Le Poisson Mort est déjà de retour, et avant même d'avoir fini la
lecture de cet édito sans intérêt, vous allez pouvoir satisfaire votre
curiosité en vous jetant sur le second épisode de notre feuilleton
policier. N'espérez pas sortir ce cette lecture apaisé, les vrais
ennuis ne font que commencer pour le narrateur.
Vous découvrirez dans ce même numéro deux nouveaux feuilletons. L'un
vous emmenera à la découverte de la rue d'Ulm en l'an 2130, l'autre
vous fera vibrer avec un personnage terriblement attachant : Ada.
Pour le reste, c'est à vous de le découvrir, avant de nous rejoindre
pour l'élaboration des prochains numéros.
D'ici là, bonne lecture !
C'est avec satisfaction que le musée du Moyen-Âge, actuellement en plein essort, a pu mener
à terme son projet de rachat des bâtiments de la Sorbonne, voisins des siens. Le rectorat,
propriétaire des lieux jusqu'alors, s'est déclaré soulagé d'avoir trouvé un acquéreur pour des
bâtiments «qui était vides de sens depuis longtemps, et qui n'auraient pas tardé à se vider
de leurs derniers occupants universitaires».
Dès janvier 2002, le temps de remettre les bâtiments aux normes de sécurité, le public pourra
admirer les nouvelles salles du musée du Moyen-Âge. Parmi celles-ci, beaucoup seront
consacrées à l'histoire des études universitaires parisiennes. On attend avec impatience la salle
des «Potaches à travers les siècles» où l'on pourra découvrir de nombreuses manifestations de
plaisanteries estudiantines, dont voici un exemple en avant-première pour le Poisson
Mort :
Écoutez-les surgir, tous ces grincements grecs,
Les fiers croassements et la voix nasillarde,
Les torrents de mots secs que fait pleuvoir ce barde,
Que fait pleurer ce bec savant parmi les becs.
La foule, arbre déçu, branche lourde d'échecs,
Ne croit plus, ne croît plus, et gribouille blafarde
Sur ses feuilles jaunies des idées sans écharde
Qui sans piquer les coeurs rendent les esprits secs.
- Ô Université, ô mère nourricière,
A quoi bon refuser que l'on te mette en bière,
Qu'au lieu de ton mérite on chante ton trépas,
Quand en guise de lait tu donne à tes élèves
Des cours nauséabonds dont tu ne voudrais pas
Et quand par ce poison c'est toi que tu achèves ?
On m'accuse parfois d'être un «faux littéraire». Pourquoi me veut-on tant
de mal ? Est-ce encore un avatar du CMCM (ça, c'est une fine allusion dont
le but avoué est de vous inciter à vous procurer le premier numéro du
Poisson Mort ? Non, je ne suis pas un faux littéraire,
même pas un historien, alors, c'est dire... Appelez-moi «littos», ou n'importe
quoi, mais ne me traitez pas - car implicitement, c'est bien de ça qu'il
s'agit - de bâtard scientificisant !!! ( Là, j'espère que les trois
points d'exclamation expriment toute la douleur, l'indignation et
l'horreur que je cherche à faire passer.) Pourquoi certains ont-ils lancé de
telles accusations contre moi ? M'accuse-t-on de m'adonner à des activités
contre-littéraires ? Dois-je faire mon autocritique face à un tribunal de la
République des Lettres ? Même pas : ce sont des scientifiques qui ont, les
premiers, utilisé ce terme ! ( Enfin, moi aussi, je peux rentrer dans leur
jeu, et dire qu'après tout, un biologiste, je ne vois pas en quoi c'est un
scientifique...) Et c'est là, Messieurs les Jurés - pardon, je m'emballe -
c'est là, disais-je, que réside tout l'interêt de la chose : ce dont «on»
m'accuse, c'est d'avoir les mêmes vices que «on»... Quelles sont ces
activités malhonnêtes ? Elles ont été clairement énoncées par mes
accusateurs : je traîne plus souvent qu'à mon tour à la K-fêt, je suis même
K-fêtman, je joue au flipper, je fréquente Forum, il m'est même arrivé d'y
poster, je traîne en Salle S, etc. Mais il y a plus pernicieux, plus
infâme... En effet, implicitement, on en serait presque à considérer mon
apparence extérieure, et plus précisément pilaire, comme une circonstance
aggravante ! N'est-ce pas ignoble, Messieurs les Lecteurs ? Imaginez donc ma
situation. Peut-on porter plus grave accusation contre un littéraire
fraîchement sorti de sa Khâgne, que celle de taupin ? C'est quand même
l'horreur glauque, reconnaissez-le. J'ai donc décidé de crier haut et fort
mon indignation, ce qui est maintenant chose faite, et de clamer ma
détermination à maintenir le cap, à persister dans mon obstination, ce qui
est sur le point de se faire. Mon message est le suivant : je suis un
littéraire, mais un littéraire résolument moderne ! Après tout, c'est très
tendance de faire l'éloge du « multimedia » quand on est un intellectuel,
pardon un non-scientifique, même notre ministre de tutelle est pour, c'est
dire si c'est bien. ( Ça, c'est ce que le jargon appelle une provoc éhontée.
C'est même une double provoc, admirez la virtuosité de la chose... ) Et puis
si vous continuez à m'embêter, je mets mon tischeûrt Linux Red
Hat, na !
Misters,
I present myself : Steven Drinkfresh, I am the english gentleman live in the
Scotland Yard. And
I love the beasts, the ships in the bottles and etc. Good blood, it is
scandalous / outrageous /
shocking that you have published The Dead Fish. I did not reading it, but I am agree with the
intelligent letter of Mister Hercule Boifré in the last number: it has not little announces and etc.
Your journal is so bad that in Scotland Yard all people know. I am not alone / lonely / on its own
who think that you must stop. All my voisins (many, many) are agree. STOP IT. Be carefuls, I have
prevented you! Bande de petits saligauds.
Cher Steven,
Merci de votre soutien, et bonjour à tous vos voisins.
Cher Rodrigo,
Je ne sais que vous dire.
Chère Maxon,
Quelle générosité ! Nous ne sommes pas sûrs de tout comprendre, mais nous sommes
très touchés.
Avant de disparaître, Arthur a eu le temps de me donner quelques documents qui m'ont mis sur la piste d'un mystérieux réseau de professeurs et d'élèves aux objectifs inconnus. Ils semblent se réunir dans des souterrains secrets reliant divers lieux de la montagne Sainte-Geneviève.
Mardi matin
Pas question de perdre mon temps à aller en cours, ce jour-là. J'étais prêt à redescendre dans
les entrailles de la colline. Ne possédant ni corde, ni grappin, ni marteau-piqueur, je m'armai
d'une lampe-torche et me dirigeai vers la bibliothèque. Je fis d'abord un détour par mon casier et
j'y trouvai un billet manuscrit, anonyme :
PAS UN MOT DE TOUT CELA À QUICONQUE. JE VEILLE SUR TOI.
Ce n'était pas l'écriture d'Arthur et je n'avais mis personne au courant. Quelqu'un d'autre
savait.
Était-il encore temps d'oublier cette histoire ? D'un autre côté, le mot n'était pas véritablement
menaçant : si l'on avait tenté de me faire peur, «je te surveille» eût été plus convaincant. Au fond,
ce message était presque rassurant. Je m'imaginai, un instant, suivi par un ange-gardien invisible
qui me poussait à retourner dans le souterrain. Je pris donc le chemin de la bibliothèque.
,
et pressai
la pierre correspondante, qui s'enfonça très légèrement. Mon
autre main trouva un
, et
c'est mon pied droit qui se chargea du j. J'avais beau m'y attendre, la
lente ouverture de cette porte de pierre me fit frissonner jusqu'à la moelle.
Puisses-tu te souvenir, lecteur, de ce premier morceau de millénaire, de
ce que tout le monde appela très vite le Miracle Éconimique Mondial. Une
croissance forte, et profitable pour tous, pour chacun à chaque coin du
globe. De l'argent et du travail comme s'il en pleuvait. L'histoire,
pensa-t-on alors bientôt, avait définitivement choisi son camp. Le
libéralisme, la libre concurrence, la dérégulation, voilà quelles étaient
nos vérités.
La misère fut vaincue. Partout il y eut de quoi se nourrir, de quoi se
loger, des hôpitaux, des écoles et des cinémas. Les entreprises des pays
riches trouvèrent dans les pays qui l'étaient moins de formidables
terrains d'investissement. Ce fut comme une soudaine pierre philosophale:
tout ce que touchait le marché se changeait en or.
La recette de ce succès sembla prodigieuse de simplicité. Comment avait-il
été possible qu'un temps si long fût nécessaire à l'homme avant qu'elle
ne fût découverte ? Les États libéraux montrèrent la voie: l'argent devait
circuler. Il fallait payer le plus possible le plus de monde possible et
surtout ne pas ralentir la circulation monétaire par des prélèvements
imposés. Chacun devait disposer librement de son capital. Au système des
impôts, qui faisait stagner de l'argent dans de vieilles srtuctures
étatiques sans que quiconque n'en profitât, se substitua un système où
chacun s'enrichissait de l'argent qui passait pas chez lui, puis
enrichissait celui chez qui il faisait ensuite passer ce même argent.
Les États se diluèrent, les frontières tombèrent, et les guerres n'eurent
plus de raison d'être. L'on s'enrichissait, et l'on se demandait à quoi
toutes ces institutions avaient bien pû prétendre être utiles.
La Monnaie Unique Universelle fut mise en place en 2047. Il fut alors plus
facile encore d'achever le développement de la planète toute entière. La
croissance en fut encore accélérée.
En 2063, l'on crut apercevoir la fin de l'Histoire. Il ne restait que de
très rares traces des institutions passées et le monde allait bien.
L'argent était partout et régulait tout. Les lois et les tribunaux étaient
tombés partout en désuétude. L'on décida de s'en débarasser tout-à-fait,
et l'on fut très fier d'établir une Loi unique, clef du bonheur
terrestre: «Il n'y a qu'un système économique, valable et
obligatoire pour tous. Il repose sur le respect de la propriété privée et
sur la liberté inconditionelle de vendre et d'acheter.»
L'on crut, plein d'une foi et d'un enthousiasme naïfs, que la lourde porte
de l'histoire se refermait enfin et définitivement sur tous les malheurs
de l'homme. En vérité, c'était la porte ouverte à tout et à n'importe
quoi.
Les ruines de Paris sont étonnament bien conservées, à ce jour de l'année
2130. D'ailleurs, méritent-elles seulement le nom de ruines? Il s'agit,
bien sûr, de vieilles pierres, abandonnées et sans utilité, mais la
plupart des bâtiments sont encore parfaitement debout. Il serait
singulier, pour qui se souviendrait de l'aspect de ces lieux moins d'un
siècle plus tôt et qui en aurait la possibilité, de se promener et de
flâner ici.
Les immeubles et les monuments dessinent toujours les mêmes ruelles, les
mêmes boulevards et les mêmes places. Au détour des petits passages du
quartier Saint-Michel, l'archange de la fontaine est toujours là. De
l'autre côté du pont, l'Île de la Cité supporte encore ses lourdees
bâtisses, et plus loin encore, la Place des Vosges n'a rien perdu de sa
raideur.
Partout l'on reconnaîtrait un angle de rue, une facade particulière, un
mur plus haut que les autres. Pourtant le Souvenir n'est pas seul à hanter
ces lieux. Un adversaire redoutable cherche à régner en maître sur ce qui
fut cette très grande ville:le Vide.
Il ne reste plus que de la pierre. Tout autre matériau a pu être vendu, et
a disparu avec ses acheteurs. Il n'y a plus d'arbre, plus d'eau, plus de
verre, plus de métal, plus de bois, et, bien sûr, plus le moindre être
animé. Partout où il y avait une fenêtre, il y a un trou. Les facades
percées séparent mal les rues désertes des pièces désertes. Le vente
s'invente des labyrinthes dans ce vaste terrain de jeu, et soulève une
vague poussière grise. La Seine n'est plus qu'un fossé aux larges flancs
de pierre et de béton. On voudrait pouvoir craindre une apparition
derrière toutes ces murailles, mais c'est l'absence qui partout guette
celui qui aurait l'occasion de s'y aventurer.
Après l'établissemnt de la Loi, si chacun pouvait avoir le sentiment de
vivre bien, certains vivaient pourtant bien mieux que d'autres. Ils
avaient profité du Miracle Économique Mondial pour s'enrichir
considérablement. Tant qu'il y avait eu des endroits à développer, leurs
activités commerciales avaient eu quelque chose comme un intérêt général.
Mais par la suite, quand était venu le jour où la croissance n'allait plus
de soi, ces princes de l'économie n'avaient pas pu se résoudre à ralentir
leurs activités. La croissance était leur drogue. Ils se donnèrent les
moyens de la susciter artificiellement. L'un d'eux, Josef Guddle, eut le
premier l'idée géniale d'acheter des grandes villes pour obliger leurs
habitants à les quitter et à venir habiter dans les villes nouvelles qu'il
faisait construire. Il ne fut pas longtemps le seul à pratiquer ce genre
de sport, mais c'est à lui que revint l'honneur historique de vider
Paris.
Bien entendu, les Parisiens refusèrent d'abord de vendre leurs
appartements et leurs maisons.
Mais il n'eut aucun mal à acheter le réseau de distribution d'électricité,
la compagnie des eaux et les commerces. Sans eau, ni électricité, ni
nourriture, les Parisiens n'eurent bientôt plus d'autre choix que
d'abandonner leur lieu de vie pour celui que Guddle voulait bien leur
vendre, deux cents kilomètres plus au Sud. Tout Paris fut alors vendue par
petits morceaux, et il ne resta bientôt que la pierre. Un concurrent de
Guddle racheta même la Seine, pour s'empresser de la détourner vers le
Nord et agrémenter ainsi le site de la ville nouvelle qu'il voulait faire
construire lui aussi.
En 2097, Guddle avait pu racheter tout le terrain et toute la pierre qui
restait de Paris, et le dernier Parisien avait cessé de résister. Six ans
plus tard, le génial industriel, en proie aux assauts de la concurrence,
était bien heureux de revendre le tout à une société marginale du nom de
CENSEO.
La suite de notre promenade nous mène une nouvelle fois sur la rive gauche
de la Seine. Nous remontons la Rue Saint-Jacques. À droite les fenêtres
béantes de la Sorbonne semblent faire d'obscurs clins d'oeil. Le bâtiment,
sombre et sinistre, pèse sur la montagne Sainte-Geneviève.
De l'autre côté de la rue, Louis le Grand a perdu son apparence de
forteresse de l'élite lycéenne, maintenant que de grands orifices
s'ouvrent sur sa vacuité. Chose étrange, alors que jusqu'ici les murs de
Paris se tenaient partout droits, la partie sud de ce lycée a totalement
disparu, comme rasée.
Et voici le Panthéon, fièrement dressé, la coupole intacte, la facade
majestueuse. Tout est pierre au Panthéon, et l'imposant édifice
apparaîtrait inaltéré, si un véhicule muni d'un bras mécanique n'était pas
précisément en train de découper des morceaux de l'aile Nord au moment où
nous remontons la Rue Soufflot. À l'intérieur de l'engin, il y a un homme.
Un homme dans Paris, dans ce désert de pierre, voila qui est
surprenant.
Approchons-nous encore. Il est assis aux commandes de sa machine, vêtu
d'une combinaison qui est sans doute étanche, et d'un casque. Le tout
d'une couleur grise, comme pour mieux se fondre dans le paysage, marqué
discrètement des six lettres CENSEO, et d'un vague dessin qui pourrait
représenter trois poissons nageant d'un cercle. Le bras mécanique, manié
par l'homme, détache délicatement des pans de l'auguste mur, et les dépose
dans une sorte de remorque attachée au même véhicule.
Quelques instants passent. La remorque est pleine désormais. Les roues de
l'engin commencent à tourner, et notre homme s'éloigne vers le Sud.
Le véhicule s'engage dans la Rue d'Ulm. La rue est barrée quelques
centaines de mètres plus loin par un dôme de verre aux dimensions
imposantes, deux fois plus haut que les bâtiments environnants.
L'homme dirige son engin droit vers cet édifice étrange. Il s'arrête un
instant devant uns sorte de sas en béton sur le haut duquel peut se lire
«École Normale Supérieure», le temps que coulisse une porte métallique, et
il disparaît sous le dôme.
Entrons avec lui.
Regardant dans la glace ornée de fioritures roses qui ornait sa coiffeuse, ornement de sa chambre à coucher, Ada sa jeta un bref coup d'oeil et, s'étant contemplée un long moment, jugea avec une satisfaction non dénuée de plaisir qu'elle était vraiment ravissante, aujourd'hui, avec ses boucles blondes ramenées en une couette en haut de son crâne bien modelé, et attachées par un ravissant noeud rose, souvenir de sa grand-mère, qui raffolait d'Ada. Oui, elle était ravissante avec ses délicieux yeux bleus qui s'ouvraient naïvement, tels deux lacs purs, au milieu du rose de ses joues, et avec sa ravissante bouche rose plus tendre qu'un bouton de rose. Ada s'adressa un clin d'oeil complice et plein de malice dans la glace, ornement de sa chambre à coucher, et enfila un ravissant blouson de jean rose orné de franges en faux cuir, que son oncle, qui adorait dorloter Ada, lui avait ramené d'Australie, et qu'elle réservait pour les grands moments, les occasions exceptionnelles ou les événements extraordinaires.
Et en effet, aujourd'hui était un grand jour : en effet, après des mois de recherches désespérées, où Ada avait arpenté péniblement, durant des mois, la poussière des rues désertes, par une chaleur suffocante, parmi les charognes que dévoraient les hyènes, sans obtenir le moindre résultat ni la moindre promesse de succès, ni le moindre triomphe éclatant, bref, des mois où elle s'était épuisée jusqu'à la fatigue à chercher en vain un petit job ou même un boulot passionnant, la veille, après des mois d'enquêtes, Du Gras, le célèbre patron de la fabrique de saucisses la plus florissante du pays, avait enfin donné suite à sa candidature : Ada avait donc décroché un super poste d'interprète, activité dans laquelle elles excellait, car elle était friande des langues vivantes, et les maniait avec beaucoup d'habile dextérité. ( C'était un héritage de sa mère, qui l'adorait, et qui avait mené une grande carrière internationale de strip-teaseuse. )
Arrivée à la porte de son nouveau lieu de travail, que
dorénavant elle allait fréquenter assidûment puisque désormais, c'est
là qu'elle allait travailler, elle tomba nez-à-nez avec une espèce de
Cerbère femelle qui, tel Cerbère les Enfers, lui barrait l'accès à son
bureau :
« Alors Hector ! C'est maintenant que tu t'ramènes ? »,
aboya-t-elle d'un ton dogue.
Ada vérifia à son ravissement bracelet-montre, cadeau de son
petit frère qui l'idolâtrait, que l'heure était exactement celle à
laquelle elle devait arriver, et comprit avec un désespoir sans fond,
une tristesse profonde et un léger serrement de c\oe\ur, qu'elle avait
une ennemie mortelle et presque hostile en la personne du Cerbère qui,
pareil au gardien des Enfers, était à quatre pattes devant elle.
Pourquoi la vilaine dame veut-elle du mal à Ada, quel est ce mystérieux et fascinant patron qui tire les cordes du destin d'Ada, et cette dernière triomphera-t-elle des embûches que des ennemis invisibles sèment sur son chemin ? Vous le saurez dans le prochain épisode.
Avec la volonté de relayer les débats électoraux qui agitent l'ENS et d'illustrer la notice explicative ci-contre, nous publions quelques extraits de la traduction française du «Manifeste pour une refondation de l'AEENS sur la base de la tradition latine de l'Ecole».
«(...) nous croyons qu'il manque un lien fort pour unir les élèves de l'ENS et nous proposons que ce lien soit la langue latine. Quoi de plus fort en effet qu'un lien linguistique ? Qu'un langage commun sur la base duquel construire ensemble ? (...) La langue latine nous semble s'imposer à plusieurs titres : il y a d'abord une grande tradition latine à l'ENS de la rue d'Ulm. Les élèves littéraires ne se voient-ils pas obligés de passer une épreuve de langue ancienne à l'occasion de leur concours d'entrée ? (...) deux conséquences fondamentales : non seulement le latin ouvrirait l'Ecole au monde, par ses qualité de langue universelle, mais encore l'usage du latin au sein du COF favoriserait une plus grande implication des élèves littéraires dans la vie associative de l'Ecole. (...) et par conséquent nous exigeons dès la rentrée prochaine la mise en place d'un club latin à destination des élèves scientifiques, qui, nous en sommes convaincus, sauront rapidement acquérir le niveau nécessaire à une communication quotidienne. (...) nous publions dès aujourd'hui un lexique français-latin des mots les plus rapidement indispensables :
Suite au premier numéro du Poisson Mort, nous avons reçu un grand nombre de lettres cocernant l'épigramme latine découverte lors des fouilles de la Sorbonne. Beaucoup de lecteurs ont déploré que nous n' ayons pasjoint de traduction de ces quatre vers qui constituent cependant une découverte majeure. Ainsi, pour éviter des heures de grattage de tête, par respect pour les quelques Gaffiot encore existant à la bibliothèque (mais n'est-ce pas un mythe?) et afin de faire goûter cette poésie à tous, nous avons décidé de donner ici quelques explications que le caractère inédit et le désir d'informer rapidement les lecteurs nous avaient empêchés de produire alors. Cette épigramme , compte tenu de la gravure imprécise et maladroite de l'inscription, semble avoir été écrite par des élèves facétieux pour railler quelque peu leur professeur. En voici une traduction: