Le Poisson Mort en ligne

Le Poisson Mort, qu'est-ce que c'est ?

Je vous proposerai bien une autopsie, un décorticage arrête par arrête, pour tenter de répondre une bonne fois pour toutes à cette question. Au moment où paraît le numéro 5, il serait temps, d'ailleurs, de s'y essayer.

Seulement voilà, la bête se révèle singulièrement rétive à la définition, et multiplie les faux-fuyants : « Je ne suis pas ceci, je ne suis pas cela », nous dit-elle, ou encore « je suis ce que chacun fait de moi, je suis sans doute ce qui a déjà été écrit sous mes auspices et peut-être pas encore ce qui sera écrit à l'avenir ». Bref, un objet changeant, glissant, difficile à saisir, bien que prétendument mort.

Soucieux de ne pas brusquer l'animal, je vais devoir me contenter de dire quelques mots de ce qu'est le Poisson Mort, à ce jour, pour moi, et il me faut parler à la première personne du singulier plutôt qu'en utilisant un nous qui engloberait maladroitement tous ceux qui ont participé à la rédaction de ce numéro ou des précédents et qui ont sans doute, et de plein droit, leur propre vision de la question. Voici donc quelques idées qui ne sont guère plus que des impressions ou des propositions, et qui n'interdisent rien.

- Le Poisson Mort ne se prend pas au sérieux. Il est peut-être mort de ce que l'ENS peut avoir d'étouffant, de figé, de stagnant, mais il ne porte pas le deuil et n'en veut pas à ce qui l'a tué : il en rigole et il en joue. Il pourrait mordre d'ailleurs, beaucoup plus qu'il n'a mordu jusqu'ici, et se mettre en chasse des ridicules normaliens et universitaires. Il le fera peut-être, sans acharnement et sans désespoir, ni dans l'idée que tout est pourri, mais en pratiquant la dérision avec intelligence et subtilité.

- Le Poisson Mort est d'ailleurs écrit avant tout par des normaliens, et cela pourrait aider à en faire un journal d'une grande qualité. Le normalien, en effet, qu'il soit scientifique ou littéraire, a en général été dressé pour trouver rapidement de bonnes idées et pour les exprimer de manière intéressante. Sur un plan scolaire c'est ce qui lui permet de réussir concours et examens. Mais pourquoi devrait-il se limiter à cela ? Pourquoi n'aurait-il pas de bonnes idées en dehors de l'institution scolaire, en particulier des idées plaisantes, qu'il pourrait creuser pour en tirer toute la saveur ? En outre, l'aspect scolaire de la vie du normalien peut être pour lui une source d'inspiration. Il y a dans tout savoir des éléments éminemment ludiques, qui certes ne sont peut-être pas fondamentaux pour le progrès de la science en général, mais qui peuvent permettre de rendre le savoir moins austère et même, pourquoi pas, d'en communiquer quelques éléments sous couvert de récréation.

- Le Poisson Mort est un journal grand public. Une personne étrangère à l'ENS peut en comprendre l'essentiel. Il évite les allusions que ne pourraient comprendre qu'un petit cercle d'initiés tout comme il évite les écrits trop littéraires, que ne pourraient goûter qu'un nombre réduit de personnes disposant de la sensibilité nécessaire. C'est peut-être pour cette raison que la fiction y occupe une place importante, notamment sous la forme de feuilletons.

- Le Poisson Mort est un jeu avec les différentes formes de presse et de production écrite en général, n'hésitant pas, pour son plaisir et celui du lecteur, à parodier des thèmes et des manières d'écrire de toutes sortes. De là vient sans doute son goût pour les suppléments. D'autant que souvent les idées de sujets viennent avec les idées de style.

- Le Poisson Mort est un journal ouvert. N'importe qui peut proposer un texte, participer à la rédaction d'un article collectif, travailler à la mise en page. Il suffit d'une petite heure et d'une bonne idée pour écrire quelque chose, et les bonnes idées ne sont pas si difficiles à trouver.

Voilà un édito bien long et pas vraiment ludique. Mais peut-être donnera-t-il des envies et des idées d'écriture à quelque lecteur. Reste à l'illustrer, ce que se propose de faire le numéro qui vous est offert aujourd'hui...

Olivier



Sommaire




Merveilleux Burô


L'Assemblée Générale de l'Association des Élèves de l'École Normale Supérieure, habituellement désignée par le sigle COF (Comité d'Organisation des Fêtes), devait se tenir jeudi 26 octobre à 20h30. L'auguste institution normalienne devait en particulier décider de l'attribution d’une subvention à notre journal. S'il est vrai que des discussions bien plus importantes étaient prévues, cette question intéresse tout particulièrement la rédaction, et sans doute une partie de nos lecteurs. C'est pourquoi Le Poisson Mort propose aujourd'hui son dossier économie, La Criée.

Le journal vous offre également, en collaboration avec nos amis du club hagiographie, le sonnet que voici :

Gloire au Burô

Oyez ici les noms de nos dieux adorés,
Nirm Olivier Vincent Xavier Juj et Grégoire,
Voyez comme Ils sont beaux, resplendissants de gloire,
Et tout auréolés de mille feux dorés.

Un soir de juin, par la foule et l'urne implorés,
Tandis que leurs rivaux par dépit allaient boire,
Dans le bassin sacré, aube de leur histoire,
Une première fois Ils furent honorés.

Par l'illustre Passé, par le grand Futur, ô,
Oracle éblouissant, loué sois-tu Burô,
Génie hexacéphale aux divines paroles,

Nuée féconde encor, qui pour notre bonheur,
Organise sans fin, sans fatigue et sans peur,
Notre vie dans ce lieu, l'Ecole des écoles.




Vade Mecum du scientifique thanatichthyphile


C'est bien souvent que, alors que nous démarchions les populations normaliennes en quête de rédacteurs pour le PM, nous nous sommes entendu répondre : « Mais nous, on sait pas écrire comme vous, on est des scientifiques. » Nous avons donc décidé de fournir à tout un chacun quelques trucs d'écriture facile, quelques clefs pour la rédaction.

Leçon première : du style et de ses figures (hendyadyn).

Voici une liste de quelques figures de style indispensables, prêtes à l'emploi, et accompagnées d'exemples faciles.

-La métaphore : sorte de comparaison implicite. Ex : « Ta gnôle, c'est Bambi. »
-La métonymie et la synecdoque : consistent à employer un terme à la place d'un autre qui présente avec lui un lien logique (contenu/contenant, composant/composé, etc.). La distinction entre les deux, faisant appel à la théorie des ensembles, sera abordée plus en détail dans la leçon 2429... Ex : « Le car 4 est bourrin. »
-L'identification : consiste à assimiler une personne réelle à une notion abstraite. (Inverse de la personnification.) Ex : « Amazon, ton nom est Vol. » (pseudo-Hugo)
-La personnification : consiste à prêter des traits humains à un objet inanimé. Ex : « La K-fêt est chaleureuse, riante et sympathique. » (Ce qui est aussi une antiphrase, devinez vous-même en quoi...)
-La prosopopée : Figure assez étendue par laquelle on donne la parole à un mort ou un absent. Ex : « Mon caïman de tutelle m'a dit... »
-L'antonomase : utiliser un nom propre comme nom commun pour exprimer la conformité de quelqu'un avec un archétype. « Il est très fort pour l'organisation, c'est un véritable Simonet. »
-La périssologie : énoncer plusieurs fois la même chose sous plusieurs formes. « C'est super, c'est mortel, ça pète se race, ça tue des ours !! »
-L'anadiplose : répétition d'un même terme à la fin d'une proposition et au début de la suivante. « C'est beau, la K-fêt; la K-fêt, c'est bien. »
-L'épanadiplose : symétrique de l'anadiplose. « La K-fêt, c'est beau; c'est bien, la K-fêt. »
-L'anaphore : répétition d'un même terme au début de plusieurs propositions. « La K-fêt, c'est beau; la K-fêt, c'est bien. »
-L'épiphore : symétrique de l'anaphore. Y a-t-il vraiment besoin d'un exemple ?
-L'anantapodoton : énoncer un seul terme d'un symétrie figée. « Un polytechnicien, ça ne sait ni lire. »
-L'oxymore : juxtaposition de deux termes antinomiques. « Un K-fêt man sobre. »
-La redondance : pléonasme volontaire. Il est fréquent de dire que le pléonasme est de vous, la redondance de Hugo. « Un informaticien glauque. »
-L'euphémisme : atténuation de la force d'un énoncé. « Le Pot, c'est mauvais. »
-La litote : euphémisme par double négation. « En licence, on ne travaille pas beaucoup. »
-L'hypallage : consiste à déplacer un élément, souvent un qualificatif, sur un autre terme que son antécédent logique. « Dans la K-fêt solitaire et glacée / Deux ombres tout-à-l'heure ont passé. » (Pseudo-Verlaine)
-L'éparnothose : consiste à se reprendre ou feindre de se reprendre après une faute ou un lapsus. « Bienvenue aux conscrites - je veux dire aux conscrits. »
-L'isolexisme (ou figure étymologique, ou polyptote) : figure dans laquelle on utilise à proximité l'un de l'autre plusieurs termes de la même étymologie. « À Normale, c'est anormal d'être dans la norme. »
-L'antanaclase (ou diaphore) : consiste à utiliser un même terme dans plusieurs de ses sens en même temps. « Les fonctionnaires sont soumis à de mauvais traitements. »



En.6, 268


Feuilleton policier
Épisode 5

Si vous avez manqué l'épisode précédent : Tandis que l 'accumulation des cadavres et des versions latines me pousse à abandonner ma quête solitaire, je découvre que le père de mon camarade disparu fait partie de la mystérieuse société secrète. Jeudi en début de soirée

-Oui, jeune homme, c'est pour quoi ?

J'étais là, sur son palier, sous ses yeux. Le "pater familias" : celui qui a le droit de vie et de mort sur sa progéniture. Il me souriait. Je n'eus pas le temps de réfléchir à ma réponse, et encore moins de paniquer.

-Excusez-moi... j'ai dû me tromper d'étage... pardon de vous avoir...

Mon débit fut sans doute trop rapide. Le père d'Arthur resta muet quelques secondes. Je me rapprochais maladroitement de l'ascenseur.

-Mais qui cherchez-vous dans l'immeuble, je peux vous aider, peut-être ?

L'homme était sincèrement aimable, et moi je m'en éloignais, comme d'un fauve assoiffé de sang. Je remarquai, derrière lui, deux personnes assises dans son salon, de dos ; et je commençai à ressentir dans ma gorge les effets de l'angoisse, la contraction du pharynx, le tremblement de la glotte et l'assèchement du palais.

-Non merci... non... c'est juste... au-dessus... je me suis trompé, excusez-moi.

Je n'entendis même pas sa réponse. Avant que la porte ne se referme, un de ses invités s'était tourné vers nous, et m'avait jeté un regard glacial : n'aurais-je du y voir que de l'agacement ? Je crus y déceler de la méfiance.

*

Jeudi soir

Ma tête était sur le point d'exploser, mon sang bourdonnait dans mes oreilles, et je marchais sans but précis le long de la rue des Ecoles. Je me retrouvais à nouveau abandonné à ma propre réflexion, à ma propre terreur. C'était l'heure de faire un petit bilan :

Quel rôle le père d'Arthur avait-il joué dans la disparition de son fils ?
Arthur connaissait-il ses activités nocturnes ? Et depuis quand ?
Celui-ci pouvait-il être lui aussi un adversaire du complot ?
Mais alors pourquoi Arthur s'était-il confié à moi, plutôt qu'à lui ?
Et si Arthur m'avait trompé, qu'il était du côté des conspirateurs ?
Et puis, dans quelle mesure ces derniers connaissaient-ils mon existence ?
Si j'avais été repéré, ne m'auraient-ils pas déjà éliminé, comme Arthur ?
Mais alors qui avait bien pu cambrioler ma chambre ?
Si ce n'étaient ni mes alliés, ni mes ennemis, alors qui ?
Et puis où était passé mon ami le Rêveur Solitaire ?
Combien de groupes aux objectifs distincts existait-t-il dans cette secte ?
Bon sang, pourquoi faut-il toujours qu'il y ait autant de fractions factieuses et clandestines au sein de sociétés qui sont déjà factieuses et clandestines ?

Arrivé devant la porte du 46, rue d'Ulm, mes yeux furent attirés par une affichette jaune à moitié décollée :

JEUDI 22H, SOIREE VODKA A LA K-FET

*
Jeudi, 0h27

J'étais accoudé au bar, la tête renversée en arrière, les yeux fixés sur la pendule du plafond. La manche de ma chemise trempait dans une petite flaque de vodka. Peu importait, j'étais déjà largement imbibé de l'intérieur.

Je pensais, encore et toujours, à ces hommes et ces femmes qui devaient être en train de déambuler sous mes pieds, dans l'ombre et l'humidité, tramant Dieu sait quelle intrigue. J'avais repoussé à plus tard l'idée de prévenir la police : qui m'aurait cru, au sujet d'Arthur, si son père en personne était prêt à démentir ? Qui aurait prêté une oreille à ces histoires de réseau souterrain ? Après tout, j'avais été suffisamment discret pour ne pas me mettre directement en danger, alors à quoi bon sortir de l'ombre ?

En d'autres termes, j'avais l'ivresse lâche.

- A quoi tu penses, en regardant le plafond ? Viens t'asseoir avec nous. Effectivement, j'avais besoin de parler et d'entendre parler. Je me joignis à un groupe d'amis et de personnes moins familières, dont un garçon qui semblait concentrer toute l'attention en commentant un tas de photos qui circulaient de mains en mains.

- De quoi il parle ?

- Des catacombes. Il fait des expéditions, la nuit, dans des coins fermés au public.

J'essayai de me concentrer sur ses paroles et ses images, mais le volume de la sono et l'heure tardive ne s'y prêtaient guère. Entre deux chefs-d'oeuvre des Spice Girls, je me hasardai à le questionner

- Il y a beaucoup de souterrains sous l'Ecole, autour du Panthéon, de la Sorbonne, enfin dans le coin ?

- Il y en a plus dans le sud. Mais il y en a. Pas toujours accessibles.

- Et ils n'ont rien de... particulier ?

Sa réponse se noya dans la musique. Je n'eus pas le courage d'insister, d'ailleurs il ne semblait pas comprendre mes allusions. Fausse piste.

Par désoeuvrement, je feuilletai Le Monde du soir, qui traînait sur la table. Tout, même ce maudit journal, me ramenait à la secte et au complot. Deux entrefilets semblaient m'être adressés directement, comme des signes destinés à celui-là seul qui peut les décrypter :

" MACABRE PUZZLE AUX ARENES DE LUTECE - A l'emplacement exact où, il y a quatre jours, le gardien du site découvrait un bras humain sectionné (voir notre édition de samedi dernier), se trouvait ce matin une jambe, également déchiquetée. Si la police reste muette en ce qui concerne l'identité du ou des corps, l'existence d'une piste significative ou même l'interprétation de cette mise en scène meurtrière, elle garantit aux habitants du quartier qu'une équipe de surveillance est d'ores et déjà mobilisée. "

Pauvre Oscar.

" DEMAIN, UNE MANIFESTATION des enseignants et élèves des collèges, lycées et universités est prévue l'après-midi dans plusieurs grandes villes pour protester contre les projets de loi du ministère Prosper visant à " moderniser les contenus " et à " dépoussiérer un corps qui a au moins deux siècles de retard " : premières menacées, les langues mortes. A leur propos, le ministre déclare : " au mieux, outil d'archéologue, au pire, divertissement de vieil érudit, en tout cas elles n'ont plus leur place dans l'enseignement avant le baccalauréat. " A Paris, syndicats et associations ont fixé le rendez-vous à 14h devant l'Hôtel de Ville, le défilé devant tout naturellement s'achever devant le Ministère de l'Education. "

Le rendez-vous était pris depuis déjà plusieurs jours.

*
Vendredi midi

La nécessité nous pousse parfois aux pires extrémités : mon garde-manger se retrouvant vide, j'étais allé déjeuner au Pot. Je venais de finir mon plat de viande-en-sauce-parce-que-ça-empêche-de-refroidir sur son lit de Carottes Râpeuses façon Tiédasse, j'allais entamer ma part de tarte aux framboises mal décongelée et je sirotais le vinaigre de vin rouge que mon voisin bien intentionné avais généreusement versé dans mon verre, sans me demander mon avis.

Tout à coup, je la vis, elle était en face de moi, à la table voisine. Bien sûr ! Elle était devant mes yeux depuis le début du repas, et je ne l'avais pas remarqué. Il avait suffi qu'elle me regarde avec un peu d'insistance pour que je me rappelle avoir déjà croisé ce visage. Ce menton si fin et cette peau blanche comme de la porcelaine. Ce bout de chair entr'aperçu sous une capuche, indissociable de l'éclat de la lame qu'elle portait alors à la ceinture.

C'était elle qui, dans les couloirs souterrains, m'avait demandé le mot de passe ; j'avais répondu 'E-N-6-268', elle m'avait salué en m'appelant 'citoyen'. Aujourd'hui, elle portait, posée nonchalamment sur son épaule, une fibule en guise de broche. Et elle me regardait comme si nous nous connaissions depuis des années.

Elle et ses amis se levèrent de table d'un commun élan. Le temps que je me casse les canines sur la fameuse pâte à tarte de ma cantine préférée, que j'enfile ma veste et que je file vers la sortie, elle avait déjà disparu.

Mon petit doigt me dit que j'allais bientôt avoir de ses nouvelles.

*

Vendredi, 14h

La place de l'Hôtel de Ville était noire de monde. Les habituelles bannières colorées se balançaient au rythme des slogans et des musiques crachées par des enceintes poussives et enrouées. Mais l'atmosphère avait quelque chose d'électrique. On souriait peu.

Je parcourus la foule à la recherche de visages connus. Je croisai quelques élèves de l'Ecole, des conscrits littéraires pour la plupart. Je crus apercevoir le dénommé Roman-Arouet, l'espace d'une seconde. Mais je traquais surtout la fourbe Bobb-Crespi, professeur d'ancien français à la Sorbonne, et pièce maîtresse de la sinistre partie d'échecs qui se déroulait dans les profondeurs de la Colline Sainte-Geneviève. Je la trouvai rapidement en tête du cortège, sans sa toge, et en tailleur. A ses côtés, je reconnus un professeur de latin. Et quelqu'un dont le visage m'était familier, crâne dégarni et moustache volumineuse, avec qui elle échangea un mot. Quelqu'un de célèbre, j'en étais sûr. Très célèbre, même...

-Qu'est-ce qu'ils attendent ? On devrait déjà être parti depuis dix minutes...

On piétinait, en effet.

Tout à coup, quelqu'un frôla le dos de ma main droite, celle qui portait la cicatrice en forme de X. Je me retournai : c'était une étudiante, à l'air assez agité, regardant au loin, en direction de l'Hôtel de Ville. Elle ne semblait pas faire attention à moi, et finalement s'éloigna. Fausse alerte...

Puis je sentis quelque chose de curieux dans ma poche, qui n'y était pas une minute plus tôt. Une petite enveloppe blanche, sortie de nulle part. En l'ouvrant, je découvris une carte magnétique portant l'inscription :

LABO X-27

Etait-ce la jeune fille qui me l'avait discrètement glissée dans la poche ? Je la cherchai du regard. Mes yeux retombèrent sur l'homme au visage familier, auprès de Bobb-Crespi. Je le reconnus soudain : c'était le maire du Ve arrondissement. Je fus pris d'un soudain vertige.

-Mais qu'est-ce que le maire du Ve arrondissement vient faire dans...

C'est à ce moment précis que je l'entendis - où plutôt que je la ressentis, car c'est l'onde de choc qui me fit tourner la tête immédiatement. La détonation. L'explosion. La bombe...

(à suivre...)



Courrier du lecteur


Messieurs,

C'est la mort dans l'âme que je vous écris, soyez en assuré. Que voulez-vous, ces satanés communistes de Télé 7 Jours et du supplément TV du Figaro Magazine boycottent mes courriers. C'en est trop. Rien ne va plus. Comme dit ce brave Boileau, tant va la cruche à l'eau qu'elle fait déborder le vase. Je le dit tout de go. Mais le Président Giscard d'Estaing doit se retourner dans sa tombe ! Je vais vous dire ce que c'est devenu, moi, votre Académie Nationale Supérieure: une planque à chômeurs, une auberge pour traîne-savates. Ah, la jeunesse, quelle fléau ! Regardez " Les Chiffres et les Lettres " : tout est chamboulé depuis l'arrivée du petit Romejko. Quelle chienlit ! Méfiez-vous, je connais des gens placés très haut (mon gendre a un collègue qui connaît le maire de Calais : oui, oui, oui) et je pourrais même avoir l'idée de rédiger une petite missive au Ministère de l'Information... Tenez-vous le pour dit ! Et, vous l'aurez deviné, je ne renouvelle pas mon non-abonnement. Ou plutôt si : je le renouvelle, étant donné que je reste non-abonné. Oh, et puis zut.

Hercule Boifré

(N'essayez pas de retrouver ma trace ; de toute façon, c'est un faux-nom)

PS : j'ai omis de vous dire pourquoi je vous écrivais, d'ailleurs je ne m'en souviens plus. Que cela vous serve de leçon.




photo L'horoscope de Gisèle Ablette

Bélier (21 mars-20 avril)

Amour: il ne se passe toujours pas grand chose côté coeur . La semaine prochaine peut-être ? Santé: vous serez dans votre bonne forme habituelle mais n'exagérez pas: les journées n'ont que vingt-quatre heures. Travail: bon courage.

Taureau (21 avril-21 mai)

Mauvaise semaine en perspective. Vous allez perdre votre Tata Lulu qui habite Bar-le-Duc. Mardi, en sortant de votre bureau, 25, rue des Hortensias, vous manquerez d'etre tué par un chauffard au volant d'une Mercedes. Vous vous en tirerez avec un bras cassé. Jeudi: dépêchez-vous ou vous raterez le train de 18h04 pour Châteauroux.

Gémeaux (22 mai-21 juin)

Bonne nouvelle ! Cette semaine est placé sous le signe du bonheur: il se produira un evenement agréable pour vous... Ou en tout cas quelque chose de bien... Ou un point positif... Quelque chose de pas trop mal, quoi...

Cancer (22 juin- 22 juillet)

Votre santé ne laisse pas de m'inquiéter: attention a votre digestion, couvrez-vous bien la gorge et évitez les courants d'air. Vous avez beaucoup trop tiré sur la corde ces derniers temps et la conjonction Jupiter-Neptune est une invitation a lever le pied.

Lion (23 juillet-23 aout)

Beau temps en perspective cette semaine pour les natifs du troisieme décan. Pour les autres, il fera nettement moins beau. N'oubliez pas de mettre les meubles sur des cales.

Vierge (24-aout- 23 septembre)

Le trigone Mercure-Venus-Neptune forme un carré dans la maison du Lion. Cela annonce une rentrée d'argent. Natifs du deuxième decan, attention à la marche.

Balance (24 septembre-23 octobre)

Vous avez un excellent équilibre mais attention à votre surcharge ponderale: surveillez plus sérieusement votre alimentation et n'oubliez pas que l'alcool bu sans modération est père de tous les vices.

Scorpion (24 octobre-22 novembre) Le signe du mois !

Travail: cessez donc de faire votre intéressant alors que vos collaborateurs ne peuvent plus vous souffrir. Vie affective: vous êtes au stade zéro. Chance: pas de chance. Santé: avez-vous pensé au viager ?

Sagittaire (23 novembre-21 decembre)

Amour: il y a du coup de foudre dans l'air; grande rencontre pour le (ou la) célibataire et stabilisation pour le (ou les) couple(s). Sortez couverts et ouvrez l'oeil. Argent: si vous n'en avez pas, oubliez ce que je viens de dire. Santé: à vos souhaits.

Capricorne (22 decembre-20 janvier)

Amour: cessez de faire des caprices ou votre conjoint va devenir chèvre. Travail: il y a de l'électricité dans l'air. N'oubliez pas d'achever le rapport que vous a commandé votre superieur hierarchique et d'entretenir de bons rapports avec vos subordonnés, sauf si vous êtes officier dans l'armée. Surtout, rappelez-vous que rien n'aboutit jamais sans efforts redoublés. Que ceci soit pour vous une leçon... Santé: à la vôtre.

Verseau (21 janvier-18 fevrier)

Travail: vous ne voulez pas vous mouiller et vous avez raison car prudence est mère de sureté. Malgré tout, l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt et on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Votre thème est favorable mais il ne tient qu'a vous de l'améliorer. Argent: oubliez ça, l'argent ne fait pas le bonheur. Amour: prenez garde, car plus le désir s'accroit, plus l'effet se recule.

Poissons (19 fevrier-20 mars)

Vous risquez gros à vous aventurer au centre de votre bassin. Chutes de corps prévisibles aux alentours du 26. Vous pourrez cependant faire des rencontres percutantes. Et n'oubliez pas qu'il n'est pas infâmant pour un Poisson d'être mort, surtout quand il est natif du premier décan.



Une nouvelle vie pour Ada


Résumé des épisodes précédents : la gentille Ada est tombée entre les pattes d'un type qui comme il est son patron ben tout de suite ben sûr il veut l'amener dans son bureau oh la la la la.

Dugras introduisit Ada (dans son bureau) et, lui faisant face, planta ses yeux fauves dans ceux d'Ada, d'où jaillissait le plus pur azur (en se penchant bien, on aurait pu y voir quelques oiseaux et même un avion de chasse américain).

- Eh bien, mon petit, commença Bibi, vous voilà à mon entière disposition !

- Comment j'dois comprendre c'que vous dites ? minauda Ada, palpitant furieusement des -faux- cils.

- C'est vous l'interprète ! retorqua Dugras en éclatant d'un rire - gras, et en fixant la pauvrette de telle façon qu'une délicieuse teinte pourpre envahit ses joues, qui de roses devinrent pivoines. (Note de l'éditeur : mais où l'auteur va-t-il chercher tout ça ? Note de l'auteur : faut-il vraiment un -s à "pivoines" ?)

Cependant, l'auteur cessa de travailler sa victime (note de l'éditeur : l'auteur emploie le verbe au sens ancien de "tourmenter"), s'assit en boudha sur le trône mérovingien qui lui servait de fauteuil (tout ça est bien éclectique) et, ayant croisé les bras sur sa large poitrine fascinatrice,

1. se mit à murmurer :

"Cette nuit, j'ai fait un rêve : je chevauchais avec une blonde jeune fille en croupe, et nous traversion de riantes vallées où coulaient des fleuves de lait."

2. prononça clairement, l'air martial :

"Cette année, Dugras et Cie a exporté 50000 tonnes de saucisse fraîche, conquis une part importante du marché charcutier japonais et lancé ses camions de transport sur les autoroutes du cyber-commerce. Travailler chez nous représente un honneur dont vous pouvez tirer gloire."

3. tint à Ada ce discours :

"Mon enfant, j'ai l'air encore bien dru (cf. l'épisode précédent) et cependant, j'approche de la quarantaine : arrivé au milieu du chemin de ma vie, j'ai égréné mon chapelet de saucisses sans que me vienne la paix, et je désire savoir s'il n'existe au monde une autre fleur de sagesse."

Ada, submergée par ce monologue telle une plaine inculte par un fleuve nourricier (cf. la première note de l'éditeur quant à la folle inventivité de l'auteur), tâcha vainement d'ordonner ses idées dans sa tête : celle-ci étant d'une linotte, elle ne saisit pas qu'il s'agissait ici de faire un tri, et contempla Dugras avec des yeux si écarquillés que l'avion de chasse se perdit.

Notre douce et tendre héroïne, quoiqu'éclatante de grâce et de beauté, n'étant pas une lumière, l'auteur délègue à son lecteur la tâche de comprendre quelles orientations s'offrent maintenant aux deux personnages :

1. Suivre le cours des fleuves de lait et s'enfoncer dans les méandres d'une romance nauséabonde car fortement teintée d'érotisme (ce qui répugne certes au puritanisme de l'auteur.)

2. S'embourber dans les marécages d'une leçon sur le commerce saucissier international, où l'auteur doit nécessairement sombrer, entraînant son téméraire lecteur derrière lui.

3. S'engager sur les voies sinueuses d'une quête mystique, solution qui sourit ô combien à l'auteur, qui a personnellement connu Confucius, et qui a fait samedi dernier la tournée des boîtes gay avec le dalaï lama.

Le lecteur peut certes communiquer au journal qu'elle est sa préférence quant au destin d'Ada. L'auteur, se méfiant des instincts libidineux de certains, se réserve toutefois le droit de maintenir fortement son héroïnes hors des ornières du vice, la protégeant des forces tentatrices, lui montrant du doigt l'étoile orientatrice, la relevant si elle tombe. (Note de l'auteur : que le lecteur ne conçoive cependant pas trop d'espoir à cet endroit ; note de l'éditeur à l'intention de l'auteur : superbe clausule !) suite



Le Manuscrit Peabody

Avis au lecteur:

Ce texte reproduit celui d'un petit carnet manuscrit, maculé de traces brunâtres et portant le nom "Lester PEABODY" inscrit sur la face intérieure de la couverture trouvé chez un antiquaire entre les pages d'un livre d'occultisme. Il est traduit de l'anglais.

Je profite de mes dernières forces pour décrire précisément les semaines qui ont bouleversé ma vie et m'ont jeté dans cet abîme d'horreur dont je ne puis revenir. Il me reste peu de temps, et l'humanité doit savoir quelles abominations ont lieu dans certains endroits secrets disseminés dans les villes, dans les cimetières, près de vous, chez vous peut-être. Que du moins cette révélation atténue l'angoisse des derniers moments qu'il me reste à vivre.

Je suis né le 10 octobre 1906, à Providence. J'ai coulé des jours paisibles, choyé par ma mère, Eleonore; mon père, Peter Peabody, se montrait moins expansif, mais je sentais, sous sa réserve habituelle, un sentiment affectueux qui le liait à moi. Nos rapports ne furent pourtant jamais réellement ceux qu'un père et un fils eussent pu lier au sein d'une autre famille; c'est pourquoi, à sa mort, en 1925, mon chagrin passa rapidement sans que ma mère osât critiquer mon manque de sentiment filial. J'avais 19 ans et je me sentais une force surhumaine; j'étais attiré par la science, et les nouvelles découvertes sur l'essence de l'univers et ses multiples dimensions me passionnaient, passion que ma mère réprouvait sans raison valable, me préférant un destin plus matériel: avocat, professeur; elle m'aurait même vu charpentier, du moment que je choisissais une activité "pratique", "les deux pieds sur terre". Elle semblait avoir en horreur tout ce qui n'était pas conventionnel, terre-à-terre, tout ce qui avait des visées métaphysiques ou même spirituelles. Elle pestait contre les prêtres, "ces irrationnels qui ne comprennent rien à rien et vivent la tête dans les nuages", ce qui ne l'empêchait pas d'aller tous les dimanches à l'église honorer une pratique sociale très conventionnelle.

Dès lors, sa réaction brutale, à l'automne 1926, à la lecture du Providence Advertiser, ne put que m'étonner grandement. Nous étions tranquillement installés dans le salon, elle, assise dans le fauteuil de feu mon père, moi, négligemment allongé sur un divan, à écrire quelques lettres; quand soudain elle se redressa, livide, en poussant un hurlement de terreur, et tomba évanouie sur le sol. Je sonnai la gouvernante et la relevai sur son fauteuil, et tandis que Margaret tentait de la réanimer, j'examinai avec curiosité la page du journal qu'elle avait froissé et rejeté loin d'elle, comme par un mouvement instinctif de panique. Il s'agissait de la page des faits divers, et rien de particulier n'attira mon attention si ce n'est ceci:

"NOUVELLE PROFANATION DE TOMBE À PROVIDENCE.

Le cimetière de Providence fait à nouveau l'objet de visites nocturnes, après les bris de pierres tombales et les scènes de réunions sataniques qui ont eu lieu ces derniers jours. Malgré la vigilance de la police, alertée par des voisins se plaignant de musique et de chants venant du cimetière tard dans la soirée, la tombe de Philip Donovan a été profanée cette nuit, et le corps a été emporté. On se souvient des circonstances de la mort de P. Donovan; quelque secte sataniste aura-t-elle voulu récupérer son corps pour lui rendre un culte? La police préfère voir ici l'action d'un malde mental isolé, puisque la terre a été creusée à la main et que l'on a vu un homme s'éloigner furtivement du cimetière, sans que les chiens qui l'avaient repéré soient parvenus à le rattraper. Il s'agirait donc de deux affaires distinctes."

Pourquoi cet article aurait-il fait un tel effet à ma mère? Quand elle revint à elle, je n'osais l'interroger, de peur de la brusquer; elle allégua une trop grande fatigue, aggravée par sa tension nerveuse, pour expliquer sa crise, et alla se coucher. Je n'entendis plus parler de cet évènement, mais l'attitude de ma mère se trouva changée à partir de cette lecture. D'un naturel calme et aimant, elle commença à se replier sur elle même. Elle paraissait sans cesse inquiète, se taisant brusquement pour écouter un bruit au loin, l'aboyement d'un chien, le grincement d'une porte, puis reprenait le cours de la conversation comme si de rien n'était. Une profonde fatigue se lisait sur son visage, et je l'entendais souvent marcher de long en large dans sa chambre, contiguë à la mienne, ou se retourner dans son lit, cherchant le sommeil. Chaque jour son teint se faisait plus terne, et elle, qui semblait avoir conserver une éternelle jeunesse, faisait maintenant plus que son âge.

C'est à cette époque que des disparitions de jeunes gens eurent lieu à Providence et dans les alentours, comme il y en avait déjà eu quelques années auparavant; ma mère m'en avertit, et me conseilla de moins sortir. Je lui obéis, plus pour soulager d'une angoisse supplémentaire cette femme que je retrouvais, chaque fois que je sortais, torturée par l'attente derrière la porte que par respect filial, mais je n'aimais pas passer mes nuits à la maison, car des rêves étranges et récurrents empoisonnaient mon repos, me laissant quelques vagues souvenirs de demeures décrépies, de chants obscurs et d'objets indéfinissables. Au moment des fêtes, son état s'améliora: elle reprit des couleurs, s'accorda du bon temps, et les présents que je lui offris semblèrent la combler de joie. Mais, le matin du 2 janvier, elle reçut une lettre. L'écriture sur l'enveloppe la fit frémir; elle la serra contre elle et s'enfuit pour s'enfermer à clef dans sa chambre. Je la suivis, tentai d'entrer, mais seuls de longs sanglots répondirent à mes appels.
suite



Regards psychanalytiques sur le dernier James Bond:


La vie ne s'arrête qu'une fois (Life stops only once )


Résumé:

L'association ultra-secrète DEATH, dirigée par le terroriste crypto-communiste Werther Blitz, s'empare d'un sous-marin américain en l'hélitreuillant à l'aide d'un gigantesque électro-aimant. Au terme de cette époustouflante séquence d'ouverture, nous apprenons, la gorge nouée, que le sous-marin contenait 5 ogives nucléaires dirigées chacune sur une des 5 cités les plus importantes au monde (New-York, Washington, Miami, Los-Angeles, Paris(Texas)). Un duel sans merci s'engage entre Blitz et James Bond.

Notre avis:

Le dernier épisode des aventures de l'espion au permis de tuer est un régal pour le cinéphile. Outre l'originalité du scénario et le suspense à vous couper le souffle (jusqu'à la dernière minute, le spectateur se demande si James Bond réussira à désamorcer les bombes), un soin tout particulier a été apporté à la dimension psychologique des personnages.

Ainsi, le personnage de Werther Blitz, chef de l'organisation DEATH, est criant de vérité. Orphelin de père et de mère (sa mère est morte en le mettant au monde et son père a été assassiné par le MI5 [services secrets britanniques]), Werther Blitz tente à travers ses actes terroristes d'accomplir un oedipe inassouvi et inatteignable. Les scénaristes et le cinéaste ont fait montre d'une grande habileté et d'une retenue toute particulière dans le traitement psychanalytique des rapports entre les personnages (et en particulier entre Bond et Blitz).

En premier lieu, le nom de Blitz lui-même, qui signifie "éclair" en allemand, est révélateur. En effet, et de façon évidente, l'éclair est cette décharge qui ensemence la terre, terre nourricière, terre/mère, terre/matrice. En ce sens, l'époustouflante séquence de la tempête en pleine mer (qui peut s'orthographier également pleine mère) n'est évidemment présente que pour sa charge symbolique toute particulière.

En effet, c'est de toute évidence à un viol que nous assistons, le viol de la mer/mère par le ciel/Zeus/père. Avec nous, Werther (référence explicite à Goethe...) assiste, impuissant, à cet accouplement forcé et violent (symbolisme de l'orage) de son père et de sa mère tous deux disparus. Symbole de l'inassouvissement de l'oedipe de Werther, la scène de la Tempête est encadrée par des séquences de beau temps. Le génie du réalisateur éclate pleinement dans cette trouvaille: puisqu'il n'était pas a priori évident que le beau temps allait succéder à l'orage, cela signifie que nous nous trouvons face à un signal fort de l'auteur. Dans le premier cas, il s'agit littéralement du calme qui précède la tempête, dans le second cas d'une tristesse post-coïtale. Ces deux accalmies s'opposent résolument à la violente excitation qui s'empare de Werther devant le spectacle de la tempête. La raison de cette rage, qui culmine dans l'éxécution de trois mercenaires (une trinité, soit dit en passant...) qui refusaient d'exécuter les ordres, est évidemment à rechercher à la fois dans l'excitation sexuelle qui s'empare de Blitz devant le viol de sa mère, et dans la jalousie que provoque en lui le fait que le violeur est son propre père. Notons que dans le cas de Blitz, l'oedipe se double d'un fantasme de domination (à mettre en relation avec son impuissance) et d'un refus de l'insoumission. En outre, la gradation que l'auteur a introduite dans la colère de Blitz, magnifiquement interprétée par Gary Oldman, est clairement symbolique d'une montée orgasmique qui culmine dans le meurtre des trois hommes. Il y a donc clairement une association plaisir sexuel/mort, que l'on peut résumer à l'équation sexe/mort.

Ce rapport sexe/mort découle directement du rapport fils/père, rapport entre le père mort et le fils sexuellement immature (d'autant que la mort du père a coincidé avec la phase anale du fils).

Autre scène exemplaire, le duel final. Bond est ligoté fermement dans la salle des torpilles du Sous-Marin et assiste impuissant à la pénétration des ogives dans leur matrice. Cet intromission d'objets éminemment phalliques est le point de départ d'une mise en abyme remarquable: Werther viole le Sous-Marin, et ce sous-marin-phallus viole la mer/mère. Par transitivité, on obtient le résultat: Werther viole la Mère. Blitz accomplit donc ainsi la moitié de son oedipe. Par ailleurs, en tuant Bond, émanation du MI5, Blitz tuerait le meurtrier de son père. L'equation se résumerait alors à: Blitz tue Père. On aurait donc résolution totale de l'oedipe.

Evidemment, Blitz ne tue pas Bond, c'est même l'événement contraire qui survient: Bond tue Blitz, à la surprise générale. On a donc pour t---->+oo Bond/Père = Blitz/Fils = Sexe/Mort. D'où Bond/Blitz - Père/Fils = 0, ce qui signifie que le rapport entre Bond et Blitz tend vers un rapport Père/Fils quand le film touche à sa fin.

Par ailleurs, on a Bond/Sexe = Père/Mort et Blitz/Sexe = Fils/Mort, ce qui est révélateur de la radicale opposition qui existe entre les rapports des deux personnages aux choses du sexe: Bond, Père viril et autoritaire, séducteur de créatures de rêve pratiquement toutes vouées à une mort rapide, et Werther, Fils impuissant et immature, castré par la toute-puissance du Père/Bond.

Impuissant face aux femmes, qu'il traite comme des objets, Blitz est incapable de donner de l'amour tout au long du film, sauf lors d'une séquence à forte teneur psychanalytique où Werther prodigue des caresses appuyées au canon de son révolver, dans une longue scène éminemment masturbatoire.

Poussons plus loin le raisonnement. Puisque la mère de Blitz est morte en couche, on peut poser Fils = Mort (on a donc en passant Blitz/Sexe = 1 donc Blitz = Sexe, ce qui vérifie avec éclat nos assertions), ce qui entraîne Bond/Père = Blitz/Mort.

Or Bond/Père = (Bond/MI5)x(MI5/Père)
= (Bond/MI5)x(M/Mort) où M est le chef du MI5
d'où Bond/Père = (Bond/Mort)x(M/MI5) = Blitz/Mort
Comme M/MI5 ~ 1 et Bond = 007, on a donc
Blitz = 007 = Bond et Père = Mort

Le père castrateur est donc clairement la mort et lorsque t---->+oo (i.e. lorsque le film touche à sa fin), on a Blitz---->Bond. D'où pour t---->+oo Fils = Père = Blitz = Bond = Mort = Sexe (on rappelle que [Fils = Mort] => [Blitz = Sexe]).

Il reste certes à calculer le rapport Mère/Sexe, mais il ressort tout de même de cette étude que les personnages masculins du film tendent tous vers une limite meurtrière, tandis que le rapport Mère/Père tend vers 0 tant la domination du père est grande (cf scène de la Tempête).

Finalement, l'accomplissement décalé de l'oedipe de Blitz se double d'une identification du père et de Bond, ainsi que d'une identification au père (donc à Bond). On retrouve bien la relation oedipienne classique: Père/(1+Mère) = Fils ~ Père en négligeant le rôle de la mère (Annäherung der oedipischen Gleichung mit der Minimumsmethode, Winterschwein K., Mathematische Psychoanalyse Zeitung, 1976).

Pour conclure, on reste stupéfait devant la maestria avec laquelle le réalisateur a su peaufiner ses plans, tous hautement significatifs: les canons et les obus succèdent aux coffres et aux galeries, ces galeries mènent au jour (symbole de naissance, de renaissance, voire de résurrection (?) -- on a donc Père = Dieu = Zeus = Eclair = Blitz = Fils, d'où Père = Fils ce qui est bien le résultat attendu), les explosions représentent des éjaculations destructrices donc non fécondes, et évoquent ainsi les plaisirs solitaires auxquels se livre vraisemblablement Werther. Quand aux combats, ils sont filmés comme des scènes d'amour (les duels Bond/Blitz ajoutent donc une ambiguïté incestueuse à leur rapport).

Devant une telle profusion de signes adressés au cinéphile, on ne peut qu'être enthousiaste. Ce film est la preuve que le vrai cinéma d'auteur n'est pas mort, n'en déplaise à certains.

Un petit reproche cependant à ce film exemplaire: l'intrigue est un peu tirée par les cheveux...

Blitz faisant pénétrer les ogives
dans leur matrice
- Cette fois-ci c'est la fin, Bond



Poisson Mort - dollar La criée Poisson Mort - euro

Dossier économique du Poisson Mort

Le conseil économique du mois

Potentialités insoupçonnées d'une nano-économie souterraine

Le monde économique d'aujourd'hui est un monde qui bouge. Et comme bien souvent dans l'histoire des cycles économiques, c'est l'inovation qui peut être la clef de voute d'un nouveau trend de croissance. Nous vous en présentons un exemple ici, probablement le gisement d'emplois de la décennie à venir. Saisissez les opportunités !

Le principe de base :

Il est de la simplicité (apparente) qui si souvent dans l'histoire économique a caractérisé les véritables inovations. Acheter séparement des enveloppes, d'une part, des timbres, d'autre part. Coller les timbres sur les enveloppes. Les vendre comme : enveloppes timbrées.

L'analyse du spécialiste : La valeur ajoutée évidente entre input et ouput justifie largement la marge du revendeur qui est bien en réalité un producteur. On peut analyser la situation comme innovation de produit, ou bien comme concurence monopolistique - il y a certes rente monopolistique, du moins tant que l'on est seul sur le marché, mais il existe des substituts : le consommateur peut procéder librement aux arbitrages qui lui permettront de maximiser son utilité. Pour rester dans cette situation, il s'agit évidemment de trouver les stratégies gagnantes qui conserveront au produit sa spécificité.

Partant de ce principe de base relativement simple, apparaissent, dans un contexte de concurrence dure et parfaite [note de la rédaction : une coquille probable (pour concurrence pure et parfaite) que nous n'avons cependant pas osé corrigée, faute d'avoir pu joindre l'auteur, parti pour le Lichtenstein], des profils professionnels diversifiés, tant en terme de filière que de qualifications.

L'option petits budjets / débrouille déréglementée

Enveloppe et timbres de base. Vente à la sauvette dans le métro ou tout autre lieu public.
On peut commencer à accumuler un capital-sympathie à condition d'avoir le bagou suffisant pour justifier la valeur ajoutée et la marge conséquente susdites.

L'option petits métiers d'aujourd'hui

Le timbre est collé sur l'enveloppe devant le client, et à la demande. Une relation de service s'instaure.
La meilleure option pour le capital-sympathie, qui permet en outre de fournir le seuil nécessaire et suffisant de lieux communs qui alimentent les conversations et les articles de journalistes débutants, avec une variété de registres intéressante : nostalgie, populisme, esclavagisme, etc.

L'option artisanat

C'est le métier - au sens de savoir-faire technique - qui est au centre de cette option. Un outil s'impose : l'appli-timbre (voir schémas et notices).

Appli-timbre ouvert Appli-timbre fermé Faites vous-même votre appli-timbre L'appli-timbre il y a 250 ans

Dans la complicité homme-machine se peaufinent quotidiennement précision et fini du geste. Le badaud est béat, l'attroupement se crée : vous produisez du lien social... (et des enveloppes timbrées).
L'artisanat première entreprise de France, martèle avec provocation une campagne de publicité récente... L'accumulation d'un capital social par insertion dans un quartier garantit une fidélisation de la demande. Dès lors que l'activité s'est développée (création d'une confédération des applicateurs de timbre indépendants), demander la création d'une licence professionnelle dont vous contrôlerez le contenu.

L'option personnalisation du produit

Des petits plus qui font gagner (et qui ne coûtent pas cher). Ecrire les adresses sur demande (réclamer alors une subvention à la Mairie pour soutien des illettrés). Dessiner à la main les petites cases pour le code postal. Proposer des enveloppes de couleurs, formes, dimensions, contenus différents (cf option escroquerie).
Relisez le passage relatif à la concurrence monopolistique : vous n'aviez rien compris la première fois, essayez encore.

L'option PME

Deux secrétaires vous assistent : la blonde colle les timbres (sans appli-timbre), la brune prend les rendez-vous et écrit sur demande les adresses sur les enveloppes (pas sur les timbres, elle n'est pas blonde). Toutes deux portent un badge. Vous êtes le directeur, seul habilité à assumer la relation avec le client, qui est d'ailleurs flatté par cette marque de considération.
Le partage de la valeur ajoutée peut devenir un enjeu sérieux. Ceci mis à part, c'est une option à recommander, qui peut ouvrir de larges perspectives. Attention toutefois : dans la convention collective, imposer l'usage de rouge à lèvres anti-taches pour la secrétaire blonde. Pour ne pas être accusé de discrimination, nommez cette dernière : secrétaire à la direction des timbres.

L'option industrielle

Désormais vous contrôlez toute la filière : c'est dans vos usines que sont fabriqués timbres et enveloppes et que les timbres sont appliqués à la chaîne par des appli-timbres automatisés.
Si vous détenez le monopole ou si la confédération patronale est suffisament organisée, obtenir une réglementation du marché qui permette d'interdire définitivement les vendeurs à la sauvette et autres débrouilles déréglementées.

L'option multinationnale

Vous vous implantez dans les pays en voie de développement, du moins pour la fabrication des timbres et des enveloppes, et non pour le collage, qui exige un capital humain beaucoup plus élevé : celui-ci doit être implanté sur des sites d'excellence comme la bien connue Stamp Valley.
Le spécialiste a justement choisi cette voie et vous informe que ça marche pour lui, merci.

L'option nouvelle économie

Votre start-up propose aux internautes de commander leurs enveloppes timbrées par mail. C'est l'entreprise qui dans une enveloppe timbrée envoie une ou plusieurs enveloppes timbrées.
Une option tout particulièrement recommandée pour les jeunes, et en particulier pour les élèves de grandes écoles qui veulent se familiariser avec les paradoxes de la nouvelle économie.

L'option prospectives

Une révolution à anticiper sur le marché : le Do It Yourself. Vous vendez un kit contenant une enveloppe et un timbre : le client peut coller lui-même le timbre sur l'enveloppe.
Marginal, mais appelé à des succès de mode. Des périodes de protestation contre l'emprise croissante du marché et contre le tout industrie sont en effet à prévoir. Une demande réelle s'exprimera alors en faveur d'un retour aux gestes simples.

LES PLUS DE LA CRIEE : L'OPTION ESCROQUERIE SOUS COUVERT DE BONNES OEUVRES

Faire décorer les enveloppes par des enfants, en association avec des écoles. Faire vendre ces mêmes enveloppes, mais timbrées, par des mères de famille bénévoles. La vente se fait au profit de l'UNICEF, elle est éventuellement déductible d'impôt. Vous assurez la gestion administrative du projet, de façon purement désintéressée. En vérité vous ne reversez qu'une somme dérisoire à l'UNICEF chaque mois, entre un et dix francs maximum, et vous gardez le reste. Penser aux sorties de messes pour la vente.

Mondial de l'appli-timbre Paris - Porte de Versailles - 16-19 décembre
La Poste - Ericson



Test :


Quel looser êtes-vous ?


1 Vous vous levez.
a Zut, il est 9h moins cinq, il va falloir prendre la douche après le petit pot. Trop dur !
b Chouette, aujourd'hui vous êtes juste dans les temps pour le petit pot de midi !
c Il est 12h 35, vous n'avez plus de ticket de pot. Pas de problème, il est encore temps de passer en acheter. Sauf que l'on est mercredi...

2 Si vous vous êtes levé aujourd'hui, c'est pour enfin aller en cours. Vous avez pris de bonnes résolutions.
a Mais finalement, votre lit est quand même plus attirant. Vous vous recouchez.
b Le cours a changé d'horaire, on ne vous dit jamais rien. Deux heures et deux tickets de métro plus tard, retour à la case départ, déprime en plus.
c Vous en ressortez en ayant tout compris, et même rattrapé les trois cours précédents; Pourquoi y aller plus d'une fois par mois ?

3 Cette année, vous décidez d'expérimenter les joies de la colocation.
a Le 87ème appartement visité est enfin le bon. Victoire !
b Vous allez signer, enfin. Mais où avez-vous mis ces fiches de paye ?
c En attendant de trouver l'appartement de vos rêves, vos futurs colocataires ont trouvé des solutions provisoires... qui finalement leur plaisent assez. d Vous trouvez tout de suite grâce à votre amitié avec les Tibéri.

4 La dernière fois que vous avez croisé votre directeur de maîtrise/DEA/thèse.
a Hier, au séminaire.
b A un pot de thèse, espérons qu'il ne s'est pas aperçu de ce que vous aviez bu !
c Il était 9h du matin, c'était après un petit pot post soirée. Des tâches suspectes ornaient vos vêtements. Vous titubiez en direction de l'arrêt de bus quand quelqu'un vous est rentré dedans (ou bien c'était le contraire ?). Sur le moment, vous avez cru le reconnaître, et le doute vous a taraudé toute la journée. N'était-ce pas votre directeur se dirrigeant de bon matin vers la bibliothèque ? Depuis, vous n'avez pas osé reprendre contact...

5 Habituellement, vous passez vos soirées :
a à bosser, l'agreg c'est dans deux ans, quand même !
b à jouer à xkobo en salle S.
c à la K-fêt, jusqu'au petit pot.

6 La dernière soirée Tek Paf, vous avez bu :
a Rien du tout, de toute façon vous n'y allez jamais, c'est trop naze.
b 6 Teks Pafs, vu que la 6ème est gratuite (tout comme la 11ème, la 16ème...)
c 15 Teks Pafs, avant de vous écrouler.

7a (Pour les mecs) En soirée, vous avez repéré une jeune fille qui vous plaît et qui semble ne pas être totalement insensible à votre sourire.
a Il est 2h, vous allez vous coucher parceque demain, il y a cours.
b Vous allez boire un verre pour vous donner du courage, et vous tomber sur votre vieux pote Gérard, qui vous offre les trois suivant. A la fin, vous n'êtes plus vraiement décent à regarder...
c Vous allez l'aborder et vous lui faites part de votre amour inconditionnel pour Proust. Un bel exposé de deux heures qui étrangement semble la laisser insensible.
d Une demi-heure plus tard, vous connaissez tout d'elle y compris son numéro de téléphone. Et puis vous l'avez invité à dîner le lendemain soir.
e Vous dansez ensemble toute la nuit. La prochaine fois, vous lui addresserez la parole, c'est promis...

7b (Pour les fille) Le petit blondinet, vous vous dites que vous ne dormirez pas forcément dans la baignoire si...
a. Il est 2h, vous allez vous coucher.
b. Après l'avoir cherché partout, vous le retrouvez enfin planté au bar avec son pote Gérard, complètement éméché. Encore un alcoolo...
c. Une demi-heure plus tard, vous savez tout de lui, vous lui avez laissé votre numéro, et il vous a invité à dîner le lendemain.
d. Laissons-le m'aborder... Trois heures plus tard : bon, il se décide ?
e. Trop tard, Gertrude l'a abordé. Ca ne se fait pas entre copines.

8 Votre plus belle loose ces derniers jours :
a. Panne d'oreiller, vous avez raté une demi-heure de cours.
b. Vous avez oublié un rendez-vous avec celui/celle de vos rêves. Forcément, une heure plus tard, il/elle est parti(e).
c. Vous n'avez pas vu le stop... Evidemment, la voiture que vous percutez est en fait une fourgonnette de police... Le temps du constat, c'est déjà trop tard pour cet entretien d'embauche... De toute façon vous glissez sur un étron canin et vous ruinez votre costume acheté pour l'occasion. Vous n'êtes plus présentable. Epuisé, vous vous posez par terre et un clochard vous tend charitablement son litre de rouge. Tout n'est pas si noir !

Question a b c d e
1 0 1 3
2 1 3 -1
3 2 3 4 -1
4 0 1 5
5 1 2 3
6 0 1 3
7a 3 2 3 -2 1
7b 3 2 -2 1 3
8 0 2 10

Moins de 10 points : Vous vous croyez looser, mais ce test aura rétabli la vérité vraie. Comme tout un chacun, vous avez aussi des jours difficiles. Mais ne mettez pas trop en avant vos looses. Vous risquez d'énerver vos amis moins en veine.
10 à 20 points : Vos performances font de vous un vrai looser. Ce n'est pas que vous faites exprès de vous lever du pied gauche, vous avez deux pieds gauches. Il va falloir apprendre à vivre avec : laissez aux autres les activités les plus risquées, faites moins de chose. Votre mot d'ordre : garder profil bas !
20 à 34 points : Un ami ! Un conseil : pour l'instant, restez chez vous. La vie est dure, mais rassurez-vous : au moins, ça ne peut que s'améliorer.
Plus de 35 points : Apprenez à compter ! Même en comptant vos points vous arrivez à looser. Désolé, je ne peux plus rien pour vous.



Devinette


Réponse de la devinette du n°4 : En 1985, le Vatican a déclaré que les personnes souffrant d’allergie au gluten, ingrédient selon cette instance indispensable à la composition de l’hostie, ne pouvaient prétendre au sacerdoce.

Devinette du n°5 : Quel est le premier sport au monde par le nombre de licenciés ?



Labyrinthe


labyrinthe (recto) labyrinthe (verso)

La solution la plus courte (établie par Denis).




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