hell du Cold Blood Murder période Flower Power. En Bonus Track enfin, le déjà culte Hosanna in XL6, sorte de Messe en Si sous acides, nourrie de rythmes lancinants et incantatoires, qui ravira les adeptes de KemiKal Krash (le premier maxi du TBK-1975). Un vrai régal en somme que ce nouvel opus, à découvrir au plus vite : un album à marquer d'une date blanche !(1)
1:Ne cherchez pas la contrepèterie...
Puisque la présente livraison des Inmoruptibles ne lui permet pas de s'exprimer à la mesure de son ambition et de sa valeur, le Groupe d'Observation et de Génèse Orchestrale s'efforcera d'aller à l'essentiel, dans la forme (une fois n'est pas coutume) autant que dans le fond. Il signalera donc, en une incursion concertée dans la musique savante, l'arrivée dans les prochains jours de la nouvelle tentative sonore du collectif I Dug Her, sous le label L'étang. L'opus intitulé Dasein pose cette question terrible : où nous mènent donc les chemins des bucherons ? Autant de chemins qu'il conviendra d'emprunter avec lui.
« This one's for » ...tous ceux qui font du bruit (prononcez : du BRRRRUIIIIIIIIIIIII). Same Old Shit est dans la place, dans les bacs la semaine prochaîne avec Mo O Dat Old Shit, roots et toujours aussi méchant (à noter le duo avec Dirty Old Bastard), et dans le F***-U-W/-My-Tongue Tour, où Passi n'a pas encore osé venir se fritter avec celui qui avait,...hum, émis des doutes sur sa virilité. Moi, c'est même plus des doutes ( IN YOUR FACE !!! ). Comme a dit Trotsky dans starclub au moment de la sortie US d l'album, le rap prouve bien que la subversion intérieure, ça marche à donf. Alors Passi, si tu m'entends, à mort les traitres, le peuple aura ta peau.
Britney Houston, notre idole à tous, fait son grand retour chez tous les disquaires dignes de ce nom. Si toi aussi comme moi tu as su voir en elle une grande artiste, qui ne vit que pour le public, qui est tres pro, qui le vaut bien et qui est avant tout femme, viens retrouver l'interview exclu top priorite sur mon site perso : ni le journal ni le site du journal n'ont accepté de la diffuser. Devant tant de terrorisme intellectuel et de barbarisme, je suis trop degouté. Messieurs les censeurs, apprenez que comme l'a dit un affabuliste celebre, tout vrai artiste vit aux depens de celui qui l'ecoute. Et je ne dis meme pas ca pour moi.
Dans notre prochain numéro et en exclusivité : les paroles de "Choubidou-Wah"...